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Avis sur Triptyque 23


Commentaire de Jmarc S.

La longue histoire...

Elle a commencé en 2006 par la présentation du Triptyque 22 au Grand pavois de la Rochelle en compagnie de Christophe Maurel, son architecte / constructeur.

Si ses lignes anguleuses et son rouf imposant en ont fait fuir quelques uns, d'autres se sont laissés emballer par les caractéristiques de cette unité originale.

Il faut reconnaître que ce trimaran regroupe de nombreuses qualités propres à satisfaire les amateurs de voiliers transportables :

  • un poids annoncé très raisonnable

  • du volume et de la hauteur dans la cabine

  • un système de dépliage/repliage simple, facile et rapide à mettre en oeuvre

  • une largeur sur remorque réduite

  • un système de matage rapide, facile et sans risque

  • de la toile et des flotteurs volumineux qui annoncent des performances qui devraient s'avérer flatteuses

Malheureusement, Christophe et son chantier ayant dû mettre un frein à son activité de constructeur, il a fallu chercher une autre solution pour répondre à la demande : la construction en série en polyester.

Un premier chantier, basé sur l'île de Noirmoutier, s'est attelé à la tâche de fabriquer les moules correspondants au dessin à bouchain du Triptyque 22 en CP, avant de fabriquer le premier exemplaire (le "jaune").

Mais si la fabrication polyester sur moule ouvre la perspective de produire en série pour un coût raisonnable, l'impact sur le poids final du bateau est loin d'être négligeable...


Une amélioration visuellement notable, et qui lui vaut son appellation "23", a consisté à prolonger le pont afin de constituer une delphinière sur laquelle est amurée le foc ou gennaker.

Les avantages sont multiples.

D'un point de vu pratique, la plage avant y gagne de la surface pour pouvoir s'y installer lors des opérations de mouillage.

D'un point de vu esthétique, on n'a plus ce rouf proéminent qui s'avançait quasiment jusqu'à l'étrave.


Après ce premier essai assez délicat et complexe à réaliser, Composite Services a préféré jeter l'éponge. Début 2009, c'est Jyplast, installé dans l'est de la France et connu pour sa production de Corsaire et Maraudeur, qui récupère les moules (et le carnet de commande) afin de poursuivre la production.

Le second exemplaire est construit puis présenté au salon nautiques de Port Camargues.

Notez la simplification des hublots avec l'abandon des "yeux" constitués par les hublots ronds ouvrants.


La delphinière tellement intégrée au pont qu'on ne peut la déceler lorsqu'on la voit du dessus...


Nouveau rouf

Quelques mois plus tard, Jyplast expose au Grand Pavois de la Rochelle un nouvel exemplaire. Le moule du pont a été refait et le bateau arbore dorénavant un rouf aux formes arrondies qui aide à faire oublier ses origines en contre-plaqué.


Au passage, le chantier en a profité pour rallonger ce dernier de quelques dizaines de centimètre... Et c'est une bonne idée !

Car rentrer dans la cabine des précédents Triptyques 22 et 23 avait quelque chose de frustrant. On avait le plaisir de découvrir un volume phénoménale pour un trimaran de cette taille... et la déconvenue de voir que l'on ne pouvait guère en profiter.

La faute en revient à cette large boite qui traverse la cabine de part en part afin de permettre aux poutres des flotteurs de coulisser à l'intérieur. Du coup le volume se retrouve séparé en 2 zones distinctes et pour lesquelles il n'était guère commode de passer de l'une à l'autre puisqu'il fallait débarrasser la cuisine-poutre pour pouvoir franchir l'obstacle placé bigrement haut.

Et comme la couchette occupait les 2/3 de la cabine, la partie restant pour vivre (le "carré") se retrouvait réduit à une portion congrue sad

Mais avec ce nouveau roof rallongé, Jyplast a enfin corrigé le tir en permettant à cette zone de vie de profiter d'un espace bien plus agréable et fonctionnel.

On pourra dorénavant s'installer à deux adultes sans problème sur chacune des banquettes.

Et si le cockpit y a perdu un peu de place, celle qui reste est suffisante pour accueillir tout l'équipage.


La couchette, toujours aussi spacieuse , recèle un grand volume de rangement en dessous. Par contre, ce dernier n'est guère pratique d'accès (par le dessus) à cause de la gène occasionnée par le passage des poutres.

