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Accueil / Récits / France / Méditerranée / De Porquerolles à Port Cros en Tabasco(s) De Porquerolles à Port-Crosen Tabasco(s)Suite du périple de Jean et Maguy, partis 8 jours plus tôt de Marseille et rejoints maintenant par Rouge et Eva, également en Tabasco. 9ème jour, 12 millesNous quittons la Darse Vieille de Toulon (1) où nous sommes arrivés la veille après une semaine de randonnée nautique depuis Marseille (2), en passant par les calanques (3).Nous devons retrouver Rouge et Eva qui ont mis Seliger à l'eau au port de Carqueiranne (4). Un coup de portable ; ils sont quelque part dans la grande rade au large de la pointe de Carqueiranne. Nous rejoignons la zone supposée, pas de voile en vue. Appels répétés à la VHF, pas de réponse… Soudain j'aperçois une coque blanche à la dérive ; les bougres, en manque de soleil et de vacances, n'ont pas pu attendre pour prendre le premier bain ! Interpellations, bonnes vannes rebondissant d'un bateau à l'autre, c'est bon de retrouver les potes sur l'eau. Nous envoyons vers le sud, à doubler la pointe de la presqu'île de Giens (5). Première petite bourre entre les deux bateaux : "T'attaquais, toi ?" Nous décidons de passer la première nuit au port du Niel (6), accostage sous voiles au quai de la capitainerie.
Premier apéro, réglage de l'étai de Seliger qu'on a bien failli démâter (peut-être à cause de l'apéro) et repas bien arrosé chez les copains à Hyères. L'ouverture du port manque d'une chicane et le clapot rentre jusqu'au fond ; résultat, les bateaux tirent sur les amarres et il faut intercaler des amortisseurs sur les pointes avant, sinon c'est la mauvaise nuit assurée. 10ème jour, 7 millesDirection Porquerolles (7) au près par un 3 Beaufort de S-E. Passage amusant entre les îles du Petit (8) et du Grand Ribaud (9).L'arrivée à Porquerolles, baie des Langoustiers (10), restera un souvenir amusant. Pour atteindre la plage, il fallait tirer des bords au milieu des très nombreux bateaux au mouillage, chargés de leur lot de viande à griller au soleil. Lorsqu'il faut virer au ras de ces coques au gel-coat rutilant, les regards mi-affolés mi-envieux me régalent. Sur une magnifique vedette à moteur équipée de tout le confort moderne jusqu'à la douchette chaude sur la jupe arrière, une dame pousse son mari du coude et je l'entends dire en nous désignant : " Tu vois chéri, c'est ça qu'on devrait avoir, comme bateau… " Mmmmm… Il faut reconnaître que ces gros bateaux, handicapés par leur tirant d'eau (et peut-être aussi par les deux mains gauches de leur skipper) doivent mouiller loin de la côte et nous voient avec jalousie poser les étraves sur la plage. Nos équipières, trouvant que le temps de navigation était suffisant pour la journée, nous donnent rendez-vous dans la Baie d'Alicastre (11). On mouille dans 3 mètres de fond. L'eau est tellement claire qu'on peut contrôler l'ancre sans plonger. La vaisselle de la gamelle de pâtes est assurée par les poissons… Et le coucher de soleil magnifique laisse présager une nuit calme ; à la tombée de la nuit les feux de mouillage se confondent avec les étoiles. 11ème jour, 7 millesVent d'Est force 4. On a prévu d'aller à Port-Cros (12).Vent de face, clapot de face, un ris, le foc, capote de descente en place, la viande au vent. Sitôt le cap des Mèdes (13) dépassé (la baie d'Along d'après Rouge), l'ambiance devient guerrière : ça secoue, ça mouille et on se bat… pour être devant ("t'attaquais, toi ?"). 