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Premiers bords en Astus 14.1

Pas grand, le petit frère …

C'est lors du premier rassemblement Astus début août en Atlantique que j'ai découvert l'Astus 14.1 en vrai. Tirant des bords à l'embouchure conjointe de l'Aven et du Belon, haut perché dans le cockpit de mon Astus 20.1, je regarde approcher Jean-Hubert sur son nouveau jouet.

De loin, l'engin a plutôt belle gueule mais une fois parvenu à proximité, je suis déçu par sa taille. J'avais espéré une coque accueillante comme celle d'un Vaurien mais je découvre un engin plus proche du Laser : plutôt maigrichon et bas sur l'eau.

"Je ne vais jamais arriver à caser ma femme et mes gosses dans cette coque centrale étroite, taillée comme un missile !" me dis-je, perplexe.
"Il est bas sur l'eau. Impossible de rester à l'abri des embruns pendant la sieste !" s'inquiète mon équipière.
"Comment il va faire pour dormir ce soir ?" s'interroge ma cadette…

On arrête alors de le dévisager avec nos œillères de randonneur nautique, il faut se rendre à l'évidence, son programme est tout autre.

Sauf qu'aujourd'hui, le jouet va connaître son baptême rando. Une virée de 2 jours jusqu'à l'archipel des Glénan. Pas de moteur ni bateau d'assistance si ce n'est la présence bienveillante des grands frères en Astus 20 et Astus 16.

L'effronté !

Après les salutations d'usage, je glisse à JH, sur le ton de la provoc : "Dis donc, il est minuscule ton jouet. C'est pas grave, on te tournera juste autour en chemin".

Là, je crois que je l'ai vexé. Il nous déroule son gennaker de poche, à peine plus grand que le bonnet du soutien-gorge de Lolo Ferrari quand elle en portait un, et le voilà qui pointe son étrave vers le large, comme le petit Némo lorsqu'il brave l'interdiction de son papa et s'en va tout seul pour épater ses copains.

Avec les autres grands frères, on se lance à sa poursuite. Le vent est léger (force 2) et la mer calme comme un lac. Au bon plein sous gennaker, nos trimarans glissent tous seuls, pointant à plus de 4 nœuds malgré la pétole.

Pourtant, une paire d'heures plus tard, nous arrivons aux Glénan sans avoir pu rattraper le gamin qui s'est échappé en tête et nous a distancé peu à peu.
C'est qu'il est rapide le freluquet !

Un tantinet vexé, je me dis qu'il a profité lâchement de ce temps de demoiselle pour tirer son épingle du jeu mais qu'il ne perd rien pour attendre lorsque les conditions seront plus musclées.

Une fois débarqués sur l'une des îles de l'archipel, nous sommes plusieurs à faire la queue pour essayer l'engin. Mais le vent est presque complètement tombé et il n'y a pas grand-chose à voir. Ça avance encore mais tout doucement. Zéro sensation à espérer.

Pour le bivouac, couchage à terre obligatoire… y compris pour le bateau qu'il suffit de porter au sec.

Le lendemain, le vent reste un cran en dessous des conditions de la veille. La revanche dans la baston n'aura pas lieu.

 

Et avec du vent…

Retrouvaille le week-end suivant dans le Golfe du Morbihan. Cette fois, le vent est au rendez-vous avec un bon 3 Beaufort l'après-midi. Le vrai test va pouvoir commencer.

Départ de la plage face au vent. Avec l'eau à mi cuisse, je peux abaisser le safran, une partie de la dérive sabre et monter à bord par la jupe arrière.
On sent tout de suite que l'engin est ultra léger : ça bouge au moindre mouvement. Heureusement que les petits flotteurs limite efficacement les coups de gîtes.

Je borde l'unique écoute de la GV (pas trop blindée sinon un vilain pli apparaît en travers de la voile) et l'engin démarre aussitôt. Avec du vent dans la voile, le bateau se cale immédiatement sur son flotteur et retrouve une stabilité appréciable.

