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<<Echouage en Méditerranée

Gros coup de vent au mouillage>>

Navigation dans la bouilloire

"Navigation sur un miroir", tel était le titre de l'article écrit par Jean-Marc lors d'une de mes premières sorties en baie de Cannes, en fin d'hiver, avec ce qui allait devenir mon bateau; et c'était vrai que la mer était calme et que même dans ces tous petits airs, l'ASTUS se débrouillait bien et arrivait à tailler une route correcte, aidé de son beau gennaker rouge.
Extrait choisi : « On se réjouit de pouvoir avancer ainsi dans cette pétole, aucun clapot ni sillage de bateau à moteur ne venant rompre la magie qui s'opère. »

Le temps a passé, nous sommes en juillet, on a mis à l'eau (1) tranquille en fin d'après-midi, nous partons pour Agay (2) poussés par une gentille brise d'est, pas furieusement pressés d'arriver, mais quand même impatients de bien marcher et de montrer à nos deux invités qu'un petit tri de 6m, grand largue et tout dessus, va faire la route en 2h environ. On sait que là-bas nous attend une soirée douce et calme, on est impatients d'inaugurer le "JMS system" de couchage avec les deux tentes de trampoline.

Grand voile hissée, gennaker désemmagasiné, on relève le moteur, on borde et comme d'habitude, moment magique où, au bruit de la pétarade succède celui du glissement de l'eau sur les coques et où le barreur sent dans le safran ce léger frémissement témoin de la vitesse naissante.

Mais nous sommes en juillet et toutes les bêtes qui hibernaient dans les ports dortoirs se sont réveillées, elles sont sorties en meutes hurlantes et fumantes et ont sillonné la baie de Cannes en tous sens, pressées de rejoindre au plus vite leur lointaines destinations et de pouvoir se vanter d'avoir, grâce à leurs 1000 (*) chevaux, effectué le trajet Port Canto (3) / Saint-Tropez (4) en moins d'un quart d'heure !

La vision est extraordinaire, nous sommes dans l'axe Sainte Marguerite (5) – Cannes (6), il est 17h et une bonne trentaine de machins blancs nous foncent littéralement dessus, ça arrive de l'est, du sud et de l'ouest, certains sont encore loin, d'autres si près que l'on distingue déjà leur étrave, tous plus rapides les uns que les autres, tous avec la ferme intention de nous passer dessus; on se prend à rêver d'être, au choix, un sous-marin, vite plongée profonde, les barres à fond, palier à moins 300 mètres, ou mieux, un phare, socle en pierre et tour de 30 mètres, histoire de regarder d'en haut la suite des évènements. Pour l'instant, on est plutôt dans la peau de la quille de bowling qui voit un gros truc noir qui roule vers elle ...

Le premier arrivé est une moto, enfin une sorte de moto parce qu'elle n'a pas de roues, mais il y a bien un gars casqué à cheval dessus; il passe à 5 mètres de nous, il fait tellement de bruit qu'il n'entend même pas nos cris de ... joie ! Loin, ouf, au suivant.
Le second machin arrive, il nous fait l'honneur d'un léger détour au dernier moment et passe nettement plus loin, mais aussi vite; et de deux, re-ouf !

Le reste de la meute va suivre , que dire de plus sur leur comportement grégaire qui va tous les faire passer au point 43° 32' 17" N, 7° 01' 43" E (7). Il doit y avoir, comme pour les routes aériennes, des points de contournement obligatoires.

On a aussi le temps d'observer des trucs marrants : d'abord ils sont tous blancs, la couleur n'est pas en vogue au pays des yachts. Ils ont, comme les éléphants, des défenses, mais elles sont pendantes le long de la coque – blanche donc – et souvent ils ont de belles figures de proue, blondes dénudées les jambes à l'étrave et les mains solidement accrochées au balcon.
Dans le lot, il y a aussi curieusement des bateaux à moteur un peu plus lents, avec des mâts, mais sans voiles apparentes. Ils ont juste un gros tube incliné qui part de l'avant vers le mât et un gros sac bleu horizontal derrière. J'en suis encore à me demander à quoi cela peut bien servir.

TOUS en tout cas passent soit très vite, soit moins vite mais encore plus près. Le grand vainqueur est sans conteste celui qui, après un écart rassurant, finira par refoncer droit sur nous comme pour nous punir de polluer son terrain de jeu par notre présence. Lui, mais lui seul quand même, aura droit à ce geste amical quoiqu'énervé de la main venant se loger au creux du bras opposé !

La navette des îles passe, ni très près, ni très vite, mais sans changer un degré à son cap, je me demande si elle est prioritaire dans ce quasi chenal; en tout cas, à moins de relancer le moteur, comment lui laisser cette priorité ?

Un peu plus à l'est, un voilier, qui semble immobile tangue, gîte et roule furieusement; « le vent va tomber, pronostique un de nos régatiers, regardez là-bas, c'est déjà fait et c'est pour nous dans quelques minutes » ... En fait, cela en fait bien vingt que nous sommes aussi totalement scotchés, ballottés dans tous les sens par les vagues de sillage malgré le vent; le bateau n'arrive pas à refaire route, sa moindre tentative est irrémédiablement entravée par une nouvelle vague - et ce n'est pas du cinéma ...

Avec mon ancien bateau, trois bonnes tonnes, il n'y avait pas trop ce problème, il courrait sur son erre et coupait chaque vague. Là, c'est différent, il monte sur la première, redescend et ... paf, tape directement dans la seconde car leur espacement n'est que de quelques mètres.
On a beau essayer la théorie, lofer - abattre, rien à faire, pif d'un côté, paf de l'autre. Et quand le sillage nous rattrape, c'est pas mieux, on embarde et plouf, la seconde crête éclate sur le flotteur, douche gratuite.

