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<<Tour de Corse en Caravelle

Rando Corse en Caravelle "expérimentale">>

Tour de Corse en cata de sport

Quand 3 cousins décident de boucler en 11 jours le tour de Corse sur un catamaran de sport...

Texte et photos : Tibo, Nicolas et Grégoire

Le jour où Nicolas m'a de nouveau parlé du projet, il était pour moi enterré depuis longtemps. Les emplois du temps différents, les petites amies respectives, bref la vie évolue, et pas forcément dans le sens du vent. Pourtant, mon cousin en remettait une couche, et depuis 10 ans qu'on en rêvait, enfin le tour de Corse en cata me semblait accessible. J'avais le moyen d'être disponible une semaine, Grégoire, le 2ème cousin, aussi.
Nicolas et Grégoire, leur motivation, leur détermination, leur goût de l'aventure et du risque feraient le reste.
 

Un plan de bataille fut établi : la date et le lieu de départ : Pinarello (Corse du Sud-Est), le 2 juillet 2002. Et la date éventuelle d'arrivée : Pinarello, vers le 14 juillet. Pas de débordement possible, Nicolas devait être de retour sur le continent le 17 juillet au plus tard.


Liste du matos, liste des tâches, les haubans sont peu fiables, on les change, la grand-voile est pourrie, tiens Greg, si t'as le temps, passe à Paris voile la faire réparer. Tous tendus vers un seul et même but : être prêt le 2 juillet.
Restait un problème : La place. Propriétaire d'un KL 17 depuis 10 ans, nous savions que notre bon vieux 5,20 mètres de polyester ne suffirait pas à contenir toute la bouffe et le matos, La place, il fallait donc la créer.


N'étant pas d'un naturel très bricoleur, je laissais cette tâche à mes deux cousins, Lesquels ne mirent pas trop de temps à trouver la solution, un mât de planche à voile posé entre les deux coques avant, sur lequel repose des planches de bois coincées dans une rainure de la poutre avant. Nous avions ainsi un mètre de plus devant le mât sur lequel pouvait reposer des sacs étanches...
 

Et rapidement, nous nous sommes retrouvés, Nicolas et moi, sur la plage de Pinarello, à regarder la 'bête" (petit surnom donné à notre KL, harnachée, prête à être montée pour une sorte de rodéo maritime qui allait durer 11 jours.
Je suis resté 4 jours sur l'eau. Le 5ème jour, Greg est comme prévu venu me remplacer.Notre objectif était Ajaccio, nous arrivâmes à Cargèse. Nous avions une journée d'avance sur le timing.

Partis le mardi après-midi, nous étions le soir Santa Giulia, tranquille, le vent dans le dos, sous spi, Porto vecchio eut à peine le temps de nous montrer sa citadelle. Le soir, devant notre bière, accoudés à une table du Bar Plage, nous ne nous doutions pas de la galère qui nous attendait les jours suivants.
 

Lendemain matin, direction Bonifacio. Nous connaissions bien cette côte, depuis quasiment 30 ans que nous venions en Corse du Sud-Est. Du vent on pensait bien en trouver. Nous n'avons pas été déçu : force 5, des creux de 2 à 3 mètres, tel était notre comité d'accueil, bien décidé à ne pas nous laisser passer si facilement sur la côte est.

 A Spérone, un moniteur de planche à voile nous déconseilla de continuer. Moi je me tâte, je regarde Nicolas, je n'aime pas trop son air, j'ai l'impression qu'il veut continuer; j'émets la possibilité de peut-être, faire une petite pause, non ? Le temps que le vent se calme un petit peu quoi...

Après déjeuner, nous étions repartis, dans la lessiveuse, mieux ne valait pas trop penser aux naufragés de la Sémillante. Heureusement, le Lion de Rocapina nous attendait, et la vue de sa crinière de roche argentée nous réconforta dans cette jungle aquatique,
Pour m'endormir, sous le cata, je comptais les vagues en me disant que nous avions connu le pire et que demain serait un autre jour.


