Les réflexions et premières impressions de Stéphane, nouveau propriétaire
Lorsque s'impose à moi l'idée d'acheter un voilier, je n'envisage rapidement que deux solutions radicalement opposées: le transportable ou le bateau d'au moins douze mètres.
La coque de compromis ne m'intéresse guère: trop petite pour vraiment envisager les départs lointains, trop grande pour espérer les bassins pluriels ou les après midi pluvieux dans le jardin (que je n'ai pas mais c'est une autre histoire).
L'argent (un peu), les places de port (un peu aussi), le calendrier (un peu toujours) finissent par faire pencher la balance du côté du transportable. Reste à établir le cahier des charges et à faire son choix. Mes exigences s'énoncent simplement et sont d'ailleurs très classiques:
- Pouvoir accueillir sereinement deux adultes et deux enfants de moins de 8 ans à bord. (ils ont en fait un an et cinq ans mais je projette, je projette...)
- Pouvoir coucher à bord (donc à 4, cf. le point 1) et assumer au moins 5 jours en autonomie complète
-
Être "réellement" transportable, ce qui pour moi signifie les choses suivantes:
- Pas de permis E
- Pas de 4x4 (le point a en général suffit à garantir le point b)
- Autonomie: pas de nécessité de grutage, une simple cale devant
suffire. Mâtage, mise à l'eau et sortie de l'eau à 2 uniquement et assez rapidement.
- Échouage à plat, beachage.
- Stable et non sportif : pas question de mettre un gamin de 5 ans dans les filières au rappel. Pas question non plus que le déplacement joyeux d'une tête blonde excitée à la vue d'un poisson ne fasse dessaler tout le monde.
Rapidement, ces points ont permis de dessiner le futur navire:
- le point 4 impose un dériveur intégral et un fond plat.
- Le point 3 impose un poids maxi de l'ordre de 600 kilos et un mât
suffisamment court pour être mâté simplement, d'ou l'idée d'un gréement Houari.
- Les points 1 et 2 me confortent dans l'idée d'une cabine même si je suis amoureux des coques ouvertes (les enfants doivent pouvoir s'y réfugier, s'y réchauffer, s'y sécher, y dormir même en navigation, surtout si la balade dure la semaine).
- La nécessité de concilier 3 (léger) et 2 (couchage à 4) impose des compromis: une cabine devra
accueillir deux enfants tandis que les parents dormiront dans le cockpit, sous tente.
Reste à trouver sur le marché un dériveur intégral à fond plat de moins de 600 kilos, avec cabine, tente de cockpit, gréement Houari, stable.
J'élimine les micros: trop sportif ou instable, gréement de sloop classique avec le mât qui dépasse, saumon de quilles pour certains, ...
Je m'intéresse au Stir Ven qui comble presque tous mes besoins: gréement, échouage, tente, échouage à plat. Malheureusement, il est trop lourd.
Et son petit frère le Béniguet, charmeur et magnifique, malheureusement ne conserve pas les qualités de son
aîné.
L'Astus 20, trimaran léger, stable et rapide, m'intéresse également. Mais je n'ai jamais navigué en multi et conserve un vrai amour pour le monocoque. Sans compter que je suis un peu inquiet pour la taille du mât.
Le Skellig 2 du chantier Plasmor est un long moment sur ma short-list dans sa version sloop. Très bon marché, une stabilité de forme impressionnante (je l'ai essayé dans le golfe et ça me laisse une très bonne impression), un grand cockpit et un tirant d'eau dérive levé ridicule (15 cm d'eau). Voilà qui, sur le papier (et même à l'ouvrage), ne laisse pas indifférent. Mais le bateau reste très basique (cela peut tout autant charmer qu'agacer) et rien n'est prévu pour le rendre moins spartiate: pas de tente de toit, pas de Y pour le transport, pas de winchs pour border le foc au cas où ça forcit, des taquets en guise de
poulies... J'ai peur de finir par me lasser de ce coté bricolage.
Finalement, mon héros sera le Drascombe Coaster, Yawl Houari (grand voile non bômée, artimon sur queue de malet, foc) de chez Churchouse Boat en angleterre. Les specs répondent exactement à mon besoin:
- Le poids est de 500 kilos.
