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Construction d'un Seil en bois massif

Michel Gué a superbement réalisé un Seil en bois massif et nous fait profiter de son retour d'expérience sur l'eau (octobre 2005).
 

"Ce Seil est mon 4ème bateau et contrairement à ce qui se passe d’habitude, c’est le plus petit.

Le dernier était un Jurançon, dériveur lesté de 10 mètres, coque alu non pontée de construction chantier, pont CP hydro acajou Grand Bassam sur barrots et lisses en sapin sans nœuds, aménagements en merisier Français, le tout construit par moi-même en 3500 heures. J’ai navigué pendant 10 ans avec ce bateau dont 3 ans en croisière sabbatique de Bordeaux à la Mer Egée et retour.

Mon budget ne me permettant plus d’entretenir un tel objet, j’ai été obligé de le vendre, à regret.

J’ai longtemps cherché un bateau transportable, de bonne taille mais léger et surtout facile à gréer pour explorer les côtes et lacs à la journée, jusqu’à ce que je vois un article sur le Seil.

Très intéressé par le plan de cette prame mais n’aimant pas le polyester, j’ai demandé au chantier si je pouvais acheter un kit en bois massif. François Lelièvre m’a indiqué qu’il attendait qu’un client se manifeste pour le lancer.

 

J’ai donc construit ce canot en Mélèze en 300 heures pour 5000 € et j’en suis enchanté.
(le Seil polyester était proposé à 9257 € coque nue et fourniture du kit de montage des aménagements à la fin 2004)

Le kit bois massif permet surtout de recevoir les couples et les varangues en chêne et les clins en Mélèze découpés,  le reste du bois étant livré en planches rabotées et avivées à la taille en largeur et à la taille supérieure en longueur.

Sont aussi livrés tous les appareillages, jusqu’au taud de transport, voiles, avirons, mât etc., ce qui règle le problème des approvisionnements, ainsi que les rivets et les outils spécifiques pour les poser.

Malgré tout, il reste à l’amateur un gros travail de découpe, ajustage, ponçage etc., comme pour une construction sans kit.

J’ai construit la coque rivetée et collée en 100 heures sans gros problèmes jusqu’au plaisir du retournement et la découverte des courbes magnifiques et féminines de cette grande prame.

La construction des aménagements ne pose pas de problèmes particuliers mais est assez longue pour avoir des finitions irréprochables.

[Vous trouverez le récit complet et abondamment illustré de la construction de Michel sur le site de Canotage de France.]

La mise à l’eau ne date que du 15 Août mais déjà je peux porter un jugement sur ce canot.

- Le transport sur remorque n’est pas difficile (faible poids, à la même hauteur que la voiture) mais il faut se méfier de la longueur en reculant et dans les courbes.
- La mise à l’eau et la sortie sont sans souci , la forme avant relevée de la prame et le faible tirant d’eau permettant de placer la coque rapidement sur les premiers rouleaux sans être obligé de mouiller les roues de la remorque. Le dessous de la carène est protégé par des bandes molles et peut être appuyé sur la cale, évitant ainsi l’amarrage.
Les matage et démâtage sont rapides puisque le mât n’est pas haubané.
- Il y a deux postes de nage avec grands avirons et cale-pieds mais le bateau se déhale facilement en solitaire.

- La voile de misaine, que je ne connaissais pas, m’a étonné par sa facilité d’utilisation, mis à part l’attention qu’il faut avoir en affalant pour ne pas recevoir la vergue sur le crâne.

L’absence de bôme est très confortable et permet de ramer sans affaler.
Le bateau démarre tout de suite, même par vent faible, le rapport poids/surface de voilure étant favorable. La bonnette de 6 m2 est très efficace au portant tangonnée et permet d’avancer par vent très faible.
- Très bonne stabilité au portant, légèrement ardent au près serré, changements de cap et virements sans problèmes. Le bateau réagit vivement aux surventes tout en donnant l’impression d’un bateau beaucoup plus lourd par ses mouvements doux appuyé par la voile. Le tableau arrière ne traîne pas d’eau.

Par contre la coque est assez sensible aux déplacements latéraux des poids.

