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Accueil / Récits / Autour du monde (planète) / L'Atlantique en Bris (5m40) L'Atlantique en Bris (5m40)20 années d'envieL'envie de traverser l'Atlantique en solitaire se fait plus forte que jamais. Ca fait plus de 20 ans que je pense à ça tous les jours ou presque... Mais avec quel bateau ? Ce bateau de 1.20m dont la maquette trône dans mon salon depuis plusieurs années ? 1er février 2007C'est décidé je partirai avec Anta. Je ne peux pas me l'expliquer mais je sais que, contrairement aux fois précédentes, cette fois-ci, j'irai jusqu'au bout de ma préparation... 12 mois ne seront pas de trop pour régler tous les problèmes qui se présenteront... Faire des listes et encore des listes de toutes les choses dont je pourrais avoir besoin pour ce voyage. Je comptais 3 mois entre Lagos (1) dans le sud du Portugal et Cayenne (2) en Guyane Française. Comment caser 3 mois de vivres, le matos pour la sécurité, pour la navigation, les fringues, la pharmacie, 100 litres d'eau, etc, etc... N'ayant pas d'électricité à bord, j'ai fait dans la simplicité : Je voulais investir dans une balise de détresse... "Mais mon cher monsieur, cela vous est interdit puisque vous n'avez pas votre licence en radio communication !!". C'est génial l'administration !! Alors j'ai pensé louer un téléphone Iridium et ne m'en servir que quelques minutes par jour pour rassurer la famille puis le couper pour épargner la batterie comme avec un GSM. Mais là encore, ça ne marche pas, ma batterie ne tiendrait que quelques jours... C'est juste à ce moment qu'apparaît sur le marché la balise Spot, mixe entre la balise de détresse et le téléphone. En théorie c'est exactement ce qu'il me fallait. En pratique, pour d'obscures raisons, ça me laissera quelque peu sceptique ! Comment me signaler la nuit en mer ? En haut de mon petit mât, j'ai mis une girouette donc impossible d'y mettre un feu ! Pour finir, j'opterai pour une lampe solaire de jardin qui me donnera 4 à 5 heures de lumière, à laquelle j'ajouterai une lampe flash fixée à la hampe de la lampe solaire. Je collerai plusieurs bandes "réfléchissantes" sur le mât et les côtés du roof. Toujours pour la sécurité, je resterai attaché 24h sur 24 à mon harnais. Mon ami finlandais Johan me donne son Survivor 06, juste le temps de le faire vérifier en usine où il est déclaré bon pour le service malgré ses 14 ans d'âge. Passer chez le toubib pour voir si le bonhomme est en bonne santé, remettre les vaccins à jour. Le problème le plus important à régler restait comment remettre en état mon "vieil" Anta. Comment lui permettre d'affronter l'Atlantique alors que dans les eaux "calmes" le long des côtes de la Baltique, je m'étais déjà fait pas mal de frayeurs lors de mes différentes croisières estivales... Passeront plusieurs mois en Suède ou on désossera complètement Anta. Vérification de la dérive et de son axe, refaire toutes les peintures, ajouter une large ligne orange pour aider au repérage en mer, refaire les joints des capots, changer les hublots, ajouter une plaque en inox au pied de mât ou reviendront la plupart des manœuvres sur des taquets coinceurs... Fini mon mât de 3 mètres avec ma grand-voile à livarde, on met un nouveau mât de 3.80m avec une belle grand voile lattée, un nouveau grand foc. Nouveau gréement plus efficace et plus léger que l'ancien. A l'intérieur aussi, on changera pas mal de choses :
18 février 2008Le Berlingo chargé tirant Anta sur sa remorque, on met le cap sur le sud du Portugal, première étape de mon long voyage... On sympathise, on parle de partir ensemble. En discutant avec les marins du coin, j'apprends que les autorités ne nous laisseront jamais partir vers la haute mer... Quand je vois que J-G est bloqué au port depuis plusieurs semaines alors qu'il a tout le matériel de sécurité possible et imaginable, je me dis que mon beau rêve risque de se terminer avant d'avoir commencé... Un français qui vit là depuis plusieurs années me conseille, dès ma sortie du port, de me diriger vers la baie d'Alvor en longeant la côte et, si je vois que je ne suis pas suivi, essayer de tirer vers le