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Accueil / Récits / France / Méditerranée / De Hyères à Cannes en Magnum 21
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Je remonte au vent pour aller virer un paquebot devant Le Lavandou et manque de me payer son étrave à cause d'un vent qui refuse au dernier moment... |
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Je longe la cote rocheuse et sinueuse sur des kilomètres, toujours au portant, dans un vent de force 2. |
Et puis voila que le vent d'ouest reprend de la vigueur, comme la veille. En
appelant la météo le matin, avant que mon portable ne s'éteigne faute de
batterie, j'avais juste eu le temps d'entendre "avis de grand frais...".
C'est donc reparti pour les surfs au vent arrière, sauf que j'ai pas eu le
temps de prendre un ris dans la GV cette fois. Vigilance impérative pour éviter
l'empannage intempestif.
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Surtout qu'en ce moment, la végétation explose de couleurs avec des vagues de coquelicots, chardons et cactus en fleur. |
Je reprend la mer avec mon ris dans la GV et avale la longue plage
de Pampelone à toute vitesse. Me voilà à l'entrée du Golf de Saint -Tropez quand
le vent donne des signes d'essoufflement.
Pensant que le coup de vent est terminé, je décide de larguer le ris dans la GV...
seul au milieu de l'eau (pour voir).
Je bloque le foc à contre et la barre dans l'autre sens. C'est la technique que
j'adoptais sur les hobbie Cat pour garder le bateau face au vent... sauf que ça
n'a pas marché sur le Magnum.
J'ai dû affaler complètement la GV car elle était un peu sortie du rail de mat.
Sous foc seul, voila le Magnum qui se met à abattre sans prendre suffisamment de
vitesse pour permettre à la barre bloquée (grâce au truc du sandow de Patrick)
de le ramener face au vent... bref, je galère pas mal de temps pour remonter la
GV sans son ris. Je repars enfin ... quand le coup de vent d'ouest se remet à
souffler aussi fort. La rage !
Cette fois, je tire droit vers la côte pour trouver une crique où jeter l'ancre
et reprendre mon ris. Le recoin où je me crois abrité est, en fait,balayé par
des rafales tourbillonnantes et je manque de me retrouver sur les cailloux.
Je reprend ma route (et mes surfs) sur les chapeaux de roues ...
pendant 1/4 d'heure.
Et là, rebelote, le coup de vent tombe, je passe du vent arrière au prés serré
(et inversement) toutes les 10 secondes. Le clapot désordonné me ballotte dans
tous les sens et je comprend enfin ce qu'il m'arrive. Je suis au beau milieu de
l'affrontement entre 2 courants de vent forts et opposés... et ce front
progresse dans la même direction que moi !
A chaque fois que je m'installe dans le coup de vent d'ouest, celui ci me
propulse vers l'avant jusqu'à ce que je le dépasse et me retrouve sur l'autre
front qui souffle dans l'autre sens... le temps que le vent
d'ouest arrive et le chasse un peu plus loin.
Quand on est au milieu, c'est extrêmement pénible. Un clapot ahurissant et
désordonné, un vent tellement changeant en direction et force qu'il est vraiment
difficile d'en sortir, à la voile comme au moteur.
Je décide de m'arrêter une heure au mouillage dans une crique, le temps que le
coup de vent d'ouest s'installe définitivement, avant de reprendre la route. Au
bout d'une demi-heure à peine, je ne peux m'empêcher d'y retourner. Avec le
clapot et le vent tourbillonant à cet endroit, le mouillage n'est pas agréable.
Sur l'eau, le vent d'ouest a l'air d'être maintenant bien établi.
J'en vois les moutons sur la mer aussi loin que je puisse les distinguer.
J'essaie de tirer des bords de grand largue pour éviter d'avancer trop vite vers
le front (c'est un comble de devoir se ralentir !) mais cette allure est
désagréable car le vent est trop fort et je suis trop toilé (et j'ai toujours la
dérive entièrement remontée ce qui est peut être une erreur) : le bateau part
dans des auloffée à chaque rafale.
Je reprend donc mes surfs au vent arrière, plus confortables.
Les 10 kilomètres jusque Saint Raphaël sont vite avalés et je me dis que je
serais le soir même à Cannes, avec un jour d'avance sur mes prévisions...
Sauf que j'aperçois de nouveau mon cauchemar météorologique plusieurs centaines
de mètres devant : les moutons se font plus rare jusqu'à disparaître, le clapot
devient haché puis le vent tombe brusquement.
Me voile une fois de plus sur le champ de bataille des 2 fronts.
Je suis épuisé par cette météo capricieuse, je jette l'éponge et cherche un
endroit où poser le bateau.
Pas facile de trouver une crique abritée en même temps de 2 vents contraires
dont on ne sait lequel triomphera sur l'autre, sans parler du clapot à la
direction farfelue.
Enervé, je peste et comprend maintenant pourquoi on a ajouté ce préfixe au mot
"voyage" dans "convoyage" !
Le petit restaurant face au port et son personnel accueillant me
feront agréablement digérer cet après midi tellement pénible.
Le lendemain est un autre jour. C'est le vent d'est qui a finalement gagné le
bras de fer et qui me propose de regagner Cannes en tirant des bords par force
2.
La mer est redevenue si calme !
J'entend un enfant crier "Maman, Maman, viens voir !". Je lève la tête et aperçois, devant une belle villa luxueuse accrochée à la roche, une petite tête blonde courir en me pointant du doigt et en agitant la main. Je le salut du fond de mon cockpit. Visiblement, il n'a pas l'habitude de voir passer des voiliers d'aussi près.
Je m'accorde une petite pause pique nique dans une minuscule crique
de la baie d'Agay.
Dans ce vent léger et contraire, il me faudra une bonne partie de la journée
pour arriver jusqu'à l'autre bout de Cannes, après avoir longé sa baie et
sa succession interminable d'immeubles. Les bruits de circulation de la ville
que je perçois sur l'eau me confirment que la ballade est terminée."
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