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Zoom sur Grain d'Sel

Texte et photos d'Olivier Kowalczyk

 

Grain d'Sel sera-t-il votre prochain compagnon d'aventure ? Décision difficile à prendre… Le choix d'un bateau correspondant à votre programme vous semble si vaste ! Cependant, si vous prenez le temps de lire attentivement (et relire !) la présentation ci dessous, vous découvrirez que Grain d'Sel est hors du commun !

Je pratique depuis fort longtemps la randonnée sous bien des formes : à pied, à ski, en tandem, parfois à cheval (et pourquoi pas ?), et, bien sûr, en bateau.

Disposant enfin de beaucoup de temps libre j'ai voulu mettre mon grain de sel dans le petit monde du bateau transportable en concevant un voilier collant le plus possible à un programme très précis.

Cet énième bateau devrait aussi pouvoir être construit par des amateurs peu expérimentés, mais guidés par un manuel très élaboré.

Demandez le programme !

Fort de l'expérience de la construction de quelques 21 Randonnées et Lémanic (version non pontée du Randonnée), j'ai donc élaboré un cahier des charges d'un petit voilier de randonnée transportable, tel que décrit ci-dessous.

Ensuite, avec l'architecte, nous avons longuement retravaillé cette ébauche, car, comme l'on dit, "chacun son métier" : Un architecte pensera évidemment à des options et des points de détail qui auront échappé au concepteur.

Voici donc le "brouillon" que j'avais sous le bras lorsque je me suis rendu dans le repaire Ardéchois de l'homme de l'art.

En découvrant ce programme peut être répondrez vous à chaque définition : "Bien sûr", "Mais oui", "Évidemment". Si c'est le cas préparez-vous à faire un bon petit bout de route avec nous ! Par contre, si vous avez un petit doute, Grain d'Sel n'est peut-être pas le bateau qu'il vous faut ! A vous, bien sûr, de décider…

 

- transportable, ce qui sous-entend pouvant être tracté par une bonne voiture familiale, et pouvant être maté et mis à l'eau par une personne seule

- permettant de vivre à bord plusieurs jours en totale autonomie : se nourrir, se laver, dormir, avec un équipage maximum de deux adultes et deux enfants

- être marin, remonter au près même dans du mauvais temps

- insubmersible, car tout peut arriver dès lors que l'on vient au monde…

- très important, voire essentiel : offrir un plaisir de barre "jouissif"

- pas de bôme

- pas de cabine

- de l'allure, et aucune concession au "folklore pseudo-traditionnel"

- pouvoir passer sur un obstacle sans dommage irrémédiable

- échouer à plat

- confortablement motorisé

-entretien minimum

Sa construction :

Grain d'Sel se construira à partir du matériau certainement le plus adapté actuellement à la construction amateur : le contreplaqué, allié aux colles époxydes (CP-Epoxy).

Elle devra impérativement être un véritable plaisir, en faisant fi de tout ce qui pourrait gâcher le plaisir de créer de ses propres mains : les incertitudes quant à la finalité de l'objet final, les difficultés à se procurer les matières premières, les questions que l'on peut se poser devant un outil ou des matériaux nouveaux…

La construction suivie des essais d'un prototype permet de valider les choix tout en améliorant certains points de détail.

Elle est "filmée" au jour le jour afin d'élaborer un manuel qui sera ensuite confié à d'autres constructeurs désireux d'emboîter le pas et de construire à leur tour leur Grain d'Sel, rapidement, sans risque ni incertitude.

 

D'où…

Chaque point du programme impose logiquement un choix.

Transportable : ce facteur impose d'emblée des limites de poids et d'encombrement.

Celle de poids est contrainte par les limites du permis B : le poids de l'attelage doit être inférieur au poids à vide de la voiture, et le poids total roulant (PTRA) dans les limites de celui indiqué sur la carte grise, sans toutefois excéder 3,5 tonnes.

Celle d'encombrement est surtout axée sur la largeur : de toute façon inférieure à 2,50 mètres, le plus raisonnable étant de ne guère dépasser 2 mètres.

Pour ce qui est de la longueur, si on ne dépasse pas 6 mètres on reste dans une dimension raisonnable. Si l'on reste en deçà de ces limites, le transport et la mise à l'eau, avec un peu de pratique, ne requièrent ni force physique ni aptitudes hors du commun.

Vie à bord : pour la vaisselle et se laver une bassine peut suffire (souvent, au port, on fait la vaisselle sur le ponton : c'est très "convivial"), mais un évier fixe est bien utile surtout s'il est à portée de main en naviguant : pour caser le poisson frais pêché, ranger un objet dégoulinant, etc.

Pour la cuisine, un réchaud camping-gaz monté sur simple cardan, installé dans une boîte dont le fond accepte le contenu d'une casserole renversée sur un coup de gîte et une glacière "performante" que l'on peut éventuellement transformer en réfrigérateur.

Pour le confort un wc chimique accessible en navigant (eh oui…).