large... Mais il n'y croit pas trop ! Je décide de partir le jeudi 28, mais à cause d'un pont pour piétons, je devrais attendre la marée du matin pour sortir du port. Génial de sortir à 10 h du matin quant on veut passer inaperçu ! En plus, à la godille, j'ai l'impression de mettre des heures pour sortir du chenal, gêné par le clapot créé par les bateaux de pêche qui rentrent après leur nuit en mer... Contre toute attente, tout se passe comme prévu, et pendant ce laps de temps, je vais rester de longues heures en vue du poste de surveillance des gardes côtes ! Je pense que c'est grâce au pédalo de J-G que j'ai pu partir sans problème, toutes les autorités des environs étaient tellement occupées à le surveiller pour l'empêcher de partir qu'ils n'ont pas prêté attention à mon canot ! Le large14h : Cap au SW tribord amure. Mer belle. Je ne réalise pas que je pars traverser l'Atlantique seul sur ma pirogue de 5.40m... J'ai tellement imaginé ce moment des milliers de fois que je n'arrive pas à croire que je suis là en haute mer avec mon expérience limitée et mon drôle de bateau...Première journée à descendre vers le sud, la mer est belle et me permet de m'habituer tranquillement à mon nouvel environnement. Dans le soleil couchant, je m'apprête à affronter ma première nuit en mer. J'essaie de régler au mieux mon bateau, cherchant le meilleur compromis entre le cap à suivre et le confort à bord. En milieu de nuit je franchis le rail des cargos qui se dirigent vers le détroit de Gibraltar. J'appréhendais beaucoup ce moment, mais au petit matin l'autoroute est derrière moi, fatigué de ma nuit blanche mais heureux d'avoir surmonté ce premier obstacle sur ma route. Au crépuscule de cette seconde journée en mer, le vent a bien forci. Mer bien agitée, je me vois mal passé une nouvelle nuit blanche... Je décide d'abaisser toutes mes voiles, d'amarrer la barre dans l'axe et de m'enfermer dans le bateau après avoir mis les sécurités sur les deux capots, de mettre mon casque et de voir ce qui va se passer... Je passe mes journées accroché à mes drosses de barre, profitant d'une accalmie entre deux vagues pour descendre dans la cabine attraper au hasard une boite de conserve... 7ème jour de merMercredi 5 mars, je suis à mi-chemin des îles Canaries (3). Fatigué de passer mes journées à barrer et à me battre contre un mal de mer persistant, mais heureux de ma vie sur la planète océan ; rencontre sympa avec des dauphins, des rorquals et quelques oiseaux de mer, moins marrant la rencontre avec ce gros cargo qui me fonçait droit dessus et qui m'a obligé à manœuvrer en catastrophe... Malheureusement, j'ai abîmé ma belle grand-voile lattée. Mes trop nombreux violents empannages ont dû endommager la ralingue. Impossible de la hisser en totalité. Rencontres insolites avec un petit animal transparent de quelques centimètres de long qui se laisse pousser par le vent grâce une petite Crète qui lui sert de voile ; est-ce une caravelle portugaise ? Quand je mets le nez dehors, en ce petit matin de mercredi, petit vent de nord est, mer qui respire tranquillement, rien ne laisse prévoir que les heures qui vont suivrent resteront à jamais gravées dans ma mémoire !!! Les premières heures sont sympas, bon vent, mer bien formée, crêtes blanches à perte de vue, sous le soleil, le spectacle est magnifique, même si cette houle croisée du nord-est demande à être attentif pour bien placer mon canot perpendiculaire à la vague qui déferle... En début d'après-midi, la fatigue commence à se faire sentir avec le vent qui a forci mais surtout, la mer est devenue très creuse et ça commence a devenir limite, limite... Le bateau part dans des glissades incroyables que j'essaie de contrôler tant bien que mal... Le problème arrive en fin de surf lorsque la houle secondaire du nord-est me prend de côté. Je sens que la situation est en train de m'échapper et je commence à paniquer... A deux reprises je me loupe en fin de surf, bateau couché... Je commence à me demander ce que je fais là, ça déferle de partout, je ne sais plus comment me sortir de cette situation qui est toute nouvelle pour moi. Première tentative