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Rando sur le Lac de Sainte Croix et les Gorges du Verdon

Texte de Jean-marc Schwartz, photos de Pierre
Charles et Jean-Marc Schwartz
C'est notre première rando nautique en eau douce… mais sûrement pas la
dernière !
Le week-end que l'on vient de passer sur le Lac de Sainte Croix nous a
enchanté.
Les paysages, les rivages, l'ambiance des villages n'ont rien à voir avec ce que
l'on connaît en mer. C'est aussi dépaysant pour le marin que la découverte d'un
pays étranger pour le voyageur.
Arrivé de nuit la veille à Sainte Croix de Verdon, je découvre l'endroit au petit
matin. Une petite brise matinale est déjà établie à force 2 mais le temps de
petit-déjeuner à l'ombre des arbres et le souffle retombe. |
Je prends mon temps pour préparer le bateau et son chargement tandis que René
et Christine "la sirène" (voir nos
précédentes aventures
ensemble) se pointent avec leur Magnum 21, accompagnés cette fois de leurs
amis Vincent et Sonia.
 Nous
partageons la grève et la mise à l'eau avec une sympathique bande d'amateurs de
vieux gréement qui sont venus avec une quinzaine d'unités de toutes tailles, la
plupart à voile latine. |
Il est 11 heure lorsque les frémissements du vent thermique se font sentir.
Nous attrapons une risée qui nous amène au milieu du lac avant de nous
abandonner là.
 Tout
autours de nous, une immense piscine d'une eau hésitant entre le bleu turquoise
et le vert émeraude.
Alors qu'on s'attendait à une eau rafraîchie à la neige fondue, nous découvrons
étonné que le grand bain est chauffé à plus de 22 degrés. En quelques instants,
les 2 équipages se retrouvent à barboter autours des bateaux en attendant le
retour du thermique. |
De l'eau douce sans chlore ni sel, quel régal ! Le week-end ne sera qu'une
succession de baignades, aux escales comme en navigation, avec ou sans vent, du
matin jusqu'au soir. |
L'absence de vague rend la navigation aussi plaisante que facile. Dans les
rafales, le trimaran accélère franchement mais sans à-coups ni choc dans le
clapot. Tout se passe en douceur tel un surf dans la poudreuse. Même pas de
sillage de bateau à moteur, interdit sur le lac, pour venir troubler notre
glisse.
A
bord, la décontraction est totale et immédiate, autant pour le skipper que pour
l'équipage. On se permet toute sorte de fantaisie comme la nage tractée sous spi
ou bien le jeu qui consiste à sauter de la poutre avant pour passer sous le
trampoline et rattraper au passage le bout traînant à l'arrière. |
Nous
remontons au prés vers le village de Bauduen, espérant y retrouver Pierre et
Patricia en train de mettre à l'eau leur Astus 20.
On repère une petite plage
pour le pique nique mais faisons demi-tour au son d'une musique techno
s'échappant d'une voiture garée tout près.
On ira manger un peu plus loin,
profitant de la présence d'arbres au bord de l'eau pour garer les trimarans
à l'ombre. |
Vincent, fana de petit multicoque (voir son
prao construit en Nouvelle Calédonie)
et qui, sachant que nous venions naviguer ce week-end sur le lac, nous avait
retrouvé à la mise à l'eau le matin, vient nous rejoindre en planche à voile.
Après le repas, il nous accompagne en planche tandis que nous partons explorer
un long bras du lac qui s'enfonce au delà de Bauduen.
Le thermique est maintenant plus consistant et les plus grosses rafales
taquinent le force 4. Je propose à Vincent d'en profiter pour essayer l'Astus 20
tandis que je récupère sa planche et son harnais. Mon tri presque neuf avec ma
femme et mes 3 filles contre sa vieille planche à voile… je crois que je me suis
fait rouler sur ce coup là.
Je distance le tri lorsque je pars au planning dans les rafales mais ce
dernier me rattrape dès que le vent baisse, me permettant de discerner les
encouragements de mes filles : "A l'eau , Papa !!!".

Pierre
et Patricia, qui, finalement, ont mis à l'eau aux Salles, nous retrouvent sur
l'eau au moment où l'équipage du Magnum s'extirpe de sa séance sieste. Chacun
regagne son embarcation et c'est reparti, à tirer des bords de grand largue sous
spi en direction du village des Salles.
