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Raid trimaran / cata de sport

Texte de Jean-marc Schwartz

Cela faisait une quinzaine de jour que j'avais lancé l'idée au club de voile de mon entreprise de faire un raid multicoque durant un week-end.

Le club possède 3 Hobbie Cat 16 et pourrait profiter de mon trimaran Magnum 21.
Malgré le calendrier tardif (mi octobre), on se retrouve à 8 collègues partant pour l'aventure.
 

Préparation succinte 

une visite approfondie des Hobbie nous fait découvrir qu'aucun n'est en état de partir en raid : pièce inox de fixation de l'étai fendu, fixation de la patte d'oie du foc en train de se fissurer, drisse cassée, jeu important dans la fixation des flotteurs,...
Ces petits catamarans de sport sont diablement rapides mais souffrent beaucoup d'une utilisation intensive en club de voile !
 
Finalement, en prenant les pièces des uns pour mettre sur les autres, on arrive à obtenir un cata prêt à partir. Heureusement que, l'échéance arrivant, les désistements de certains ramène le nombre de partant à 4.

Il faut dire que le temps s'est bien dégradé depuis une dizaine de jours. Ce sera donc un Magnum 21 et un hobbie Cat 16.

 

Aléas météo

Nous scrutons la météo au jour le jour : un jour c'est tout bon, le lendemain c'est mauvais. Les météorologues ont l'air perplexes et divisés.
Finalement , le samedi matin, on découvre les dernière prévisions : selon les sources, cela va de "mauvais" à "très mauvais".

Météo France nous prédit un temps couvert avec force 3 à 4 le samedi et un dimanche gris et menaçant à force 4 à 5 avec averses orageuses.

La capitainerie du port de Cannes est encore plus pessimiste : force 4-5 le samedi et 5-6 le dimanche avec coup de vent la nuit (6-7) et toujours des orages.

On reste un moment à se tâter : c'est vraiment pas un temps pour partir en raid.

Mais il y a quand même un donnée intéressante dans ces prévisions. Le vent sera portant à l'aller (sud-est) puis basculera la nuit pour ressoufler au portant le lendemain (sud ouest). 2 très longs bords de portant sur multicoque, c'est bien tentant.

Je me dis que c'est trop beau et je suis partant pour y aller avec le magnum 21. J'ai déjà eu l'occasion de naviguer dans ces conditions et j'ai toute confiance dans les capacité du bateau (et de son skipper). Je propose aux 3 autres de m'accompagner sur le trimaran. Baptiste, prudent, accepte l'invitation sur le tri.

Hervé, particulièrement motivé, convainc Eric  de partir avec le Hobbie Cat en se disant que l'on se dépêchera de rentrer le dimanche matin avant que le vent ne monte trop...

 
Nous voilà donc en route sur le coup des midi. En guise de grisaille, c'est un grand soleil et ciel bleu qui nous accompagne. Direction Saint-Raphaël.

L'aller... tranquille

Le vent est bien portant mais le 3-4 beaufort s'avère être, pour l'instant, un modeste force 2.

Le Pastis circule entre les bateaux lorsque l'on se retrouve encalminé à l'abri du Cap fermant la baie de Cannes-Mandelieu.

Un petit coup de moteur et nous voilà sorti de ce guet-apens, avec le Hobbie Cat en remorque. Cela ne fait pas très puriste mais 2 minutes de moteurs en échange d'une demi-heure de ballottage dans le pétole clapoteux, je trouve que c'est pas cher payé. 

 

Une fois la brise retrouvé, le Magnum 21, grâce à son grand spi asymétrique, se détache devant en tirant des bords de grand largue le long de la cote du massif de l'Esterel.

 

Vers 13 heures, on glisse le Magnum dans un minuscule port naturel formé par 2 morceaux de falaise rouge et un petit bout de plage.

Le Hobbie Cat s'approche mais fait demi tour au dernier moment : l'endroit est abrité du vent et ils craignent de s'y engouffrer sans le secours d'un  moteur, au cas où...
 
Ils poursuivent donc leur route pendant que nous pique niquons en profitant du soleil.

  

Nous reprenons sous spi en compagnie d'un Dart 18 et son skipper solitaire. Ce dernier tente vainement de nous rattraper. Sans succès malgré le vent maintenant monté à force 3.

 
Nous retrouvons nos compères 2 heures plus tard sur la plage d'Agay. ils n' ont profité que tardivement du renforcement du vent et ne sont arrivés finalement qu'une dizaine de minutes avant nous.
Ils sont content de nous revoir car c'est nous qui avons toutes les affaires à bord, dont la bouffe et l'eau. Ils avaient juste pris avec eux la trousse de survie de l'aventurier : crème solaire, un paquet de cacahuette et le pastis...
 
Nous décidons de passer la nuit dans la petite crique de Camp Long, à la sortie de la baie d'Agay. Ainsi, nous ne seront pas trop loin de Cannes pour y revenir rapidement le lendemain matin.

Avant cela, nous repartons profiter de cette brise de force 3 et du soleil toujours présent (on est en maillot de bain depuis le matin et certain affiche déjà quelques couleurs rougeoyantes). Nous passons le Cap Dramont puis poursuivons jusqu'à Boulouris, aux portes de Saint-Raphaël.

Il est ensuite temps de faire  puis demi tour et de retourner, au prés serré, jusqu'à Agay.

