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Accueil / Récits / France / Méditerranée / Corse du sud en 5o5 Raid musclé en 5O5 en Corse du sudAvec un joli brin d'insouciance et un solide sens marin, les 2 compères traversent les coups de vent et de mer sans bobo ... Philippe nous livre le récit de cette aventure musclée et les nombreux enseignements et conseils qu'il en retire. Texte de Philippe Markt, photos de Philippe et Etienne Markt |
![]() Le bateau fut rapidement armé et mis à l'eau car nous devions nous
débarrasser de la voiture et de la remorque le soir même. |
Pas le temps de tester les réactions du bateau en charge on verra bien demain !
Départ vers midi avec un vent soutenu et une grosse
houle d'Ouest prometteuse de surfs endiablés.
Il faut savoir que pour tenir un 505 au portant dans les conditions fortes, la
sécurité, c'est l'attaque, avec le spi de préférence qui permet d'atteindre des
vitesses impressionnante mais surtout stabilise le bateau en le tirant vers le
haut à condition de ne pas faire d'erreur…
Il va sans dire que la croisière à cette vitesse laisse peu de temps pour admirer le paysage, nous faisons une petite halte gastronomique sur la magnifique plage de Cupabia et profitons du camping pour nous ravitailler.
Nous repartons pour Propriano. Le vent a légèrement
baissé mais pas la houle.
En cherchant l'allure idéale, je me retrouve avec Campomoro en ligne de mire.
Est ce bien raisonnable de traverser le golfe de
Valinco aussi loin des côtes avec un dériveur léger ?
Pas du tout, mais la prise de pied (vieille expression de marine) en perspective
emporte la décision.
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Nous prenons la météo. Rien de rassurant, toujours de la houle et 30 nœuds de vent dans les bouches de Bonifacio.
Nous hésitons à prendre la mer et comme la bière
porte conseil nous décidons de réfléchir sur une terrasse ombragée.
Midi passé, heure décisive en méditerranée, le vent se mis à baisser
progressivement et la courte distance qui nous sépare de la prochaine "cala"
nous incite à reprendre la mer qui avait d'ailleurs fini de ronger la plage.
Nous sortons du mouillage en escaladant les vagues
et naviguons au prés contre un fort clapot de sud croisé avec la houle en
direction de la pointe d'Eccica.
Mais soudain le pire qu'il puisse nous arriver arriva, le vent tomba et notre
bateau se transforma en sous marin malgré les efforts démesurés d'Etienne pour
écoper (nous avons maudit notre avaleur de spi qui absorbe l'eau à merveille
dans ce type de conditions).
Que faire ? Retourner à Campomoro distant de 3
miles... Solution peu réaliste avec cette force de vent.
Ou aller à la côte avec le risque de s'écraser contre les rochers ?
Vu l'urgence, nous optons pour la deuxième solution surtout que je connaissais l'existence d'une petite Cala près de cet endroit.
![]() En approchant, nous constatons que derrière les
déferlantes, il y a bien une minuscule plage parfaitement calme malgré son
exposition ouverte face à la houle. Comment est-ce possible ? |
![]() Héroïquement, nous nous engageons dans la passe en
priant et en écopant (merci Etienne), et là, miracle, nous pénétrons dans une
sublime crique sableuse couverte d'écume. C'est la cala d'Aguila. |
Séchage de tout le matériel, plongée en apnée, naturisme, lecture, bricolage, escalade, photos, soirée invités par les Corses… c'est fous ce que l'on peut faire dans un endroit aussi perdu !
![]() Miracle, la houle s'est enfin calmé.Bien que nous ayons complètement succombé au charme de cette cala, nous nous résignons à la quitter. |
Après
une tentative de ravitaillement infructueuse (la sieste est longue en Corse
!), nous repartons en direction de Roccapina avec un thermique vigoureux
mais heureusement portant. |
Une houle croisée se forme et transforme la mer en shaker.
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Un peu échaudé par la navigation du jour, nous consultons la météo. Celle-ci nous prédit une courte fenêtre demain avant retour du Mistral.