La barre est d'une extrême légèreté et l'engin répond à la moindre sollicitation. Les virements de bord s'enchaînent avec une facilité déconcertante. En l'absence de foc, il n'y a rien à faire si ce n'est de pousser la barre … et se baisser pour passer sous la bôme.
C'est que j'ai perdu l'habitude de me plier, moi ! Mais plus qu'une corvée, c'est plutôt un jeu d'envoyer les virements de bord à fond en bondissant sur l'autre bord. Quel plaisir de retrouver un engin aussi vivace… avec l'assistance des flotteurs en parade, bienvenus pour pardonner les erreurs.

J'accueille volontairement les rafales de plein fouet pour voir la réaction du bateau. Le flotteur sous le vent plonge sous l'eau en offrant largement le temps de choisir sa réaction : lofer, choquer la GV ou monter au rappel.

C'est cette dernière option qui a ma préférence. D'une part parce que c'est la seule qui colle avec l'envie d'en découdre que l'on ressent une fois monté à bord. Voilà un engin hyper vivant, pas d'enfant à bord à rassurer, pas de femme à ménager … on se prend au jeu : faut que ça pulse !

D'autre part, monter au rappel est vraiment aisé. Pas de sangle sous lesquelles glisser les pieds, pas de contractions abdominales pour tenir la position, il suffit simplement de sortir les fesses sur le petit trampoline. Le couple de rappel est significativement augmenté tout en gardant une position assise normale. Le confort sans l'effort !

 

Mais assez remonté au vent, il est temps d'abattre et de voir ce que le jouet a dans le ventre.

Je largue le bout de l'emmagasineur du gennaker et tire sur l'écoute pour dérouler la toile. Je n'aime pas trop sa forme trapue et ramassée, inhabituelle sur les multicoques modernes où la course à l'allongement fait rage.
Ceci dit, le surplus de m² est appréciable. Le petit tri part comme une flèche dans les rafales. Je laisse sur place les véliplanchistes, incapables de partir correctement au planning avec ce vent médium.

Les sensations de glisse sont bel et bien au rendez-vous, accentuées par la position au ras de l'eau. Un vrai karting.

La taille raisonnable des voiles facilite les manœuvres. Mais même si l'écoute de gennaker n'est pas très dure à tenir à la main, un taquet coinceur serait bienvenu, histoire de se libérer une main et pouvoir esquisser un petit geste narquois à destination des autres embarcations dépassées.

Je reste au sec car le plan d'eau est calme. J'imagine qu'avec du clapot, à cette vitesse, ça doit être plus ... vivifiant.

Je rentre à la plage pour laisser les copains découvrir l'engin à leur tour puis repart pour un second test avec femme et enfant (l'aînée seulement), histoire de voir comment il tient la charge (non, non, chérie, je ne dis pas ça pour toi …)

On tient tous les trois sans trop se gêner, y compris dans les virements de bord où l'action des flotteurs latéraux permet à chacun de changer de bord  à son rythme sans risquer de chavirer l'ensemble.

Dès que possible, j'abats et ressors le gennaker. Et là, bonne surprise. Malgré l'équipage "nombreux", les accélérations sont toujours présentes et plaisantes. Cool !

Je laisse la barre à ma femme puis à ma fille, histoire de constater que l'engin s'accommode sans problème de pilotes moins expérimentés.

J'aurais préféré une dérive pivotante plutôt qu'une dérive sabre pour sécurisé les arrivées sur les plages mais finalement, il y a la place sous la bome pour naviguer dérive haute et s'approcher sous safran seul (pivotant et auto largable en cas de choc).

D'ailleurs, accro à la vitesse, pas question de lever le pied lors du retour à la plage en slalomant entre les autres Astus au mouillage…

La flotte Astus s'offre ensuite une navigation tonifiante, tout le monde sous gennaker. L'Astus 14.1, parti en dernier avec JH à bord, remonte l'un après l'autres tous les Astus 20 et 16.