Le lendemain fut pire : force 7 à 8, creux de 3 à 4 mètres, vent dans le nez, obligés de louvoyer dans une mer hachée. Je voyais ces montagnes d'eau se diriger vers nous, deux petits gars sur deux petites coques. On se jetait quelque fois des regards inquiets avec Nicolas, pas un bateau à l'horizon, lorsque nous avions l'occasion de le voir.

A l'approche du Golfe de Propriano, nous pûmes prendre une allure plus portante dans un environnement plus protégé. Le soir, arrivée au Capo di Moru où nous pûmes nous doucher et manger grâce à l'accueil et à la convivialité des restaurateurs du coin.

Jeudi 4 juillet, propres et rassasiés, le vent et la houle calmés, nous nous attendions à une journée plus sereine. Ce qui fut le cas jusqu'à ce qu'une manille de la patte d'oie ne lâche ; heureusement pour nous, le vent bien orienté dans les voiles nous évita un démâtage instantané.

Une sorte de bruit sourd attira notre attention. Juste le temps de me dire "qu'est ce que c'est que ce bordel" que déjà Nicolas criait "un des haubans a lâché, pousse-toi, le mât va se casser la gueule'. N'ayant aucune envie de me jeter à l'eau, je me précipite sur le mât, le soutenant à la base afin d'éviter qu'il ne sorte de la bite. Nicolas défait le bout du cuningham afin de remplacer la manille manquante. Le temps de réaction fut suffisamment rapide pour éviter l'accident (nous dérivions dangereusement vers la côte et les rochers), et après avoir affalé en pleine mer, au milieu du Golfe d'Ajaccio, nous pûmes installer une manille de rechange.


Le 2ème problème technique arriva le lendemain, à la plage de Chiuni, prêt de Cargèse. réputée pour son Club Med. La barre du safran tribord était sur le point de rompre, impossible de repartir dans cet état. La gentillesse et la disponibilité des GO du club nous sauva.

L'atelier fut mis à notre disposition toute l'après-midi, l'homme à tout faire du Club essaya de réparer avec les moyens du bord (malheureusement, contrairement à Casto, chez Club Med, il n'y a pas tout ce qu'il faut). Nous avons finalement trouvé la solution en renforçant l'intérieur de la barre abîmée. Mal engagé en début d'après-midi (nous avions même songé à l'abandon), l'aventure pouvait finalement continuer...


Dimanche 7 Juillet
jibi 2 quitte Chiuni et le Club Med dans un petit vent, emportant avec lui son nouvel équipage : Grégoire et Nicolas. C'est ce même duo qui, une année auparavant traversait la Corse d'ouest en est en plein hiver avec toujours les mêmes objectifs : le goût du défi, l'aventure, la beauté des paysages et la recherche de sensations fortes.

Sur l'eau ce dimanche matin, on pouvait me prendre pour un extra-terrestre ; mes deux jambes étaient revêtues de bas confectionnés à partir de la couverture de survie ; il devenait urgent que je protége mes chevilles et mes mollets qui avaient doublé de volume sous l'effet cumulé du sel et du soleil.

Ah ! le golfe de Porto, le voici au bout de notre étrave, fabuleux, extraordinaire, des hauteurs impressionnantes de roches rouges qui viennent tomber à pic dans cette mer turquoise, qu'il est beau de faire un petit tour par ici le dimanche ! On voudrait bien faire du tourisme, prendre le temps d'effleurer les calanques de Piana, mais le vent a forci et quelque chose nous dit qu'il faut en profiter pour tracer sa route.

Alors tout comme le golfe d'Ajaccio et de Sagone, le Golfe de Porto sera vite digéré par les étraves affamées de notre cata. Nous avions eu raison, dimanche 7 juillet, 15h30, au large de Galéria, le vent est tombé, pétole molle, vitesse du bateau, zéro, oui on peut le dire : nous sommes à la dérive.

15h31: vent zéro ; 15H32 : vent zéro... ; 16h28 vent zéro ; 17h02 : vent zéro.... Oh Nicolas réveille-toi ! Des dauphins, sérieux j'ai vu des dauphins. Quelle beauté, quelle élégance de voir cette dizaine de dauphins évolués à 20 mètres du bateau, on en oubliait notre petite galère météo.