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 Le
GPS est souvent au dessus des 9 nœuds et dépasse les 11 nœuds dans les
pointes, tout cela avec une facilité déconcertante.D'autant plus que le nouveau
jeu inventé par mes filles n'améliore pas franchement la glisse.
Assises sur les trampolines, les jambes passées entre la toile et la poutre
avant, elles font du bare-foot les pieds dans l'eau. Heureusement qu'elles ne
chaussent pas encore du 40 !
[voir la vidéo
(7,5 Mo)] |
Après avoir fait le tour de l'île devant Les Salles, il est temps de regagner
le village de Sainte Croix de Verdon où l'équipage du Magnum a prévu de passer
la nuit au camping.
Malgré l'heure tardive (19h), le vent est encore bien établi et nous permet
de remonter au vent entre 6 et 7 noeuds. A bords des Astus, nous partons à la
recherche d'un mouillage sympa autours du village que nous ne tardons pas à
découvrir.
Toute cette cote est exposé au petit clapot levé par le thermique mais cela
reste très raisonnable et devrait s'atténuer en soirée. Le plus dur est
d'arriver à accrocher l'ancre sur le fond de cailloux.
 Je contourne le problème en allant me glisser au milieu des arbres qui
poussent dans l'eau à proximité de la plage. Il y a tout juste la place d'y
glisser les coques et d'y faufiler le mat entre les branches. C'est parfaitement
abrité du clapot et du vent et l'amarrage aux arbres m'épargne l'utilisation de
l'ancre. On se croirait au milieu de la mangrove équatoriale. |
 Pierre,
de son coté, a judicieusement choisi de se mettre devant 3 petits chênes qui
serviront d'agréable camp de base ombragé. |
Le
3ème équipage nous retrouve en voiture le soir pour aller voir dans une pizzeria
des environs le match de ¼ de finale opposant la France au Brésil. La jolie
victoire des bleus vient parfaire cette belle journée.
Une
demi douzaine d'écrevisses nous attendent de pince ferme lorsque nous
rembarquons à la lueur des torches.
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Nous passons une excellent nuit. Très calme, suffisamment fraîche, pas de
moustiques et fait aussi étonnant qu'appréciable, aucune condensation.Chacun
des parents dans sa demi tente savoure le hamac spacieux formé par le trampoline
tandis que les 3 enfants profitent de leur indépendance dans la cabine pour
prolonger la fiesta.
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Baignades,
petit-dèj et farniente sur la plage déserte le lendemain matin en attendant que
le vent se lève. Ce dernier se pointe en même temps que les premiers vacanciers
et nous permet ainsi d'échapper à la "foule".
Il faut dire qu'après avoir joué
les Robinson sur la plage déserte, la venue d'une douzaine de personnes fait
figure d'invasion.
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 Nous
retrouvons sur l'eau nos compère en Magnum qui avait remis à l'eau leur
embarcation après lui avoir fait passer la nuit sur sa remorque dans le club
de voile à coté de leur camping. C'est reparti pour une longue descente sous
spi le long de la berge ouest du lac. |
On repère quelques jolis coins sans prendre le
temps de s'arrêter car l'objectif de la journée est plus ambitieux : les Gorges
du Verdon. |
 La
traversée du lac sous spi pour rejoindre l'autre rive est prétexte à de nouveaux
jeux aquatiques. Les plus riches se font tracter en bouée tandis que les autres
se contente d'un simple bout. |
Florence, assise sur la jupe les pieds massés dans l'eau du sillage, hésite à se
faire tirer dans l'eau en se demandant si elle doit retirer sa culotte de
maillot de bain pour ne pas risquer de se la faire arracher.Rien de tel qu'un
petit "coup de main extérieur" pour se jeter à l'eau et constater que
finalement, jusqu'à 7 nœuds, le maillot tient le coup.
De toute façon, les
collègues qui s'approchent de trop près pour vérifier si le maillot est toujours
là sont copieusement repoussés à la pompe "seringue" transformée pour l'occasion
en canon à eau. |
 Nous
passons une pointe et l'entrée des gorges apparaît. |
De loin, c'est difficile de
dire si le pont est suffisamment haut pour passer dessous sans démâter. Et de
prés, c'est encore moins évident.
Lorsque l'on est sur le bateau et que l'on regarde le pont d'en dessous, on a
l'impression que cela ne passe pas.
Tandis que René affale prudemment ses voiles, Pierre se lance, confiant.

Il
s'engage vent arrière à l'endroit le moins haut … et passe facilement avec plus
d'un mètre de rab. Je le suis et commence alors une des navigations les plus
somptueuse qu'il m'ait été donné de vivre.