A force 3, le catamaran de sport donne toute sa mesure. Accroché au trapèze, nos collègues passent et repassent à coté de nous en nous donnant l'impression d'être au ralenti...

Nous posons les multicoques sur la plage de la crique de Camp Long peu après 18h. L'endroit est très bien abrité et parfaitement calme. Cette plage présente l'avantage de disposer de toilettes et de douches ainsi qu'un petit restaurant.

Compte tenu du coup de vent orageux prévu pour la nuit, nous remontons les bateaux sur la plage (on fait rouler le magnum sur un rouleau gonflable).
 

Nuit orageuse...

La météo du soir n'est pas réjouissante. Elle annonce maintenant des averses orageuses également le dimanche matin, force 4-5 en milieu de journée puis 5-6 en cours d'après midi.

Après une agréable soirée au restaurant, nous passerons une nuit parfaitement tranquille : ni vent, ni pluie, ni orage.

La chaleur étonnante de la nuit nous a même gênée pour nous endormir !

A 7h30 du matin, les hostilités démarrent. Il pleut, de plus en plus fort, et cela se met à tonner. Un éclair ne tombe pas bien loin (moins de 150 m) et nous faisons tous un bond dans les tentes.

Une petite rivière s'est maintenant formée juste sous notre tente... Une accalmie nous permet de regagner le petit restau vers 9h où nous patienterons toute la matinée à jouer aux cartes.
 
Et puis, miracle : le ciel se dégage à 11h et le soleil arrive. Nous faisons sécher les tentes et préparons les bateaux en attendant que le vent vienne.
Nous repartons à midi dans un vent quasi nul. Mis en confiance par la navigation tranquille de la veille, Baptiste embarque avec Eric sur le Cata et Eric m'accompagne sur le tri.

Le retour ... viril

Assez rapidement, le vent grimpe l'échelle des beauforts. Nous voilà maintenant dans un bon force 5 au milieu d'une houle de 2 à 3 mètres.

Le Hobbie Cat a filé devant et s'éloigne vers le large.

Je prend tranquillement un ris sur le magnum et décide de rester naviguer à quelques centaines de mètres de la cote. Nous enchaînons les surfs au grand largue - vent arrière. C'est un régal.

J'ai laissé la barre à Eric qui n'en revient pas de voir le magnum plonger vers le creux de la houle et accélérer comme cela.

Le plus incroyable, c'est qu'avec le soleil maintenant rayonnant et cette allure vent arrière, il fait vraiment bon sur l'eau. Eric est resté en maillot de bain et moi qui suis plutôt frileux, je suis en tee-shirt. Quasiment aucun embrun ne vient nous rafraîchir. A force 5, le vent arrière, c'est vraiment super !

Au bout d'une heure, je décide (enfin) qu'il serait plus prudent de mettre chacun un gilet de sauvetage. Si l'un de nous passait par dessus bords, je doute que le second soit capable de le retrouver pour le récupérer... Le sentiment de sécurité prodigué par la stabilité sans faille du trimaran nous rend parfois trop confiants...

Nous avons maintenant perdu de vue nos collègues sur le Hobbie. On se dit qu'ils doivent s'éclater à faire le plus beau bord de portant de leur vie...

 
Lorsque nous débarquons à Cannes, aucune trace d'eux. On commence à s'inquiéter quand on les aperçoit sous le vent, en train de remonter au prés.

Après les retrouvailles, ils nous racontent leur navigation... En fait, ils ne se sont pas éclaté du tout ! Ils ont vécu un grand moment de stress.

Le vent et la mer étaient tellement fort pour le cata qu'ils n'osaient pas tenter un virement de bord ou un empannage. ils ont donc fuit droit devant, grand voile choquée au maximum, accrochés au trampoline pour ne pas se faire désarçonner par ce rodéo.

A mi chemin, et alors qu'ils étaient bien au large, ils ont tenté un virement de bord. Face au vent, une vague a soulevé le cata, le vent s'est pris sous le trampoline et ils se sont complètement retourné par l'arrière.

Ils sont restés bien agrippé au cata et ont réussi à le redresser, heureusement dans le bon sens pour revenir vers la cote.

Ils ont alors tiré un deuxième bord qui les a ramené devant Cannes. Et pour pouvoir lofer pour remonter vers notre point de départ, ils ont dû rentrer dans le port de Cannes pour y trouver moins de vent et de vagues !

Pas de casse matérielle ni humaine, tout est bien qui fini bien... mais on réalise que l'on est passé pas loin du gros pépin avec l'équipage du Hobbie.

Enseignements à tirer de cette aventure...

Le même parcours réalisé sur des engins différents ou avec une météo différente peut se révéler être un vrai bonheur ou une grosse galère.

Les petits catas de sport (moins de 18 pieds) sont des engins fabuleux pour se tirer la bourre devant la plage... mais ne sont pas très adaptés au raid "tout terrain" sans assistance :

- galère si le vent faibli mais pas le clapot (pas de moteur, pas de rendement à la pagaie)

- galère si le vent monte trop

- pas de protection pour les affaires et l'équipage quand le temps se gâte

- pas de place ni de capacité à porter la charge du matériel (bivouac, repas, ...)

Pas adapté ne signifie pas qu'un petit cata de sport ne puisse vous combler en utilisation raid. Mais si les conditions météo sont difficiles, il conviendra d'être particulièrement vigilant sur l'état du bateau et la capacité de l'équipage à maîtriser sa monture dans ces conditions.


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