Enfin petite galère qui commençait à devenir moyenne galère et grosse galère. 18h, toujours pas de vent, maintenant c'est sûr, le vent ne reviendra pas aujourd'hui. Effectivement, 20h, pas un souffle d'air. Des voiliers nous doublaient sans trop de mal, voiles dehors mais moteur dedans, barbotant dans un véritable lac.

Sur nos cartes, aucune plage de sable dans les environs, juste une plage de gros galets, c'est maintenant au tour du soleil d'aller se coucher, 20h30, nous arrivons sur cette plage de galets franchement inclinée. Tant bien que mal, nous avons essayé au milieu des algues, des moustiques et de la petite houle de remonter le bateau au sec en positionnant quatre gros rondins de bois sous les coques, mais impossible, le bateau est trop lourd.

L'écoute de spi, deux énormes galets, l'ancre est faite, le cata passera sa première nuit sur l'eau. La nuit est tombée, nous cherchons a la lampe torche une place pour dormir; nous sommes nerveusement épuisés. Un pré se trouve au-dessus de la plage, un coin d'herbe, quelques bouses par-ci par-là, la nuit est presque faite.

Des Bolinos, un abricot sec, le repas est prêt, Dodo. Je ne sais pas si le bateau a apprécié le bercement de la houle, mais de notre côté le sommeil fut léger de peur que les amarres ne lâchent, ce qui signifierait à coût sûr la fin de l'aventure. On s'organisera donc pour dormir a tour de rôle.

Lundi 8 Juillet
Au petit matin, rien n'a bougé, ni le bateau, ni le vent ; nous sommes donc partis à la nage, tirant le cata sur plus de 200 m pour attraper la première brise venue et nous éloigner au plus "vite" de cet endroit maudit. Après 2h de navigation, nous apercevons la citadelle de Calvi puis le rocher rouge de l'Ile Rousse. Toute la journée nous naviguerons dans un petit vent force 2, on avance, il ne faut pas se plaindre !

Passé ce rocher, nous avons une vue exceptionnelle sur le désert des Agriates et le Cap Corse et ... les touristes de l'île Rousse, un peu moins exceptionnel, il faut bien le dire.

Mardi 9 juillet
8h30 le cata est prêt comme quasiment tous les matins à la même heure, malheureusement il n'y pas un souffle d'air.
8h32, une toute petite brise vient caresser la plage, avec Grégoire on se regarde, c'est l'occasion, il faut foncer, en moins de 2 minutes, le bateau est sur l'eau, la brise nous emmène au large.

Aujourd'hui, cap sur le cap Corse. Ce mardi matin. le temps est très couvert sur les montagnes, vers 12h, alors que nous sommes au large du désert des Agriates dans un vent soutenu, force 3 sous spi, quelques gouttes d'eau se font sentir.

Pas franchement rassurés par ce temps orageux, nous nous rapprochons de la côte et les superbes plages de sable blanc du désert des Agriates se dessinent sous nos yeux. Nous déjeunerons rapidement sur une magnifique plage déserte de sable blanc accessible uniquement par la mer.

L'après-midi, le vent faiblit, il faut se rapprocher de la côte si on ne veut pas se retrouver pris au piège de la pétole. Cap sur Nonza. La baie est très agréable pour la navigation, très peu de vagues, un vent bien orienté, un décor magnifique et une faune impressionnante.
Tranquillement, nous remontons vers Centuri; nous espérons sans trop y croire atteindre le cap ce soir où se trouve la première plage de sable.

Trop gourmant, à quelques milles de Centuri, nous sommes obliges de faire demi-tour pour trouver un abri, le vent est tombé. C'est dans un minuscule abri de pécheur près d'une plage de galets dans un décor grandiose que nous passerons la nuit. Malheureusement il n'y a pas de sable et pour la deuxième fois Jibi passera la nuit sur l'eau, amarré à une bouée ce qui nous permettra de dormir plus tranquillement. Nous profitons de l'occasion pour prendre une douche d'eau douce et nous offrir un délicieux petit resto.

Mercredi 10 juillet
Nous quittons cet endroit magique très tôt ce matin, il doit être 7h45 quand nous sommes sur l'eau. Le vent est timide, mais souffle déjà dans les voiles et Jibi fait route directe sur le Cap. Après quelques heures de navigation, nous apercevons l'Ile de Giraglia, toute dernière île à la pointe de la corse.