loupée, avec Anta qui se met en travers en quelques secondes... Canot bien dans l'axe, je fixe la barre, m'engouffre dans la cabine, ressort au pied de mât, largue les drisses en catastrophe... A ce moment une déferlante met Anta en travers qui se couche sur tribord, dans la seconde l'eau s'engouffre par les deux capots restés ouverts... Bateau couché à 80°,90°..Le temps de me demander si le bateau va continuer sa culbute pour un avenir très incertain... La suite ? Je me retrouve mouillé et tremblant dans la cabine, tous capots fermés avec leurs sécurités, casque de hockey enfoncé sur la tête, sanglé dans ma couchette... Je passerai les deux prochains jours à la cape sèche, enfermé dans ma boite inondée, ballotté en tous sens, grignotant des fruits secs entre deux crises de mal de mer... Le vent est toujours violent avec un grand ciel bleu et une mer beaucoup moins escarpée, les vagues sont plus longues, rien à voir avec "l'enfer" de la veille. Samedi matin, en faisant une inspection de mon canot, je découvre que pendant le mauvais temps des derniers jours, le bout qui me sert à étarquer le point d'amure de foc est allé se coincer dans l'axe de la dérive (lorsqu'on sortira le bateau à Puerto Calero (3) quelques jours plus tard, le bout sera toujours là, impossible à retirer !). 11ème jour de merDimanche 9 Mars, toujours cap au sud dans des conditions idéales. A ce moment, je pense être encore à quelques 150 M de la pointe nord de Lanzarotte, mon dernier point GPS remontant à plusieurs jours. C'est marrant ces nuages dans mon sud est, on dirait la côte... Et cette mer qui prend par endroit des couleurs d'un vert clair, tout ça est bien joli, la vie est belle... Incroyable ces nuages, maintenant on distingue une falaise, et là c'est pas une pointe rocheuse ? Impossible, on est loin de la côte... Quoique en y regardant de plus prés... Je fais un point GPS... Et je découvre que je suis à quelques milles de la côte marocaine, du côté du cap Juby (4) !!! Merde, comment est-ce possible ? Pas le temps de m'appesantir sur les piètres qualités du navigateur, je vire de bord, cap vers le nord-ouest, au près serré pour tenter de remonter l'alizé... Mais quel c... ! Peu après, je croise une bouée de pêcheur surmontée du drapeau marocain. En milieu d'après-midi, ce sera un vieux chalutier en bois tout délabré. En rasant son arrière, un des marins sur le pont me fera un signe de la main. Que peut penser cet ouvrier de la mer en découvrant Anta ? Nos mondes sont tellement différents, entre le gars qui est là pour essayer de nourrir sa famille dans des conditions de vie très précaires et le petit belge qui est juste là pour essayer de réaliser son rêve... Anta m'épate ! Je gagne facilement vers le nord ouest, oubliée la crainte que le courant entre Lanzarotte (3) et la côte Marocaine me déporte vers le sud et me fasse louper les Canaries ! Barre amarrée, le bateau remonte seul, le capitaine à l'abri des embruns, essayant de se remettre de ses dernières émotions. Deux heures du matin, dans la nuit de lundi à mardi, on dérive au large de la côte nord-est de Lanzarotte. Alizé costaud, mer forte, bateau ingouvernable avec sa dérive bloquée qui part dans tous les sens, capitaine épuisé par le mal de mer et avec ce fichu îlot non signalé qui traîne dans le coin, je suis au bout du rouleau... Le lever du soleil me trouve très éprouvé, sous grand-voile tempête seule, à plusieurs milles de la côte. Je passerai plusieurs heures pour revenir vers l'île. En passant devant Arrecif (5), je passe une zone bizarre, haut-fond ou courant, qui donne une mer incroyable ! A 14h, j'amarre Anta au quai d'accueil de Puerto Calero (3), après avoir fait les derniers 100 mètres à la godille, face au vent. Complètement au bout du rouleau, ces 13 jours de mer m'ont emmené au bout de moi-même. J'ai puisé au plus profond de mes réserves et je sais que mon voyage s'arrête ici, ce n'est pas raisonnable de vouloir aller plus loin, je suis comblé par cette traversée... Merci l'Atlantique et merci Anta... De Gilles Ferreira, juin 2008 Commentaires
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Quelle aventure !