-
6,70 mètres (donc possibilité de s'allonger sur les bancs du
cockpit). Un peu long peut être sur remorque, mais la carène est fine (2 mètres) ce qui compense les éventuels problèmes de transport.
- Capote qui se prolonge par une tente de cockpit!
- Cabine confortable pour deux.
- Échoue à plat et dérive relevée, tire 30 cm.
- Son gréement fractionné, son centre de voilure bas, sa toile très modérée, sa forme, en font un bateau très stable.
- Le mât de la grand voile est court : gréement Houari et
gréement fractionné (présence d'un artimon). Mâtage facile. Le mât ne dépasse pas durant le transport et se pose sur un Y planté à la place du mât d'artimon. Très pratique et bien pensé.
- Ce qui ne gâte rien : un vrai charme british sans tomber dans le cliquant grand luxe de certaines répliques françaises !
J'ai reçu mon Drascombe à la mi
Août, soit un peu tardivement pour vraiment y vivre et le tester. Mais après plus d'une dizaine de sorties à la journée ou à la demi-journée, je peux tout de même en tirer quelques conclusions :
- Stable et très peu gîtard. Ce comportement supposé se confirme par l'expérience.
- En cas de risées, le bateau est très prévenant et il y a largement le temps de choquer la grand voile sans s'affoler.
- Combinaisons de voiles intéressantes: grand voile à deux bandes de ris, foc sur enrouleur, artimon qui lui aussi peut être roulé autour de son mât. A noter que par exemple, pendant les prises de ris, il est possible de tranquillement descendre la voile, le bateau restant parfaitement équilibré (et manoeuvrant) sous foc et artimon.
- Ma femme et moi le mâtons, le mettonsà l'eau et le sortons de l'eau en toute autonomie.
- Sans être un régatier (loin s'en faut), il marche plutôt bien: une petite pointe à 7,5 noeuds sans courant favorable excessif m'a agréablement surpris. Question remontée au vent, disons que 120 degrés bord sur bord, sans être mirifique, permet tout de même la randonnée dans toutes les conditions.
- Même si bas sur l'eau, il ne mouille pas particulièrement et le
cockpit (non autovideur) n'embarque rien.
- L'absence de bôme permet une vraie décontraction au portant (même si un tel vide a d'autres inconvénients).
Les quelques inconvénients que j'y vois sont :
- Très feignant par petit temps: le coaster est peu toilé et cela se ressent dans le très petit temps.
- Sa légèreté pour son gabarit oblige à soigner les virements de bords (il perd rapidement de son erre en tapant dans une vague).
- L'absence de foc ballon ou autre spi pour le portant.
A propos des prix, bien que souvent tabou en France, l'argent reste à aligner au moment de se faire plaisir... Et comme le prix d'un bateau "brut" et celui du bateau effectivement sur l'eau a tendance a beaucoup gonflé, se pencher sans complexe sur la question ne me parait pas déplacé dans cet article.
D'abord, j'ai fait le choix de ne pas acheter directement en Angleterre mais plutôt de passer par l'importateur officiel. Le service "minimum" qui m'a été prodigué m'amènerait sans doute à me reposer la question si c'était à refaire... Par ce canal d'importation française, le coaster nu est facturé entre 23000 et 24000 euros.
Viennent ensuite les inévitables options : enrouleur de foc, bande anti-uv, capote, tente de cockpit, chaumard à l'avant, coussins-couchettes de cabine, caillebotis... La facture s'envole alors rapidement et nous voilà
déjà à 28000 euros. En rajoutant les 2500 euros de la remorque, cela met la bête, sans l'indispensable armement, à 30500 euros. Ce n'est pas donné. Mais finalement, un Béniguet (certes beaucoup plus boisé) pareillement équipé frise les 40000 euros avec sa remorque...
L'armement total du navire (compas, moteur Yamaha 4 temps 4 CV, GPS, sécurité, pare-battages, mouillages, aussières diverses, ...) a encore ajouté 10% au montant précédent. Petit bateau, petit budget qu'ils disaient dans les livres...
Le plaisir, à défaut d'être franchement élitiste, n'est tout de même pas follement démocratique! Une belle occasion sur un vrai coup de coeur peut alors être une opportunité à ne pas manquer...
Témoignage de Stéphane Lorcy, décembre 2006 |