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Zoom sur le Prao 5m

Pierre-Marie GUILLOUET est architecte naval, issu de l'école Centrale de Nantes.

Il travaille notamment sur des projets de bateaux de raid, destinés à la navigation au contact de la nature, comme ce Proa 5m dont le prototype devrait naviguer prochainement.

 

Pierre-Marie Guillouet nous présente son projet  :

"Ce petit bateau a été conçu dans deux perspectives bien précises : confort de navigation sur un voilier de la taille d’un dériveur, et facilité de construction. Les critères de confort nous ont conduit à tenter l’aventure du prao, tandis que la technique de construction -le contreplaqué époxy- a influé sur les formes des coques.

Programme

Notre petit voilier s’adresse à des navigateurs souhaitant profiter des plaisirs de la mer, seuls ou en famille.

Typiquement adapté à des sorties d’une demi-journée au départ d’une cale ou d’une plage, il est rapide, très confortable et facile à mener jusqu’à 4 beaufort environ.

Prévu pour la promenade ou la pêche en amateur, il sera un support idéal pour des vacances au bord de l’eau : facilement transportable, sécurisant en mer, tout en étant vivant et léger.

Le raid, ou plus modestement les excursions d’un week-end font partie de son programme grâce à sa grande fiabilité, sa capacité de charge et sa fonctionnalité.

Justification de la formule

1- Deux coques dissymétriques

>> Les multicoques sont intrinsèquement raides à la toile pour une gîte faible, ce qui nous intéresse doublement : d’une part la stabilité importante permet de réduire l’action de rappel, ou au moins de la transformer en action plus statique.

Le second point est la tolérance aux surventes, n’obligeant pas à réduire immédiatement la surface de voile.

Un critère décisif pour le confort est la position à bord. Autant le trimaran autorise une assise confortable et une faible mobilité, autant la formule du catamaran se rapproche du « radeau », c’est à dire un plan plus ou moins mou sur lequel il faut ramper.

Le prao offre, lui, une disposition confortable dans la coque principale, tandis que la largeur du bateau reste limitée, de même que la surface mouillée.

Notre prao n’est pas symétrique (c’est à dire qu’il vire de façon classique), le flotteur jouant le rôle de balancier, par immersion ou contrepoids. L’équipage peut donc rester dans la coque principale, sur le banc au vent. Selon les conditions de vent et la toile portée, il est bien évidemment possible de s’installer sur le trampoline ou le flotteur.

 

>> Pour des raisons de confort également, l’ergonomie du poste de barre a été soignée.

Les manœuvres (écoutes, drisses) sont concentrées en pied de mât, où se trouvent 2 petits winches pour faciliter les réglages. Sur chaque bord, un banc avec dossier permet de se caler le dos (le franc-bord élevé protège des embruns), les pieds venant prendre appui sur le banc faisant face dès que le bateau gîte. La position y est centrale avec la dérive à portée de main, tout comme les petits équipets sous le plan de manœuvre.

Un long stick télescopique autorise tout déplacement en arrière du mât pour le barreur. L’assise tribord promet d’ailleurs d’être particulièrement plaisante car déportée par rapport à la coque principale.

Le barreur peut également s’installer à l’arrière pour profiter de la longue barre franche, calé près de la poutre arrière. En solitaire, il lui suffira d’avoir fait un tour au winch pour manœuvrer l’écoute de grand voile, le foc étant autovireur.

En marche au moteur, cette situation permet d’avoir à la fois la barre et le moteur sous la main tout en restant assis, à moins que l’on préfère godiller.

>> Les hiloires et les différents niveaux du cockpit renforcent l’impression de sécurité dans ce petit bateau, mais deux pas suffisent pour profiter du trampoline, pour un bain de soleil, pour relever des casiers ou pourquoi pas, pour une navigation un peu plus sportive dans la brise.