 

Pour la nuit (ou la sieste !) une couchette double permettant à deux adultes de bonne taille de bien se reposer, sans oublier une petite "cabine" pour deux enfants qui restera sèche quelles que soient les conditions de navigation et dans laquelle on rangera les couchages.

Au mouillage, un grand volume clos en toile avec hauteur sous barrot.

Une batterie chargée par l'alternateur du moteur et/ou un panneau solaire alimentera le pilote électrique.

Être marin : ne pas se vautrer au près, faire un très bon cap même dans de mauvaises conditions, bien passer dans le clapot.

Insubmersible : tout peut arriver, même aux marins les plus expérimentés !

Savoir que son bateau n'ira pas au fond et pourra continuer à naviguer s'il se fait remplir par une méchante vague enrichi sensiblement le plaisir d'être sur l'eau et d'autre part un bateau insubmersible dispense d'une partie du matériel de sécurité.

Plaisir de barre : après tout, puisqu'on navigue, autant se faire plaisir !

A moins de songer au multicoque, il est certain que dans ce programme deux quilles latérales doublées de deux safrans sont ce qu'il y a de plus efficace (et donc agréable) !

Si à cela on ajoute, en toute logique, un mat en carbone, des voiles en Mylar – Pentex, que l'on centre au maximum tous les poids (d'où l'idée, à découvrir plus loin, du "Bloc Central") et que l'on dessine une carène performante, on a réuni tous les ingrédients d'une recette qui devrait s'avérer succulente !

Grain d'Sel devra (et sera !) être très, très plaisant à barrer, mais surtout très facile.

Pas de bôme : Non ! Une latte forcée, passe encore… Mais surtout pas de bôme sur un canot de cette taille, pour ce programme ! Sécurité, sécurité avant tout !

Pas de cabine : Une cabine, c'est un toit, ça rassure ! Mais dans cette taille de bateau, c'est cher payé pour peu d'avantages…

A construire, pas simple. En devis de poids, peut mieux faire. En navigation, inutilisable, et plutôt encombrante. Au mouillage, bien trop exiguë, surtout pour un couple avec deux enfants.

Alors ? Alors, une capote bien conçue assure une meilleure protection au près serré qu'un roof et au mouillage un taud bien étudié offre un volume sans comparaison avec une "niche" en dur !

Pour un bateau qui passe toutes ses nuits au mouillage et dont les traversées de grandes étendues ne sont pas au programme, une cabine est loin d'être le meilleur choix.

De l'allure : un bateau dont la silhouette fait l'unanimité n'est pas plus compliqué ni plus coûteux à construire qu'un bateau au style "passe-partout".

Alors, pourquoi se priver !

Pouvoir passer sur un obstacle : après de longues discussions nous avons finalement opté pour des appendices "fusibles" coulissant dans des puits indestructibles. Un compromis, certes, mais qui a fait ses preuves. Quant aux safrans, ils seront pivotants et s'escamoteront à l'échouage.

 

Comme sur les petits Randonnées et Lémanic la ligne de quille sera doublée d'un fer plat en inox qui permettra à Grain d'Sel d'être glissé sur un slip sans dommage (pour le fer…).

Échouer à plat : calé sur ses quilles relevées (grâce à un système indépendant) Grain d'Sel échouera à plat. Heureusement !

Confortablement motorisé : N'en déplaise aux puristes, une motorisation efficace ne procure pas seulement du confort, elle est aussi un facteur de sécurité en permettant par exemple de regagner plus rapidement des eaux plus confortables ou bien encore de faire un près digne de la Coupe de l'América pour doubler ce fichu cap derrière lequel se niche la terre promise…

Le moteur doit donc être utilisable quelles que soient la gîte et la mer (ce qui est impossible avec un moteur sur tableau ou même en puits sur l'arrière). Où placer ce moteur afin que son poids soit centré au mieux, qu'il soit efficace, discret, qu'il ne perturbe pas les écoulements ? Au centre, évidemment !

 

Quasiment tous les avantages du moteur in-board, la simplicité en prime ! Toujours pour le confort (et celui de notre planète) Grain d'Sel est motorisé par un 4 temps alimenté au GPL : silence, pollution très réduite, plus d'odeur d'essence.

Gréement : Au tiers ? Les Randonnées et Lémanic étaient gréés ainsi. Ça marche assez bien, c'est, très, très simple, et en accord avec une dérive et un safran dans l'axe. Mais c'est illogique si on fait l'effort de construire un bateau avec deux quilles et deux safrans.

Houari ? Un gréement houari bien conçu est un excellent gréement : le centre de voilure est situé très bas, la grand-voile offre une belle surface, et, grand avantage sur un bateau transportable, le mat peut ne pas dépasser la longueur du bateau, permettant ainsi un transport et un matage aisés.

Pour l'avoir expérimenté il y a longtemps sur un Chatou (en cat-boat), puis plus tard sur un Belouga, Zone de Texte: Randonné toutes voiles dehors !
l'idée était tentante, d'autant plus qu'avec un pic en carbone un des défauts de ce gréement (poids dans les hauts) est supprimé. Mais le rendement ne serait toujours pas en harmonie avec les choix architecturaux.