Pour les affaires souvent accédées, on lui préférera le grand volume de rangement disponible sous lesdites poutres.

Notez le grand plan de travail constitué par le coffrage de ces dernières.


L'échelle amovible permet d'accéder à un autre espace de stockage sous le plancher du cockpit (que fait-on de l'échelle pendant ce temps ?...).


L'utilisation d'un grand tiroir-caisse est une bonne idée pour éviter de devoir se mettre à quatre pattes afin d'accéder aux affaires stockées là.


Le WC chimique dans le coin donne une idée du volume important disponible à cet endroit.


La dérive

Sous la banquette bâbord se cache une longue trappe pivotante dissimulant le puits de dérive.

Celui-ci, ainsi décalé sur bâbord, n'encombre nullement la cabine.


Après avoir retiré la languette qui sera étanchéïfiée par un collage au mastic, on peut aisément retirer la dérive par le haut.

J'applaudis des 2 mains (et des 2 pieds) cette réalisation ! Un vrai régal pour la maintenance lorsqu'il s'agit de refaire l'antifouling de la dérive et de son puits. Et pas d'axe traversant le puits de dérive qui pourrait causer une fuite à l'intérieur.

Aller Bernard, encore un petit effort pour nous confectionner un couvercle avec un joint qu'il suffirait de revisser pour refermer le tout facilement et je te décerne 3 étoiles pour ton puits de dérive !

Les marins affûtés n'auront pas manqué de noter la présence d'un long espace libre le long du puits de dérive. Mensurations parfaites pour y caser au frais les bouteilles de rosé et d'eau pour le pastis.


Les banquettes

Côté ergonomie, il reste encore du travail.

A cause de la hauteur des volumineux flotteurs (ça, c'est plutôt bien dans le gros temps), les banquettes de la cabine sont toujours aussi hautes.

Premier désagrément que cela entraîne, on se retrouve perché avec les jambes qui pendent dans le vide. Cela fini par devenir désagréable mais pourrait se résoudre simplement en fixant une tringle ou une latte de bois sur laquelle reposer les pieds (ou, tout du moins, les talons).

Second désagrément, malgré la hauteur importante du rouf, on se retrouve avec la tête courbée qui suit l'arrondi du rouf. pas gênant lorsqu'on y reste que 5 minutes mais au bout de quelques heures, ça risque de devenir franchement pénible.

Pour y remédier, et pouvoir enfin s'asseoir en se redressant convenablement, il faut se positionner du côté de l'entrée de la cabine, en se plaçant de biais, à 45 degrés. Un pied sur la marche de l'escalier, l'autre sur le repose pied "qui manque mais qui arrivera bien un jour" et voilà que l'on dispose d'une hauteur d'assise appréciable. Il ne reste plus qu'à ajouter un équipet en triangle dans le coin afin de servir de dossier.

Cela fait donc 2 places adultes adultes confortables plus deux place pour des enfants ou des invités temporaires.


Pour ce qui est de l'utilisation de la banquette en couchette, je reste sceptique. La hauteur d'environ 25 cm pour y glisser les pieds et une partie des jambes me semble bien trop insuffisant pour qu'un adulte puisse espérer y dormir confortablement.

Plus raisonnablement, je considérerais cet espace comme une zone de rangement et les banquettes comme un couchage pour de jeunes enfants.

S'il faut accueillir des ados ou des adultes, autant profiter des trampolines pour déployer une tente "2 seconds" et les installer confortablement (par contre, il faudra opter pour le modèle "une place" compte tenu de la largeur réduite des trampolines).

Remarquez au passage la porte profonde qui permet un passage, justement, extrêmement facile du cockpit à la cabine. On sera juste un peu surpris de devoir descendre aussi profondément mais c'est aussi ce qui fait la particularité de ce trimaran de moins de 7m : une hauteur sous-barrot exceptionnelle. Avec mes 1m75, j'arrive à me tenir debout sous le capot du rouf ! (les cheveux collés au plafond, certes, mais debout quand même).


Le système de pied de table permettant à cette dernier de pivoter rapidement au dessus des poutres pour dégager le passage vers l'avant.