Ça y est, nous y sommes, le Cap Corse est là devant nos yeux, nous avons du mal à réaliser, allez on trinque, zut on n'a pas pris de bouteille, tant pis on trinque quand même avec des barres de céréales. Et c'est sous spi s'il vous plaît, dans un vent soutenu que nous passons sur la côte est, dans la mer Tirréenne.

Le soir tombant, le vent faiblit et toujours pas de plage, si ce n'est celle qu'on a déjà passée !!! Une fois de plus nous sommes obligés de faire demi-tour après 11 h de navigation ; cette fois-ci nous décidons de ramer, fini Éole de subir tes caprices !

Jeudi 11 juillet
Le matin nous repartons tranquillement vers Bastia. Au large nous apercevons quelques îles : Capraia, Elbe et Pianosa.
Nous ne sommes pas seuls sur cette côte, les cargos qui arrivent et partent de Bastia se succèdent bientôt à la fréquence des bus parisiens, et les voiliers qui tentent de rivaliser avec notre "bête de course" sont aussi de la partie, ce qui nous donne l'occasion de régater bord à bord. La partie est souvent serrée jusqu'à ce que l'adversaire mette un peu de gazoil dans ses voiles.

Nous retrouvons des paysages familiers sur la côte, même l'état de la mer, sa couleur, sa houle, ses petites vagues nous semblent familiers, l'arrivée est toute proche.
Le vent n'est pas violent, nous sommes obligés de partir plus au large pour avancer plus rapidement. Malheureusement pour nous, un joli bâtiment gris avec un radar et des antennes tout partout nous a rendu une petite visite : "bonjour, veuillez stopper votre bateau svp". Et oui les Gardes Côtes nous ont interpellés pour nous signaler qu'avec notre embarcation, nous étions trop loin de la côte, nous sommes autorisés à 2 milles d'un abri... Après un petit contrôle de routine, nous nous sommes rapprochés de la côte et l'aventure a pu heureusement continuer.

La côte que nous retrouvions n'avait rien de dangereuse, une longue plage de sable de plus de 100 km qui nous emmènerait tout près de l'arrivée. Une chose était sûre, ce soir, nous dormirions sur du sable.

Vendredi 12 juillet
8h30, le cata est prêt.
8h31, pas de vent...32, pas de vent,.....9h pas de vent.....10h00 pas de vent....10h30, départ ! Il était temps.
Ce vendredi, ce ne sera pas le jour du poisson, mais le jour de la bière. Interloqué par notre embarcation, un anglais d'un certain âge sur un Hobbie Cat de location nous proposa deux bières bien fraîches qu'il sortit d'un sac fixé à son pied de mât. Thank you very much Monsieur l'anglais, c'est avec grand plaisir ; c'est qu'il devait bien louvoyer l'anglais en fin de journée.

Samedi 13 juillet
Ce samedi matin la mer était calme mais une légère brise soufflait, Rapidement le vent a forci force 4 ce qui nous a permis de tirer un énorme bord en route directe. Aléria-Solenzara. A 13h, nous étions au large de Solenzara, on pouvait ainsi envisager l'arrivée aujourd'hui même, l'excitation se faisait sentir à bord.

Mais le vent est tombé d'un seul coup, puis a repris et s'est mis à tourbillonner dans tous les sens. Dur de rester calme dans de telles conditions.
On appelle Tibo : "nous arrivons dans deux heures, prépare le Champagne, c'est bientôt gagné mon gars !", il était tout aussi étonné que nous.

On découvre progressivement "notre" Golfe, puis "notre" plage. Nous arrivons dans du gros vent, nous sommes heureux, le défi est réussi, les hommes et le bateau sont en pleine forme. Il est 17h30, Tibo vient nous rejoindre à la nage, il monte sur le bateau, nous arrivons tous les trois sur la plage de Pinarello d'où nous étions partis 11 jours plus tôt.

Ça y est, c'est gagné !!!!!!! on se regarde, on se tape dans les mains, c'est intense, c'est du bonheur ! Champagne pour tout le monde.


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