-  La coque ne mouille pas ses passagers dans le clapot grâce à sa forme et aux clins qui renvoient l’eau vers le bas, surfe facilement sur la houle mais tape un peu face à la mer, sans pour autant ralentir.

- J’ai essayé de le faire chavirer et me suis aperçu que l’eau passe par dessus le liston avant que le moment de chavirage arrive. Ce détail oblige donc à lâcher de l’écoute sous peine de remplir la coque qui n’est pas autovideuse. C’est une excellente alarme.

- La remontée de la dérive en aluminium est facile mais il faut stopper le bateau pour la descendre car elle n’est pas assez lourde (il faut ralentir afin de la descendre sinon la pression de l'eau l'empêche de descendre).

- La coque dispose de réserves de flottabilité en mousse, ce qui devrait la maintenir à flot, d’autant qu’elle est construite dans un matériau qui flotte (en ce qui concerne le Seil bois), mais je n’ai pas eu le temps de le remplir pour vérifier.

- La vidage de la coque à sec se fait par un nable dans les fonds mais il faut finir à l’éponge, le fond étant plat.
- Les protections du dessous de la carène permettent de naviguer à la voile jusqu’à l’échouement sur les plages et la levée avant de la prame de sauter à terre sans se mouiller les pieds. Au départ, il suffit de porter le poids sur l’arrière et la coque se décolle seule, c’est simple et parfait.
- La coque peut se tenir droite sur un sol dur mais bascule sous le poids d’une personne.
- Les planchers peuvent tous être rehaussés au niveau des bancs et permettre plusieurs combinaisons pour le pic-nic ou même le couchage sous tente mais je n’ai pas essayé cette dernière possibilité.
 Le tableau arrière accepte un moteur jusqu’à 5cv mais il faut prévoir un arbre long et une bonne -

 protection du tableau pour éviter les marques.  J’ai essayé un 4cv qui est largement assez fort, mais il faut enlever le safran pour plus de facilité. Ce moteur ne se justifie que pour naviguer dans des zones à fort courant où l’aviron serait vite fatiguant en l’absence de vent.

- Les rangements à bord sont un peu limités, seul le coffre arrière permet de stoker les gilets personnels, les petits sacs, les objets peu volumineux, le tout hors d’eau des fonds qui descend dans le milieu de la coque. Les gilets règlementaires pour 4 personnes ne rentrent pas dans le coffre et doivent être stockés dans le pic avant. Il y a des équipets latéraux dans le cockpit mais seuls des petits objets tels les pare-battages ou des cordages peuvent y tenir. Les avirons se placent sur les planchers et pénètrent dans le coffre arrière où une barre permet de les bloquer. Quand le coffre est fermé à clef, on ne peut plus les retirer.

- La coque manque de taquets pour l’amarrage et le puits de mouillage est très petit, ne recevant qu’un petit grappin, un peu de chaîne et sa ligne.

Les pare-battages ne peuvent être fixés que sur les dames de nage et j’ai l’intention de ceinturer toute la coque sauf le tableau avec un cordage de fort diamètre pour la protéger.

- Le confort à bord est celui des deux bancs qui courent jusqu’à l’étambrai, le dos n’est pas assez soutenu. J’ai donc confectionné des dossiers mobiles qui s’appuient sur les bancs et qui permettent de s’asseoir sur le plancher le dos appuyé. C’est très confortable pour la sieste.

Voilà en gros mes impressions de nouvel utilisateur de ce bateau que je trouve très sympathique et surtout très beau mais c’est subjectif.

 Je trouve que toutes les formes sont harmonieuses et équilibrées et que le bois renforce cette impression.

Je suis sollicité et interrogé sur l’origine de ce bateau à chaque sortie, avec moult commentaires positifs. Il est clair que le plan et le matériau plaisent, y compris aux spectateurs.

Je l’ai appelé SKAFAKI, ce qui signifie « Petit Bateau » en Grec et j’en suis « gaga » !!

En conclusion, ce bateau en version bois est facile à construire, bon marché, très beau, bon marcheur à la voile et à l’aviron, très pratique pour aborder les plages, bon pour les sorties à la journée avec picnic en famille, facile à transporter.

Par contre, il est nécessaire, à mon avis, de lui prévoir un abri aéré. Le bois massif est très beau mais il n’est pas question de le laisser stationner aux intempéries."


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