12 milles parcourus en réel dans ces conditions… un régal ! Un mouillage en face de Bagaud (14) et hop ! On plonge dans l'aquarium. Un masque et un tuba suffisent pour s'émerveiller devant la quantité et la variété des poissons. Il paraît qu'on n'a pas le droit de les nourrir, nous a dit une surveillante du Parc National : "Après le départ des touristes en fin de saison, à votre avis, ils se nourrissent de quoi, les poissons ?". C'est vrai qu'après le luxe et la richesse gastronomique de leurs repas à notre tableau arrière, ils ont dû se trouver tout déconfits, les pauvres… Pour aller à terre prendre une glace, on emballe nos affaires dans un sac poubelle tenu au-dessus de la tête. Ou alors, deux bouées couronnes, un seau dedans et voilà une annexe tout à fait valable pour transporter l'appareil photo au sec. 12ème jour, 0 millesUne journée complète à Port-Cros (12), bains, apéro, sieste… Pfff ! Quelle fatigue les vacances !On peut utiliser gratuitement une place au ponton dans le port (très peu de fond au bord du quai) pendant quelques heures ; suffisant pour faire l'aller-retour au sentier sous-marin (15). Bof, on ne voit pas plus de choses que partout ailleurs autour de l'île. Les surveillants ne sont qu'à moitié agréables et c'est truffé de monde. Le seul attrait est de lire les panneaux explicatifs sous l'eau. 13ème jour, 18 millesTrajet de Port-Cros à Carqueiranne (4) en laissant Porquerolles à tribord.Nous découvrons ce qu'un plaisancier du coin nomme le " vent solaire ". C'est simple, le vent semble provenir du soleil ; autrement dit si vous avez le soleil dans les yeux, vous êtes bout au vent. Toute la journée. Le vent suit donc la course du soleil d'Est en Ouest en passant par le Sud à midi. Résultat : on quitte Port-Cros avec 2 heures de retard direction Sud au près ; puis on fait route vers l'Ouest au près. On enroule Porquerolles et on oblique vers le Nord… au près ! Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Malgré tout, la remontée lente dans la lumière du soir, de la pointe des Langoustiers au port de Carqueiranne est superbe ! Pas de place libre dans le port, capitainerie fermée, ponton d'accueil plein de pêcheurs avec les chaises, les cannes et les canettes ; pas facile de dégager tout ce monde-là ! Le lendemain on se fera disputer par le chef de la capitainerie parce qu'on a utilisé une place qui ne nous était pas destinée ; en plus on n'a pas l'attestation d'assurance du bateau. Je lui ai fourni l'assurance de la remorque, histoire de lui laisser un os à ronger, mais il était tout chonchon, Pitaine ! 14ème jour, 8 millesRouge doit sortir son bateau de l'eau : son programme de vacances s'apparente cette année à un essai des 10.000 km de l'Auto-Journal.La cale de Carqueiranne est un modèle du genre : large, de bonne pente, recouverte d'une toile de jute sur la zone glissante, avec des parking à remorques juste à côté. On démâte Seliger, prêt à rouler, une moule-frite et nos chemins se séparent. T Roc'h Bazh reprend la mer vers Toulon (1) car le rassemblement des grands bateaux, la Tall Ship Race , nous attend. Passage obligé à la voilerie de la darse Nord du Mourillon pour faire réparer deux goussets de latte : vendredi soir, 80 €. Bigre, quand les caribous passent, les trappeurs en profitent… Je ne peux pas me permettre de naviguer tout le week-end avec une grand-voile déchirée et déjà le premier trois-mâts pointe son étrave. "Faire de la plaisance, c'est déchirer des billets de banque sous une douche glacée". 15ème jour, 8 millesLes grands voiliers accostent l'un après l'autre aux quais de Toulon, c'est un beau spectacle.Amerigo Vespucci, Mir, Libertad… Il est possible de les visiter si on accepte la demi-heure de queue à chaque coupée. Nous partons explorer la côte entre les plages du Mourillon (16) et le Cross-La Garde (17) qui a veillé sur nous depuis deux semaines. De la roche, des plages, des grottes et des ports privés minuscules mais surtout un nombre impressionnant d'endroits où l'on a envie d'ancrer pour plonger sur des fonds magnifiques. 