2- Des formes simples

Parallèlement à la réflexion sur le confort et l’ergonomie du dériveur, nous avons veillé à la simplicité des formes du prao. L’enjeu était de faciliter au maximum la construction tout en ayant des coques performantes et adaptées au programme de navigation. Le résultat est une paire de coques très fines en trois panneaux de contreplaqué, donnant un style d’ensemble particulier.

Le choix des coques s’est fait sur plusieurs aspects complémentaires, et en particulier : les caractéristiques hydrostatiques et hydrodynamiques en liaison avec des conditions d’utilisation vraisemblables, la résistance structurelle, la méthode de fabrication, les possibilités d’aménagement, la facilité de montage/démontage, la capacité de stockage, le poids, etc.

>> Caractéristiques hydrodynamiques et hydrostatiques

Les coques à bouchain, très fines et à grand allongement, rendent le bateau rapide, avec un passage correct dans le clapot et une assiette confortable.

Les coques supportent aisément la surcharge avec un faible enfoncement, permettant d’embarquer des équipiers supplémentaires par beau temps, tandis que le prao est très stable aux deux amures.

La marche au moteur est rapide, quoiqu’il puisse être intéressant de mettre un peu de dérive pour des manœuvres serrées, en particulier par vent fort.

>> Fabrication, structure

Les formes simples développables annoncent une construction contreplaqué / époxy aisée par la technique du cousu-collé. La structure collée par congé facilite l’obtention des formes tout en améliorant la rigidité de l’ensemble pour un poids raisonnable, le tout en un chantier très court. Un renfort métallique assure la transmission des efforts du gréement vers les deux coques pour une plus grande fiabilité.

>> Équipement

La géométrie retenue pour les coques permet l’utilisation d’une seule grande dérive extérieure. Le fond du cockpit se trouve ainsi dégagé, homogène et étanche.

Un double fond rends donc le cockpit autovideur tout en abritant un important volume de mousse pour l’insubmersibilité.

Un décrochement dans le bordé tribord élargit le cockpit confortable, défendu par de vraies hiloires permettant de s’adosser.

Les poutres de liaison sont bien calées dans leurs connections avec les flotteurs, rendant le montage simple et sûr. D’autre part, le semi cloisonnement résultant de la structure permet de générer des volumes de rangement intéressants, avec une répartition de poids optimum."

 

Pierre-Marie Guillouet répond à nos questions :

Nautical Trek : la largeur hors tout étant au gabarit routier, est-il prévu de le transporter sur remorque sans démontage du flotteur latéral ? Cela posera t-il des problèmes de déséquilibre de la remorque ?  Quid du passage des rouleaux de halage au dessus de la roue gauche ?

P-M. Guillouet : Malgré une largeur hors tout entrant dans le gabarit routier, le prao devrait être transporté démonté, au moins sur de longues routes.

Pour un navigateur habitant à quelques km de la mer, il est tentant de garder le prao monté afin d’être plus vite sur l’eau. Dès lors, sur un trajet de 5 min, on peut se permettre de rouler avec une remorque déséquilibrée, à partir du moment où cela a été prévu dans le choix de la remorque (surcharge sur les roues) et parce que le bateau n’est pas très lourd.

Reste le choix de la remorque : un grand plateau au-dessus des roues ou le prao en travers avec le flotteur au-dessus de la roue droite et la coque principale plus centrée. Cette configuration permet d’éliminer le déséquilibre, mais le chargement risque de se compliquer sérieusement.

NT : l'équipage maximum est-il de 3 personnes ou plus ?

P-M. Guillouet : D’une part, le prao est assez peu sensible à la charge (1 cm pour 45 kg supplémentaires). D’autre part, la surface, en incluant le trampoline, est assez importante, mais l’on perd l’attrait d’assises confortables, précieuses pour un utilisateur fréquent.

Il me paraît donc tout à fait concevable d’embarquer 1 ou 2 enfants, par exemple, tant que l’on reste sur un plan d’eau calme.