Notez la hauteur de la banquette, bien au dessus du genoux, ce qui fait que les pieds ne touchent plus terre une fois assis.


Le système de mâtage

Revenons à l'extérieur pour jeter un oeil au système de mâtage imaginé et mis au point par Christophe Maurel.

Certes, le trépied massif n'est guère discret (dommage qu'il ne puisse s'escamoter une fois utilisé) mais il permet de mâter seul et sans effort. Voir les vidéos sur le site Triptyque.

Compte tenu du bras de levier important dû à la longueur du mât, le palan a nécessité d'être renforcé afin d'obtenir un résultat satisfaisant.


En position transport, le trépied reste fixé au mât auquel il sert de support à l'avant. On pourra cependant regretter que le système ne permette pas d'avancer plus le mât car le porte à faux arrière est vraiment important. Attention dans les virages serré (genre rond point en ville) et les manoeuvres...


Le système de repliage

Une fois correctement réglé par le chantier, le système permet de replier ou déployer chaque flotteur avec une facilité déconcertante. Tranquillement installé dans le cockpit, il suffit de tirer sur un bout et l'opération est réalisée en quelques secondes.

Le trampoline qui reste fixé sur toute sa longueur du coté de la coque centrale mais également du coté de flotteur, ne réclame pas de manipulation particulière. En contre partie, il faudra s'accommoder d'une tension modérée moins agréable lorsqu'il s'agit de circuler debout dessus mais amplement suffisante compte tenu de la largeur réduite de celui-ci.

Notez sur le passavant la présence d'un rail d'écoute de foc / gennaker... bigrement long !


Un "luxueux" winch self-tailing a été installé sur ce modèle afin de pouvoir "travailler" le gennaker en navigation.


La plage arrière est spacieuse et dispose de 2 rebords latéraux pouvant faire office de siège.

Le système de tringlerie que l'on avait découvert sur le Triptyque 22 pour déporter la barre en avant de la poutre arrière a été remplacé par un safran plus classique.


Sans être gigantesque compte tenu de leur faible profondeur, les 2 coffres étanches que l'on trouve sous les bancs du cockpit n'en restent pas moins pratiques.

Ils peuvent être complétés par un coffre sous le plancher de la jupe obtenu par l'adjonction d'un capot étanche.


Prochaine évolution...

D'une largeur que l'on pourrait qualifier de "correcte" sur un voilier de cette taille, les passavants ne sont entravés ni par le trépied, ni par le bas hauban, tous les deux étant rentrés le long du rouf.

Ils constituent des points d'accroche salvateurs en l'absence de main courante sur le dessus du rouf.

Pour l'avenir, le chantier envisageait de modifier le moule coque afin d'allonger l'étrave jusqu'à l'extrémité de la delphinière ce qui revient à lui rajouter véritablement un pied par rapport au Triptyque 22.

Outre l'accroissement de longueur de flottaison (pour la performance) et de flottabilité (pour la capacité de charge), cela permettra de gagner un peu de largeur au pied de la couchette et, peut être, de pouvoir avancer un peu plus la poutre avant afin d'augmenter encore un peu l'espace dévolu au carré.


Commentaire de Eric17

Problèmes classiques....

sur des trimarans de cette taille !

Louis de Lassus signale le même problème sur le Scarab 22, à la fois de hauteur excessive des banquettes du carré et de manque de hauteur sous barrots quand on est assis.

Cette hauteur me semble due à la position du redan : si on cale la banquette plus bas, on se retrouve avec une étroite étagère en guise de bannette, pas terrible !

Ça a l'air mieux sur le F22, les dernières photos de Thierry ( http://construction-f22-102.over-blog.com/ ) montrent une largeur vraiment impressionnante de la coque au dessus du redan, à l'intérieur comme à l'extérieur.

J'avais donc pensé, en visitant le tri de Louis, à une solution : rabaisser les sièges, et donc en réduire la largeur, mais compenser cela par une planche articulée, genre planche anti-roulis, qui serait repliée pour s'asseoir et dépliée (et calée par 2 équerres ? Ou par des tirettes comme les secrétaires à abattant ?) pour le couchage.

Les avantages sont multiples : plus besoin de cale-pieds ou de talons aiguille, HSB assis, hauteur suffisante pour plier les genoux une fois couché. Ah, quelle largeur resterait il dans le cercueil ?