17ème jour, 8 millesNous longeons la côte au plus près de l'arsenal, à toucher le Charles de Gaulle, jusqu'à La Seyne-sur-Mer (18) puis jusqu'à Saint-Mandrier (19), en traversant les installations de pisciculture et le cimetière de bateaux coulés à leur corps-mort.Non loin de l'école de plongée, un petit mouillage nous paraît sympathique pour déjeuner. Six, sept bateaux nous entourent bientôt, le coin doit être apprécié des Toulonnais. Soudain un pneu de la Gendarmerie Nationale aborde le premier bateau, discussion, le gendarme écrit sur un calepin puis passe au deuxième bateau. Sans rien ranger sur la table et en laissant notre parasol à poste, nous levons l'ancre vite fait et quittons les lieux à la godille. Les gendarmes viennent à nous : "Il est interdit de mouiller ici, mais je constate que vous n'y êtes déjà plus, alors…". J'ai appris le lendemain que tous les autres bateaux avaient pris un avertissement. Grâce à eux nous n'avons pas traîné à ce mouillage, ce qui nous a permis de croiser en plein milieu de la rade un sous-marin qui est arrivé du large, deux vedettes grises sont venues à sa rencontre et nous avons vu son massif s'éloigner jusqu'à l'horizon. 18ème jour, 10 millesOn annonce un coup de vent force 8.C'est aujourd'hui que la Tall Ship Race quitte Toulon à destination de Gênes. Nous nous sommes levés tôt pour être déjà dans la grande rade quand les bateaux passeront. Désolation ! Alors que le vent n'en est qu'à forcir tranquillement de 2 à 3, puis 4, les voilà qui sortent au moteur, certains ayant quand même envoyé un minuscule bout de toile histoire de faire bonne figure. Au cours de la matinée, le vent forcit régulièrement et le clapot est de plus en plus formé ; nous prenons le deuxième ris et quittons les lieux pour monter le bateau sur sa remorque qui nous attend au port de Carqueiranne (4), avant le gros du mistral Entre 8 heures du matin et 14 heures, le vent est passé de rien du tout à force 7. En conclusion…En trois semaines, du 8 au 25 juillet, nous avons couvert 130 milles, en pratiquant tantôt des mouillages forains, tantôt les ports dans lesquels nous avons toujours pu trouver de la place.Les tarifs pratiqués nous ont paru très raisonnables, environ 10 € pour nos 5 mètres 20. Côté météo, nous avons bénéficié d'un ensoleillement quotidien, de températures un peu fraîches entre 17 et 25 degrés, et d'un vent irrégulier de 1 à 4 Beaufort d'Est à Sud-Est dominant, ponctué de deux coups de mistral d'Ouest montant à 7-8 en rafales. Nous avons été assez peu gênés par les vedettes à moteur qui respectent pour la plupart la priorité aux voiliers, et nous avons parfois été absolument seuls sur des mouillages idylliques. Il serait faux de croire que la Méditerranée est une mer facile. Par contre le risque de voir forcir le mistral très très vite et au-delà des capacités du bateau est bien réel. Quand même, j'ai été déçu de voir autant de voiliers marcher au moteur, même par météo idéale. Les paysages sont grandioses et les gens accueillants ; j'ai désormais envie de continuer le périple vers Saint-Tropez, Saint-Raphaël, mais ceci est une autre histoire… De Jean Inizan, décembre 2007 Première partieCommentaires
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Récit très interesant .
Mais je m'interroge : sur l'avant-dernière photo, on voit la remorque (de route ...!) dans l'eau . La Méditerranée serait-elle moins salée que la Manche ?
"Faire de la plaisance, c'est déchirer des billets de banque sous une douche glacée", écrit Jean...
J'en ai entendu une autre, dans le même genre:
"Un bateau, c'est un trou dans l'eau qu'on essaie de remplir avec du pognon"...
ben@be
Ben,
il y en a un tas comme ça, pour décrire notre activité favorite; du genre "Le voilier est le moyen de transport le plus lent, le plus incomfortable et le plus onéreux".
Mais, tout comme Jean, si nous avons des bateaux qui répondent aux deux premiers critères - lent et incomfortable - ils permettent grace à leur taille modérée le mouillage forain et d'être peu taxés dans la marina; et donc de limiter la casse en terme de coût. Surtout si comme Jean on privilégie la godille au moteur ! Je retouve bien là l'esprit du "marin breton"