NT : le maître beau d'1,30 m de la coque principale inclut-il le banc de cockpit déporté ? si oui, quel est le maître beau de la coque sans ce banc "extérieur" ?

P-M. Guillouet :La coque principale a une largeur d’1.35 m HT, donc incluant le banc de cockpit déporté. La largeur maxi à la flottaison de cette coque est de 90 cm en charge.

NT : quel est le volume du flotteur ? quel est son poids ?

P-M. Guillouet :Le flotteur a la même longueur que la coque, une largeur de 0.4 m et un poids d’environ 50kg-60kg selon la construction. Le volume total est d’approximativement 650 litres.

NT : La dérive est-elle pivotante ou sabre ? De quel coté est cette dérive extérieure ?

P-M. Guillouet :La dérive est à l’extérieur de la coque principale, sur le coté tribord, en avant du banc déporté. Elle est actuellement prévue sabre pour profiter d’un grand allongement, mais comme le bordé est dégagé et protégé, on peut imaginer une dérive pivotante moyennant un renfort local de la structure du prao.

NT : outre les petits équipets sous le plan de manoeuvre , quels sont les possibilités de rangement (nombre, volume, répartition) ?

P-M. Guillouet :Le prao offre de nombreuses possibilités de rangement qui seront choisis en fonction de la nature de l’objet (accessibilité, sensibilité à l’humidité) et de l’équilibre du bateau.

Ces volumes se situent dans le banc de cockpit bâbord, au pied du mât sous le plan de manœuvre, dans le coffre en avant du mât, tout à fait à l’arrière sous la barre.

Enfin, on peut choisir de garder le flotteur intègre, avec pour seules ouvertures des trappes de visites, ou bien y prévoir des trappes étanches, du types de celles utilisées sur les kayaks par exemple.

Le volume de rangement est donc important et fractionné, les possibilités de répartition multiples. Certains coffres très excentrés (pointe avant) ne seront pas utilisés en navigation, mais pourront être utiles au mouillage.

NT : comment est-il prévu d'organiser le couchage en raid ?

P-M. Guillouet :Pour le couchage, on pense immédiatement au trampoline, avec la possibilité de monter une tente tendue par des lattes et haubanée sur les coques.

On peut préférer dormir dans le cockpit, soit au fond (70*210 cm), soit en utilisant les bancs qui sont à même hauteur pour dérouler des lattes et disposer d’une surface de couchage supérieure : 130*190 cm. Dans cette configuration, la bôme aide à installer un abri.

NT : beaucoup se poseront la question de la sécurité et des risques de chavirage en navigation tribord amure... que leur répondre ?

P-M. Guillouet :Comme tous les multicoques, le prao bénéficie de sa stabilité de forme, et son couple de redressement maximal est comparable à celui d’un monocoque beaucoup plus gros.

La particularité de notre bateau dissymétrique, c’est qu’il se comporte sur un bord comme un catamaran et sur l’autre comme un trimaran. Cependant, comme le flotteur a un volume important, il sert de réserve de flottabilité sur un bord, et de balancier sur l’autre. L’efficacité de cette fonction de contrepoids (tribord amure) est améliorée par l’écartement horizontal des coques, donc maximal au moment où le flotteur se soulève.

Le graphique ci-dessous montre l’évolution du moment de redressement en fonction de l’angle de gîte :

Les 3 configurations représentées sont :

Le graphique montre que le bateau est très raide, mais aussi que les caractéristiques de stabilité se maintiennent jusqu’à un angle de gîte important pour un multicoque de loisir. Pratiquement, la limite est de 70° d’inclinaison puisque le bateau embarque, et s’arrête donc.

 

Pour obtenir le dossier technique du prao 5m, ou pour une consultation sur une version personnalisée, contacter :

 

Pierre-Marie GUILLOUET

185 rue du Docteur Turgis

14 880 HERMANVILLE s/ MER

tél/fax : 02 31 96 40 96