Alors ? Alors nous avons imaginé un mixte de cat-boat et de bermudien. On peut faire un peu plus simple, évidemment, mais ce n'est pas très cher payé (si, un peu quand même !) pour un rendement assez exceptionnel : centre de voilure très bas (j'y tenais !), un excellent rendement et un prés pointu, une surface confortable pour le petit temps, et une belle "gueule" (ce qui ne gâche rien, comme on dit !).

Descriptif

Longueur hors-tout (sans bout-dehors) : 6,11 m

Longueur à la flottaison : 5,60 m

Maître beau : 2,04 m

Tirant d'eau : 0,32 / 0,77 m

Poids à vide : 500 kg

Gréement :

  • GV fullbatten 19,75 m²

  • Foc bi-radial 4,95 m² sur bout-dehors

  • Option Gennaker bi-radial 11,80 m².

GV et foc en Dacron, ou en Mylar-Pentex coupe tri-radiale.

Mat carbone 8,50 m. Pas de bôme, mais double-latte forcée.

Coque 9 mm et pont 6 mm, en CP multiplis. La coque est ponctuellement renforcée par un stratifié et le pont par un sandwich. Fer de quille inox 4 x 20.

Dérives, ou quilles latérales avec bulbe plomb 60 kg chacune composées de deux éléments de 30 kg. Les quilles se relèvent aisément par un système indépendant du mat.

Bi-safrans relevables. Pilote électrique sous pontage, avec télécommande.

Cabine en avant du Bloc-Central. La cabine abrite le couchage en navigation. Elle comporte deux couchettes de 1,90 m et elle est fermée par un capot totalement étanche. Au mouillage, le taud sanglé sous le capot se déplie et recouvre entièrement la zone habitable, avec hauteur sous-barrot. Ce taud comporte deux éléments latéraux pouvant se relever.

Capote abritant intégralement un

"Bloc-Central" concentrant tous les poids, soit :

  • moteur

  • carburants

  • batterie(s)

  • réserve d'eau soit en réservoir intégré (50 l), soit en jerrycans amovibles

  • réchaud sur cardan

  • évier

  • glacière (ou frigo)

  • coffre cuisine

  • mouillage

Cockpit auto-videur avec:

  • 2 coffres étanches

  • 1 wc chimique dans coffre étanche

  • console centrale sous plonge

  • 2 pompes à pied alimentant l'évier en eau douce et eau de mer

  • table transformant le cockpit en couchette de 1,60 x 2,50 m

Pontage arrière totalement libre de 1,80 x 0,90 m (la barre passe sous le pontage et le rail d'écoute est à l'aplomb du tableau).

Motorisation : hors-bord 6 CV 4 temps GPL / essence, dans puits obturé par trappes étanches moteur relevé.

Sécurité : Insubmersible, auto-redressable, mat étanche. Échelle de bain fixe au milieu du tableau.

 

Qui est Olivier Kowalczyk ...

"Tout petit, je construisais, réparais, modifiais, "bidouillais" déjà des bateaux. Certains naissent comme ça, il paraîtrait que cela ne se soigne pas et qu'il faut faire avec !

 

Ce fut tout d'abord des radeaux construits à partir d'un cadre de lit rempli de bidons d'huile vides, dont un que j'avais gréé d'un drap tendu sur un manche à balai, et qui ne voulu jamais se diriger contre le vent (d'où mes premières interrogations),

ensuite des plates (localement baptisées du curieux nom de "liquette") construites à base de planches "empruntées" sur les chantiers (plates que je calfatais avec du bitume raclé sur les routes et dont je garde un souvenir cuisant après qu'une boîte de ce goudron fondu se soit renversée sur une jambe),

puis vinrent les Vaurien, Snipe, (repeint avec de la peinture de la DDE, jaune à l'époque !), Chatou, et son curieux gréement en bambou gréé sur une coque "plat à barbe", un 6.50 à bordé classique (un sacré bateau !),

un Star, au mat "allumette" fusible, quelques barques de pêche du Léman aux lignes splendides (à l'époque, j'étais compagnon-pêcheur professionnel durant mes vacances),

un Belouga, mon premier habitable, ensuite un Cap Horn (notre cadeau de mariage !), des dizaines de canoës et de kayak en polyester (berk !), des plastifications de barques de pêcheurs,

et, plus sérieux, Zitoune II, un cotre de 11 m. construit avec mon épouse qui nous emmènera, avec notre fille encore bébé, pour une croisière de plus d'un an en Méditerranée.

 

De retour de voyage, une expérience de construction professionnelle (le KOWEX, vous-connaissez ?) durant laquelle 21 petits canots voile-aviron Randonnée verront le jour, sans oublier Ragtime 6.50;  

un canot de sauvetage Lémanic 10.50 à 10 rameurs de 11 m.,

deux croiseurs de 10 m., un mini-transat, une plate pour les gorges de l'Ardèche… Je dois sûrement en oublier un ou deux ! Voilà pour les présentations."


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