La décision est vite prise, le passage des Bouches de Bonifacio sera pour demain.
Aujourd'hui, c'est du sérieux. Le bateau est préparé
avec minutie.
L'équipage est concentré et bien conscient que la navigation du jour se fera
dans un secteur dangereux.
Départ 10 heures pour avancer au maximum avant que
le vent ne soit trop fort.
Peine perdue. A 10 heures 30, le vent a déjà dépassé force 5.
C'est reparti au largue sous spi pour une traversée expresse du golfe de Ventilègue, le bien nommé, et un salut au planchistes de la Tonara (les statistiques donnent plus de 20 jours de vent au dessus de force 4 sur ce spot au mois de Juillet).
Autant dire que les 16 miles que nous avions à parcourir furent vite avalés et nous nous retrouvâmes avant midi au-dessous des falaises de Bonifacio et son goulet.
Nous résistons à l'envie de rentrer à la voile dans ce joyaux (c'est possible avec un 505) et continuons notre chemin en direction de l'île de Piana.
La tentation est grande de faire un petit tour aux îles Lavezzi mais le vent était déjà trop fort pour prendre ce risque.
Séance photo, repas rapide car, bien que légèrement abrité par le continent, on sent bien que le vent n'a pas dit son dernier mot.
Bien nous en a pris car le vent est monté à force 6 et nous a littéralement éjecté des Bouches et du golfe de Santa Manza, fort venté lui aussi, mais sans houle ce qui nous a paru beaucoup plus confortable.
En moins d'une heure, nous étions à Rondinara, site
magnifique mais victime de son succès.
Heureusement, la baie est grande et un Corse nous a chaleureusement offert
l'hospitalité sur son terrain.
Le soir, repas au restaurant bien mérité et une
bonne nuit agrémentée d'un lever de soleil magnifique. |
![]() Départ en douceur sur un lac, on comprend vite
pourquoi ce secteur est particulièrement prisé par les bateaux à moteur. |
Une apnée nous permet de découvrir les merveilles de l'endroit : mérous, poulpes, sèches, murènes et autres espèces méditerranéennes nous apparaissent comme a l'état originel. On croit rêver.
Le golfe de Porto-Vecchio est traversé à l'aide d'une petite brise portante qui nous laisse le temps d'admirer ce site exceptionnel.
Un rapide trajet en bus pour récupérer la voiture et un retour au point de départ non s'en s'être perdu dans la montagne à cause de nos amis Corses qui aiment bien jouer avec les panneaux indicateurs.
![]() Malgré
l'hospitalité de nos relations ajacciens nous préférons dormir une dernière fois
à la belle étoile sur la plage Médéa afin de boucler l'aventure. |
Attention, le raid dans des zones peu fréquentées et ventées est une activité dangereuse.
Comme en croisière ou en montagne, il faut toujours envisager le pire.
Pas question de partir en se disant que l'on naviguera qu'en dessous de force 4
comme nous l'avions pensé au départ !
Une maîtrise parfaite de son bateau est nécessaire et une bonne connaissance de la région et de ses régimes météo est indispensable.
Chaque soir, nous préparions la navigation du lendemain afin d'avoir la configuration de la côte en tête et d'être capable d'improviser instantanément quand les éléments se déchaînent.
Les rochers Corses sont extrêmement traîtres, même pour un dériveur, et la transparence de l'eau ne fait qu'accentuer le problème.
En raid, on est obligé de composer avec la météo, il ne faut donc pas se fixer des objectifs trop ambitieux qui risqueraient de vous pousser à la faute.
Le principe de naviguer en autonomie est tout à fait gérable à condition
d'avoir toujours 3 à 4 jours de vivre d'avance car le principal risque est de se
retrouver bloqué par un coup de vent dans une crique isolée.
De toutes façon, une assistance à terre est peu envisageable car les plus belles
criques ne sont pas accessibles par la route.
Rechercher un site de bivouac, c'est tout un art.