On
avance silencieusement entre 2 aplombs vertigineux en prenant garde d'éviter les
nombreux canoës et pédalos qui arrivent en sens inverse. On s'attend à se
retrouver bloqué après chaque méandre mais la voie est libre et nous continuons
de progresser, poussés paisiblement par le vent qui remonte les gorges avec
nous.
Les gorges se sont maintenant élargies et une végétation dense tapisse les
berges. Je me doute que le retour ne sera pas aussi simple mais je ne peux
m'empêcher de continuer, subjugué par la ballade. La couleur vert turquoise de
l'eau, à l'origine du nom du Verdon, est fascinante.

Les
tris accélèrent et ralentissent en fonctions des bouffées d'airs qui parviennent
jusqu'à nous. |
Après avoir remonté plus de 3 km de rivière, on finit tout de même par
s'arrêter. Surtout Pierre, au beau milieu de la rivière et qui nous regarde
passer étonné avant de découvrir qu'il n'y a plus beaucoup de fond et que sa
dérive s'est engluée sans bruit dans la vase.
Il ne reste de toute façon que 600 m de cours d'eau "navigable". |
 Il
est déjà 2 heures de l'après midi et nous nous installons sur une grève ombragée
pour pique niquer.
On en est presque au dessert lorsque René, qui a préféré
naviguer sous foc seul, nous rejoint avec sa bande.
On leur a préparé les toasts
et le pastis pour l'apéritif et, solidaires, on les accompagne pour un deuxième
repas dignement arrosé.
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Dans la rivière, l'eau est toujours aussi chaude et les baignades agréables
malgré la couche de vase à traverser avant de pouvoir nager.
Pour le retour, chacun est équipé de pagaies. J'ai même pris une paire de
grands avirons que j'ai sommairement fixés le long des flotteurs. Mais le vent
monte et nous permet d'espérer un retour à la voile.
Une clameur retentie dans les gorges du Verdon et des 3 skippers lorsque nous
voyons nos bateaux sommairement beachés changer de direction. Voilà que le vent
tourne pour nous permettre de ressortir vent arrière ! Le rêve ne dure qu'un ¼
d'heure avant que le vent ne reprenne son sens initial. Dommage…
Lorsque nous appareillons, le vent oscille de 0 à 3 beaufort.
On commence par louvoyer en prenant garde de reste au milieu de la rivière car
les berges envasées manques de fond pour la dérive.
Le jeu consiste a rester toujours lancé et manœuvrant. Guetter les
innombrables sautes du vent, gérer sa vitesse, prévoir les trajectoires des
autres canoës. Ne pas hésiter à redescendre sous le vent lorsqu'il y a un
bouchon de pédalos. Le bateau est très maniable et je me régale.
Pierre et René, qui ont eu quelques difficultés au démarrage, sont loin
derrière lorsque nous arrivons à l'entrée des gorges étroites. Et là, la partie
de plaisir se transforme en casse tête chinois.
C'est tellement étroit que le bateau a tout juste le temps d'accrocher la dérive
sur un bord de prés qu'il faut déjà virer. Les falaises tombes à pic et l'on
peut s'approcher au ras de la berge mais comme le vent a forci, on arrive vite
sur la roche et les virement de bord à quelques dizaines de centimètre de la
falaise deviennent chaud. Il faut également se méfier des parois en surplomb qui
pourrait accrocher le mat.
C'est la première fois que je trouve mon bateau trop gros ! Inutile de dire
que Florence aux écoutes de foc et moi à la barre, on reste hyper concentré.
Mais ce qui complique franchement cette gymnastique, c'est le passage incessant
des canoës et pédalos qui nous observent amusé, voir inquiet lorsque l'on fond
sur eux pour virer au dernier moment au raz de leur coque.
J'ai remonté un ¼ du goulet lorsque je tombe sur un barrage infranchissable
de pédalos. Je m'arrête bout au vent pour attendre qu'ils s'éparpillent mais du
coup, je perd la maîtrise de mon bateau. J'ai toute les peines du monde à
repartir. Le bateau chasse en travers sous les rafales.
Changement de tactique, je crie à Florence d'attraper l'autre aviron et à Léa
de prendre la barre. Mais la fixation sommaire de mes avirons ne nous permet pas
de tirer dessus suffisamment fort pour parvenir à avancer face aux rafales avec
les voiles fassayantes.