Bon, l'horizon se calme, ils sont tous au port, en route ... Le reste de brise va nous pousser, la confiance revient.
Nous allons aller chercher le venturi entre les deux îles, mais la marmite est toujours bouillonnante, de petites vagues croisées, souvent en rafale de 3 ou 4  nous secouent toujours. L'Astus n'aime manifestement pas, les voiles ne l'appuient pas assez sur l'eau et le jeu des coulisses des poutres des flotteurs se manifeste par des bruits qui me font mal !

Ce n'est qu'après une bonne heure de bataille dans cette brise tombante, mais largement comparable à celle du mois de janvier, que nous déclarerons forfait; Agay (2) est encore trop loin, repli stratégique pour la nuit entre les îles avec quand même, maintenant que nous sommes plus au large et que la mer est plus calme, une belle remontée au près pour contourner l'île Saint-Honorat (8), juste histoire de montrer à nos amis que l'on sait faire ça aussi ... et bien, en plus.

Notre mouillage (9) sera un semi beachage, il ne reste pas beaucoup d'eau sous la coque, mais les roches plates me semblent trop dures pour y asseoir la poupe comme nous l'avions fait sur les plages de sable; l'équipage va à terre en se mouillant les pieds, mais juste les pieds ...

Nuit extraordinaire, on a l'impression d'être seuls au monde, la côte est inhabitée et les autres bateaux sont bien plus loin. Je dors dans le trampoline sous les étoiles.

C'est un joyeux «trop beau votre bateau » poussé par l'employé municipal qui vient remplacer le sac poubelle sur la rive qui me réveille, puis le va et vient des petites annexes pour que le Médor du bord vienne faire ses besoins matinaux et enfin le sifflement de la bouilloire, en route pour de nouvelles aventures.

Le vent a la bonne idée de s'établir de nouveau de l'est, nous allons naviguer vers Agay (2) en tirant des bords ! Oui, des bords de grand largue, le gennaker y est bien plus efficace et sans spi, ni asymétrique, les allures proches du vent arrière sont moins ludiques, il resterait à calculer avec le GPS si l'allongement de la route est compensé par le gain de vitesse...

 
Devant le petit port de la Figuerette (10) où nous arrivons au largue tribord amure, assez près des rochers sous le vent, le demi tour s'impose et l'empannage risqué (souvenirs de parapente, ne jamais virer vers la falaise, on est vent arrière et tout s'accélère !!); nouvelle technique, le virement vent debout sous gennaker, enroulé rapidement quand le bateau lofe, déroulé tout aussi rapidement sur l'autre amure, bravo les équipiers.

Nous sommes allés virer les Vieilles (11) devant Anthéor, puis on a cherché une zone calme avant le Cap Roux (12) pour mouiller sans chercher à beacher car le clapot d'est était assez fort malgré tout et les plages trop abruptes; je pense à l'anse Barthélémy (13), vu les rochers derrière, mais j'avoue que la nav n'était pas à l'ordre du jour.

Repas, baignade, bronzage, on a connu des jours plus difficiles !

Dans l'après-midi, la bascule au sud annoncée se fera un peu désirée pour le retour, mais un bord vers le large avec le moteur nous permettra de l'attendre et de renter ensuite sans un seul virement jusqu'à la passe du port !!
On retrouve avec surprise la bouilloire de la baie de Cannes malgré le nombre plus restreint de bateaux.

Je suis depuis aller fouiller sur Internet avec les mots « sillage houle etc... » et j'y ai appris sur le site « robert in space » que les vagues de sillage peuvent vivre longtemps, s'accoupler en résonance pour atteindre des amplitudes remarquables, se réfléchir sur les côtes et même pénétrer dans les baies par diffraction! Je n'ai pas osé lui poser la question pour les caps, mais je pense que cela doit être un peu pareil.

Voilà, fini pour cette fois, la mise sur remorque verra la seule « bêtise » du week-end, le treuilleur trop fougueux ne remarque pas le galet mal positionné et l'Astus se retrouve de travers, posé sur seulement deux rouleaux à bâbord. Remise à l'eau prudente, remontée, droit cette fois, ouf, le bordé n'est même pas marqué.

 

Tipota retrouvera le jardin tard le soir, son capitaine, son ordinateur revenu de réparation et sa mauvaise foi pour écrire cet article pas vraiment impartial…

Jean-Claude, TIPOTA, Nice (juillet 2007) 

 

 

(*) NB : je dis 1000 CV, mais en fait je n'en ai pas vraiment idée, je constate juste que pour nous, c'est environ 4 CV, 400 KG pour 4 noeuds et que donc, pour propulser un monstre de 20 tonnes (50 fois plus lourd) à 20 noeuds (5 fois plus vite) , il doit bien falloir 250 fois plus de puissance, donc 1000 CV, CQFD.

 

 

Post-Scriptum
Pour le côté "enfer" du récit, le choix de ne pas mettre le moteur était assumé à cause du côté "régatier fou" de nos copains. Nous nous sommes dégagés de la côte au moteur pour profiter de la brise sud après-midi et le bord de retour a été super malgré le clapot; on était donc plus proches du paradis que du purgatoire.
Quand au verdict sur l'ASTUS 20.1, celui des 2 "quillardeux" a été élogieux : super bateau procurant de grandes sensations de barre, décollant à la moindre risée et pas du tout ridicule au près.

Jean-Claude


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Astus 20.1