Sur le Scarab 22, l'encombrement (en hauteur) de la dérive et la forme des redans rendent cette modification possible, pour le Triptyque, je ne sais pas, avec l'encastrement carré des flotteurs.

Et restera t'il de la place pour la cave ? smile

A part ça les modifications esthétiques sur le Triptyque 23 sont appréciables, ça devient un joli bateau, et ça sera encore mieux en intégrant la delphinière, pas mal du tout !

Comments

David

1 on Jan. 2 2010


Bravo

Merci et bravo pour ce premier article qui tombe à point nommé - étant sur le point de casser ma tirelire pour un Astus 22 (en remplacement de mon "vieux" Magnum 21), j'avoue que le Tryptique 23 donne à réfléchir - notamment la hauteur sous barrot pour caser mon mètre quatre-vingt-sept...

Je sens qu'une visite à Bourg en Bresse va s'imposer...
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Eric17
2513 posts

2 inspired from David on Jan. 2 2010


Arrête smile )

Le chef, il va se faire taper sur les doigts, s'il fait vendre d'autres bateaux smile )

Bel hommage à son indépendance éditoriale, en tout cas ...
Thierry

3 on Jan. 21 2010


Le F22, comparé aux Triptiques et Scarab

En fait sur le F22 c'est un compromis entre tes 2 dessins: La banquette est un peu haute mais pas trop,on a une partie du redan a l'exterieur (c'est pas bien genant) la largeur entre les banquette est reduite, mais on passe a 2 en se serrant. La voile c'est souvent une question de compromis ;) !
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Eric17
2513 posts

4 inspired from Thierry on Jan. 21 2010


Plus large,

Le F22, je pense, d'ou les "retraits" pour l'articulation des bras, qui n'existent pas sur le Scarab.

à propos du F22, Tor Rabe, constructeur du 'Panta Rei' http://f22r.blogspot.com/ est depuis un bon moment sur ces fameux "recess molds", ça a l'air ultra compliqué : tu t'es fait chier comme ça sur le tien perplexed
Thierryh
31 posts

5 inspired from eric17 on Jan. 22 2010


Y a plusieurs degrés dans l'emmerdement

C'est vrai qu'il a l'air de pas mal s'emmerder (il a commencé son bateau en 2007). Deja pour fixer les moules, il devrait regarder les blogs des autres, c'est là que j'ai découvert qu'on pouvait les coller provisoirement au pistolet a colle chaude. C'est vrai que c'est une partie longue a faire et stressante, car on découpe la coque a peine finie.
Thierryh
31 posts

6 inspired from Thierry H on Jan. 22 2010


Le plus haut degré dans les emmerdes

J'oubliais, construire un bateau en full carbone en prenant le choix de la cabine arriere, c'est s'emmerder pour rien (un brin de masochisme).Néanmoins, bravo a lui pour le résultat, je crois pas que j'aurais eu sa patience :shocked:
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Eric17
2513 posts

7 inspired from Thierry H on Jan. 23 2010


F-22@ThierryH

Et si tu nous mettais quelques unes de tes images sur http://www.nauticaltrek.com/index.php?id=1359, Thierry ?
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Eric17
2513 posts

8 inspired from eric17 (Skipper Nautical Trek) on Jan. 23 2010


Je voulais dire : http://www.nauticaltrek.com/index.php?id=1359 ... y veut pas prendre les adresse, Le Logiciel, ce soir ? bref, sur la page du F-22, il commence pourtant à y avoir de la matière...
Thierryh
31 posts

9 inspired from eric17 (Skipper Nautical Trek) on Jan. 25 2010


Bientot des photos

Je vous promet, dès qu'il est fini, je vous mettrai une collection de photos. D'ici quelques semaines, j'aurai des photos de l'intérieur presque fini.
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Jmarc S.
Associate, 1871 posts

10 on Apr. 6 2011


Une petite amélioration...

consisterait à remplacer l'imposant escalier de la descente par 2 simples planches qui se caleraient dans des tasseaux le long de la coque.

C'est plus léger, moins cher à construire et une fois les marches retirées, pour pouvoir accéder au coffre sous le plancher du cockpit, les 2 planches sont faciles à caser sur la banquette, par exemple.

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