Il a adopté une position de rappel optimale, les fesses sur le trampoline et  adossé contre le flotteur. Il ne manque plus que l'appuie-tête.

Une autre position sympa : les fesses calées dans l'espace entre le flotteur et le trampoline mais dans ce cas, il faut un stick plus long pour continuer de barrer.

 

Arrivé dans mon tableau arrière, JH s'amuse à chopper les vagues de mon sillage. Je le vois partir en surf à toute vitesse, commencer à me doubler jusqu'à être ralenti, déventé par mes voile, puis recommencer. Je ne peux que le regarder faire comme l'automobiliste un tantinet énervé par ces gamins en scooter qui se faufilent agilement entre les voitures pendant qu'il reste coincé dans le bouchon.

 

A un moment, en survitesse dans un surf, il part à 90 degrés en dérapage non contrôlé. Bien fait pour lui ! Mais contrairement à ses homologues à deux roues, il a gardé les roulettes latérales, enfin les flotteurs, ce qui lui évite de se retrouver par terre, ou plutôt dans l'eau.

 

 

Manutention

Légèreté est le maître mot caractérisant cette embarcation. Quelle facilité lorsqu'il s'agit de la remonter au sec sur la plage ou qu'il faut bouger le bateau les pieds dans l'eau.
Même un enfant s'en sortirait tout seul.

Le montage simplifié me rappelle mon ancien Magnum 21 sauf qu'ici, la taille et le poids des pièces sont adaptés à une personne seule, même âgée.

Les poutres sont maintenues par 4 boulons et écrous à œil et les flotteurs sont fixés aux poutres à l'aide de clavettes.

Je n'ai pas encore eu l'occasion de tester le montage mais je pense qu'une personne seule doit s'en sortir en moins d'une demi-heure. A cause des différentes pièces à manipuler, le temps de montage est plus long qu'avec nos "gros" trimarans repliables. Par contre, on gagne du temps en profitant de la possibilité de transporter le bateau sur la galerie de la voiture. En montant le bateau au bord de l'eau, pas besoin d'attendre son tour sur une cale de mise à l'eau encombrée aux heures de pointe. Pas de temps perdu non plus à trouver une place pour la voiture et la remorque vide.
Sans remorque, on peut se faufiler dans les plus petites ruelles, stocker le bateau au plafond d'un garage et mettre à l'eau n'importe où.

Un bémol, le poids de la coque centrale approchant la cinquantaine de kilo, il faut être deux pour la monter sur le toit de la voiture.

Pour le mât non haubané (2 bastaques renforcent la tenue du mât lorsque l'on veut gréer le geenaker), il suffit de l'enfoncer dans son logement étanche à travers le pont. Sa longueur et son poids limité facilitent l'opération. Seul regret, la grand-voile à fourreau doit être enfilée avant le mâtage puis reste à poste. Impossible de l'affaler sans démâter.

 

 

Conclusion

C'est vraiment un engin pour s'amuser et prendre du plaisir facilement, à condition d'avoir un peu de vent quand même :

  • Force 1-2, on navigue mais pas vraiment de sensation.
  • Force 2-3, on commence à bien s'amuser et à surfer tout ce qui bouge
  • Force 3-4, le meilleur de la glisse
  • Force 4-5, je n'ai pas testé mais ça doit avoiner méchamment, comme diraient les Bretons.
  • Force 5-6, pas testé non plus mais je pense qu'on doit atteindre les limites du raisonnable pour un engin aussi léger.

Pour ce qui est de la balade, même si l'engin est conçu comme un dériveur solitaire, ça reste faisable en couple avec un gamin (voir 2 petits) à condition que les conditions de mer et de vent soient adaptées. On profite alors du petit coffre étanche pour caser le casse-croûte.

Reste aussi à tester le ressalage en cas de chavirage pour s'assurer qu'une personne seule soit capable de redresser l'engin, y compris dans les vagues.
Y'a pas à tortiller, il va falloir que je m'offre un nouveau test pour vérifier cela !

Jean-marc Schwartz, août 2007

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