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Stratosphère – présentation du concept

Le projet de trimaran mono-moule présenté par Jean-marc me donne l'occasion de vous parler d'une réalisation particulièrement originale qui, non seulement, navigue depuis quelques années, mais, de plus, truste les podiums des régates locales.

Il faut dire que son concepteur et constructeur, Laurent von Saenger, cumule les compétences en tant qu'architecte naval et patron de chantier spécialiste des composites.

Il a conçu Stratosphère comme un engin expérimental destiné à valider sur l'eau un concept de voile épaisse innovant.

Le moule à tout faire

Pour mener ses expérimentations véliques, Laurent a opté pour le trimaran, souvent coûteux à construire à cause de la multiplication des coques à réaliser.

Pour s'épargner d'interminables heures de ponçage, l'idée consiste à réaliser un seul et unique moule qui peut être utilisé pour confectionner tous les éléments de la plateforme :

  • La coque centrale
  • Les flotteurs
  • Les poutres
  • La nacelle

Le moule permet d'obtenir une demi-coque. Jusque là, rien de transcendant.

Lorsqu'on y regarde de plus près, on s'aperçoit que cette demi-coque est parfaitement symétrique par rapport au plan horizontal. Si on la coupait en deux, on obtiendrait  deux "quart de coque" parfaitement symétriques.

Il devient, du coup, possible de retourner une demi-coque pour la coller contre une autre et obtenir une coque complète.

En fait, pour affiner et réduire les flotteurs, les demi-coques qui les constituent ont été réduites de 4 cm sur l'axe vertical (1) et de 8 à 15 cm sur l'axe médian (2).

A contrario, la coque centrale a été élargie de 10 cm sur l'axe vertical (1). En faisant varier la largeur de 10 à 12 cm de la bande ajoutée en fond de coque, cette dernière s'est légèrement creusé afin de permettre à son tableau arrière de ne pas être sous l'eau.

Enfin, un pain de mousse shapé et stratifié à l'avant a permis de reconstituer une nouvelle étrave tout en allongeant la coque centrale.

Mais l'optimisation de l'utilisation du moule n'est pas terminée. Le dessus des poutres et les flancs de la nacelle proviennent également du moule partiellement stratifié.

En tout, le moule d'une surface de 7 m² aura permis de construire 54 m² de stratifié en 9 moulage. Pas mal !

Les coques sont réalisées en sandwich "rustique" permettant de beacher le bateau sans crainte sur une plage de galets.

Système de repliage

Le système de repliage maison permet de ramener la largeur de 5m20 en navigation à 2m50 au port et 2m35 sur remorque. Il donne satisfaction depuis plusieurs années, sans constater de jeu ni demander d'effort important.

Les axes inox de 30 mm de diamètre encaissent parfaitement les efforts, y compris en l'absence de haubanage inférieur comme sur les Dragonfly. Le système pourrait même supporter la contrainte supplémentaire de foils sur les flotteurs si besoin.

Gréement à voile épaisse

Le système de construction mono-moule et le système de repliage ne sont finalement qu'une simple formalité comparés au gréement développé sur ce proto.

Le curieux gréement imaginé par Laurent s'appuie sur un mât cylindrique de fort diamètre.
Emplanté à travers le pont, il est autoporteur donc non haubanné.

Réalisé en carbone dont l'épaisseur des couches s'affine vers le haut, il pèse une soixantaine de kilos tout en conservant un centre de gravité particulièrement bas (1m50 au dessus du pont).

Une imposante bôme-balestron, en carbone également et montée sur roulement à billes en composite, sert de base pour orienter la voile épaisse qui enveloppe le mât.

Un système breveté de lattes-whisbones dont la courbure est contrôlée par un étrier maintient l'épaisseur et le profil de la voile constituée de 2 "peaux" de 36 m².

Malgré l'absence de mât apparent, il est possible d'envoyer un grand gennaker amuré sur un long bout dehors en carbone. Il est hissé à l'aide d'une poulie directement fixée à la grand-voile.

On notera qu'une fois le ou les ris pris, il n'est donc plus possible d'envoyer le gennaker.

Sur l'eau…

Il a fallut pas mal de mise au point et d'apprentissage avant de parvenir à exploiter le potentiel de cette curieuse voile. Mais même s'il reste encore du chemin à parcourir, les bons résultats en régate sont venus confirmer les espoirs de l'équipe qui œuvre autour du concept.

En l'absence de clapot, l'angle de remontée au vent et la vitesse sont excellents. Pascal, voisin de ponton et autre régatier acharné, ne peut suivre la cadence sur son trimaran Corsair 24 pourtant bien affûté. Idem pour les monocoques incapables de rivaliser en cap.

Lorsque la mer se lève, Stratosphère est moins à l'aise. Ses flotteurs volumineux à coque "planante", contrairement à des coques fines qui perceraient la vague, montent sur chaque relief et la conduite du bateau s'apparente alors à une course en 4x4 sans suspension.

Si les flotteurs d'environ 1200 litres permettent de naviguer "sur un flotteur", gare alors à la compensation de la grand-voile à balestron qui, actuellement, ne permet pas d'ouvrir rapidement la voile en cas de rafale.

 

Liens

  • Strat-O-sphère, le chantier qui a construit le trimaran et ses espars
  • Intervoile, la voilerie qui a fabriqué la voile épaisse

Commentaires

3 Commentaires
1- Jean-Marc, 10.10.2007 15:24 answer

Tout simplement extraordinaire !
Il existe encore de la place pour l'imagination et la créativité.
Bravo !

2- winnie, 10.10.2007 19:47 answer

Moi aussi , j'aime beaucoup l'ingéniosité de la construction de ce trimaran ! ( je parle là surtout de la carrosserie...)

Il n'a bien sûr pas été prévu de l'utiliser pour de la mini-croisière, mais seulement pour des régates. L'intérieur doit donc être assez étriqué...J'aimerai bien voir, justement, des images de l'intérieur de la coque centrale...Par pour ses emménagements, mais essentiellement pour essayer d'appréhender comment ont été traités les problèmes de reprise des efforts des bras par la structure.

Y a t il parmi nos membres quelqu'un qui pourrait aller leur demander poliment s'il est possible de photographier l'intérieur ? ( c'est peut-être top secret ? ...)

PHIL

3- dgedge, 11.10.2007 20:09 answer

formidable........
juste un mot évitons de croire que nous inventons en réalité nous réinventons.........
Cf les cata de 41 à 60 pieds de Joubert/Nivelt; nous réalisions 4 demi coques avec 1 seul moule et le résultat esthétique n'était pas choquant.
Mais c'est aussi formidable de réinventer en leur souhaitant une réussite commerciale méritée.
dge


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