On repousse du pied les parois rocheuses sur lequel le vent nous pousse. Le mat
frôle un surplomb rocheux.
Re-changement de stratégie. J'attrape masque, palme et tuba et plonge dans
l'eau une amarre autours de la taille. Je parviens à remonter le vent mais il
est clair que je ne tiendrais pas un kilomètre comme cela.
Je profite d'un petit rocher pour faire une pause et réfléchir à la situation
pendant que Flo et les enfants rattaquent une petite baignade, histoire de
dédramatiser.
Soit on affale toutes les voiles et on tente le passage à la rame, soit on
attend une accalmie dans le trafic touristique pour retenter un passage à la
voile.
Un jeune en pédalo me propose gentiment de me remorquer mais je décline l'offre.
D'une part, à moins qu'il se soit dopé, je doute qu'il parvienne à nous tirer
face au vent (la plupart des pédalos n'avançaient presque plus face aux
rafales). D'autre part, mon orgueil de skipper ne se remettrait jamais du triste
spectacle de mon fier trimaran sauvé du naufrage par un vulgaire ponton à
pédale.
Puis ce sont 4 pompiers qui patrouillent en zodiac dans les gorges qui me
proposent, si je suis encore là lors de leur retour, de nous tirer dehors. Mais
qu'est ce qu'ils ont tous à vouloir me sauver. Ils ne voient pas que je me fais
un point d'honneur à me dépêtrer seul de la situation !
J'active la baignade de mes équipières pour repartir avant qu'ils ne
reviennent lorsque Florence aperçoit Pierre qui arrive dans le goulet.
Comme pour le passage sous le pont, je me dis que je vais courageusement le
regarder faire et voir comment cela se passe. |
C'est
vraiment spectaculaire de le voir louvoyer dans les rafales, coincé entre les
parois rocheuses, au milieux des crocodiles (les canoës) et des hippopotames
(les pédalos).
A la gite sous les rafales, le flotteur au vent haut sur l'eau, il paraît énorme
à coté des frêles canoës qui doivent pas en mener large de le voir débouler
comme ça…
Patiemment, virement après virement, il remonte, passe devant nous et
poursuit son manège au travers des pédalos.
C'est bon, on peut le faire !
Je demande à Florence de rentrer les filles dans la cabine et de se préparer au
combat lorsque le zodiac des pompiers se repointe.
"ça devrait aller. On va tenter de sortir seul à la voile" je leur lance aussi
optimiste que mal assuré.
Ils insistent gentiment, nous disent que le vent est très fort plus loin,
parlent de mistral, nous mettent en garde sur les risques d'abordage. Je finis
par rengainer mon orgueil et accepte leur aide.
Je vois que Flo est soulagée par cette prudente option. Elle n'aura pas à
supporter ma mauvaise humeur des jours durant si jamais j'avais placardé le
bateau sur la falaise suite une fausse manœuvre, elle qui connaît la mauvaise
foi des capitaines toujours promptes à reporter sur leurs équipiers la faute des
manoeuvres ratées...
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Tiré
par le zodiac, je réalise qu'il ne nous restait que quelques centaines de mètre
à parcourir mais avec une telle affluence d'embarcations que je ne crois pas que
je serais parvenu à passer.
Pierre, lui, est passé (voir son
récit plus bas). Chapeau bas !
En nous attendant au mouillage derrière le pont, il nous raconte qu'il a dû
balancer des ordres aussi concis que directifs aux autres embarcations pour
parvenir à se frayer un chemin. On reconnaît l'autorité du prof...
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Re-baignade en attendant René, extirpé lui aussi des gorges par le canot des
pompiers, puis nous remontons tout le lac en direction de nos mises à l'eau
respectives. Florence se régale à la barre en louvoyant face au thermique
tardif.
Il est déjà 20 heure lorsque nous accostons... et presque 21 heure lorsque
René nous y rejoint après avoir rencontré des difficultés non expliquées
pour remonter convenablement au vent. Idem pour Pierre qui a mis le turbo en
sortant le gennaker pour remonter au vent mais au détriment du cap avec 115°
entre chaque bord.
Au moins, à cette heure, les routes sont bien dégagées (mis à part la biche,
le lièvre et le sanglier croisés par Pierre) et moins de 2 heures plus tard, chacun
peut être de retour chez soi avec l'impression d'être parti une semaine en
vacances.
Et dire qu'il n'y a qu'à attendre quelques jours pour pouvoir
recommencer le week-end suivant... elle est pas belle la vie !
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