Merci Gilles pour ce récit vivant et instructif. On s'y croirait ...
Je n'imaginais pas qu'il fallait déjouer la surveillance des autorités pour s'embarquer dans ce genre d'aventure.
La bestile à voile que tu as rencontré est une Véllele (ou Velela) :
pagesperso-orange.fr/gonzales.manuel/textes/la%20mer/Faune/velelle.html
Faut-il crier "bravo" ou "au fou" ? J'avoue être assez septique...
Heureusement, l'histoire s'est bien terminée et est joliment racontée, mais tout de même !
Depuis que j'ai personnellement expérimenté la "grosse mer" au large (mais avec des bateaux proportionnés),
je me dis que nos petits transportables se satisferont de la navigation côtière.
Une belle et rare histoire de mer, c’est vraiment dommage que ce rêve se soit arrété aux Canaries, N’avait t’il pas fait le plus dur ?.
hé bé non, en aucun cas.
Ce que je déduis du récit de Gilles, c'est qu'au-delà de commentaires rapides sur le degré de préparation et du bateau et du skipper qui ne manqueront pas, Gilles a fait preuve, en stoppant là son aventure, d'un vrai sens marin.
Sans l'équipement nécessaire pour espèrer prendre le temps de repos minimum, il eut été à mon avis suicidaire de poursuivre le périple dans sa partie la plus longue sans possibilité d'étape terrestre pour réparer bateau et bonhomme.
11 jours de mer pour rallier les Canaries, c'est plutôt un bon score vu la taille du bateau, mais l'escapade africaine fût un avertissement sans frais.Combien de temps aurait-il fallu pour rallier le continent américain?
Alors je salue Gilles pour cette traversée et pour avoir su l'arrêter.
Si les rameurs, les véli-planchistes, les hobi-cat et les kite surfers font la "traversée de l'atlantique" sur des alizés constants et portants c'est uniquement en partant des Canaries jusqu'aux Antilles, aucun ne s'aventure dans les eaux ou a été Gilles a part ceux qui font la route du rhum.
Bonjour Henri!
C'est étonnant de trouver un autre Henri dans les commentaires!
Maintenant je préciserai (Chicamour) après mon prénom!
@+
Non Henri! Il n'y a pas de raisons tu étais là avant moi, j'ai rajouté 2
Hola Gilles, precioso relato.
A veces pienso que los barcos no se hunden, los barcos los hundimos, pero esa es otra historia.
Gracias por compartir tu aventura.
Il y a les acteurs et les spectateurs, bravo Gilles pour cette aventure !
Dans le dernier loisir nautique (Juillet 2008), on nous parle d’une transat de 43 jours sur un yacht de 1.72 mètre !! A coté, ANTA est un géant, qui se propose de battre le record ?
Salut Gilou,
Heureux de te savoir vivant. C'est une sacrée expérience que tu viens de vivre. J'imagine qu'elle t'a amené à voir les choses différemment et à prendre avec plus de philosophie les problèmes de la vie. Je te souhaite bonne route dans tes nouvelles aventures ... Xav.