Il doit être facilement accessible avec le bateau mais aussi suffisamment isolé
pour passer une nuit tranquille (Nous n'avons jamais été dérangé mis à part les
bombes à eau et le renard).
Tirer le bateau chargé sur la plage n'est pas une
mince affaire.
Heureusement, des mains charitables sont souvent venues à notre secours.
Il est nécessaire de le monter très haut et de l'attacher car une plage est vite rongée par le ressac et le niveau de la Méditerranée varie avec la pression atmosphérique (pas besoin de baromètre).
Se méfier des calas qui sont capables de se vider et de se remplir en l'espace d'un quart d'heure pour une raison qui m'est inconnue (pour info, en patois Corse, le terme "cala" veut dire plage accessible en bateau).
Le 505 est un véritable passeport. Son manque de confort et son originalité intrigue les novices comme les spécialistes ce qui favorise considérablement les contacts.
L'accueil des Corses a été extrêmement chaleureux et spontané (hospitalité, ravitaillement, conseils) alors que les rapports avec les bateaux de croisière habitables étaient glaciaux, ceux-ci étant beaucoup plus préoccupés par la tenue de leur mouillage que par deux olibrius qui se promènent en 5O5.
Avoir un beau bateau, c'est bien, mais un peu de convivialité contribue aussi à la qualité d'une croisière !
Nous avons dépensé 400 euros par personne en 10 jours, traversées en bateau et bières comprises.
je pense qu'il est difficile de trouver meilleur rapport qualité-prix !
Au dessus de toutes nos espérance.
Sa configuration est particulièrement propice à ce type de raid à condition de
se méfier des secteurs ventés comme les Bouches de Bonifacio et le Cap Corse, ou
peu abrités comme les golfes de Porto et de Sagone.
Gilets de sauvetage, seau (il nous a été très utile), fusées, miroir de signalisation, 2 téléphones portables, une pharmacie, un bidon accroché à la têtière de grand voile pour éviter le retournement complet et une paire de palmes à portée de main en cas d'abandon du bateau.
Nous ne comptions que sur notre téléphone portable, solution peu fiable car la couverture est aléatoire. Une VHF est préférable.
Une protection maximum du soleil est à prévoir (chapeaux, tenue blanches). Pour le reste, un coupe vent est suffisant.
Attention, les soirées peuvent être fraîches. Il faut prévoir une petite polaire et un pantalon pour se prévenir des moustiques et un bon oreiller (c'est l'accessoire qui nous a le plus manqué).
Être prévoyant car il est difficile de retirer du liquide sur ce parcours et le manque d'autonomie oblige à consommer dans les paillotes chaque fois que cela est possible.
Heureusement les commerçants nous ont aimablement dépannés.
Nécessaire uniquement pour recharger le téléphone portable et le palm. Nous n'avions pas de solution, mais il serait bon de prévoir un accumulateur solaire.
Les plats déshydratés à cuisson rapide sont idéals car beaucoup plus légers que les boîtes et très bien conditionnés. Surtout, ne pas se priver des fruits Corses qui sont remarquables.
Nous avions en moyenne 10 litres d'eau minérale. C'est beaucoup mais on ne peut pas prendre le risque de se déshydrater dans des secteurs aussi arides.
Une grosse houle avec un clapot croisé qui nous remplissait le bateau à chaque vague et un vent mollissant qui ne nous permettait plus de vider avec les trappes.
Cette aventure montre qu'il est possible de faire des raids intéressants avec un dériveur pour un budget minimum à condition de choisir un bateau suffisamment marin et performant à toutes les allures.
Les constructeurs de catamaran ont déjà conçu des bateaux adaptés au raid, pourquoi ne pas faire de même pour le dériveur, car celui-ci est moins cher, plus maniable, moins encombrant, plus confortable et supporte mieux la charge !
En raid touristique, la vitesse n'est pas un
avantage car elle risque de vous faire rater les détails les plus intéressants
(nous avons navigué en moyenne 1 heure par jour avec le 5O5).
Par contre, le confort et la maniabilité sont primordiaux.
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