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Navigation sur un miroir

Prendre un coup de baston en naviguant, ça laisse toujours des traces. Que ce soit l'éclate totale ou la peur bleue, les souvenirs sont immanquablement forts. A contrario, essuyer un "coup de pétole" n'a rien de glorieux et ne risque guère de passionner les foules au comptoir du café du port ... et pourtant.

Après avoir tranquillement mâté, mis à l'eau et hissé la grand-voile, nous coupons le moteur à la sortie du petit port situé à l'extrémité de la Croisette de Cannes [1]. On savoure le silence retrouvé ... pendant quelques secondes. Le temps nécessaire pour que le peu d'inertie de notre embarcation légère finisse de s'évanouir dans la nature.

"Tiens, il manque un truc ... ". La météo est trop parfaitement en phase avec les normales saisonnières de la Côte d'Azur l'hiver : grand ciel bleu, beau soleil ... et pas de vent. Rien du tout.

En tendant l'oreille et la joue, nous finissons par percevoir un timide soupir de 1 ou 2 noeuds, voir 3 dans les rafales. Adjugé, ça fera l'affaire. On règle les voiles et progressivement, la caresse du vent finit par nous décoller de la sortie du port. Jean-Claude surveille notre vitesse, mesurée au GPS, qui commence à s'animer doucement : 1 noeud ... 1,4 ... 1,8.

En lofant au près / bon-plein, ces misérables noeuds viennent s'ajouter au vent réel et finissent par nous offrir un généreux 4 à 5 noeuds de vent apparent. C'est suffisant pour atteindre la barre des 3 noeuds de vitesse et justifier de continuer à la voile.

Par chance, l'allure "qui va bien" nous mène directement vers notre objectif, l'île Sainte-Marguerite. On se réjouit de pouvoir avancer ainsi dans cette pétole, aucun clapot ni sillage de bateau à moteur ne venant rompre la magie qui s'opère.

A l'approche sous le vent de la côte de l'île, celui ci s'interrompt, bloqué par la végétation. Pas une ride sur l'eau, la surface est parfaitement lisse, un vrai miroir.

En fait, quelques petites bouffées doivent parvenir à s'échapper dans les hauteurs et venir se prendre dans le piège de notre rond de chute haut perché car le trimaran continue lentement sa progression.

Je m'installe sur l'étrave et assiste à un spectacle unique.
L'eau est si limpide et immobile qu'elle en devient invisible.

On a l'impression de voler au dessus des fonds rocheux tapis un mètre plus bas.

Fantastique !

Nous profitons des bienfaits du soleil hivernal en pique-niquant après avoir sommairement jeté l'ancre sur la plage [2], sans même prendre la peine d'affaler la GV, à quoi bon.

Après sa grasse matinée tardive, le vent finit par se lever doucement. Dans ce petit force 2, le retour est plus rapide grâce au gennaker qui nous autorise des pointes à 6 noeuds.

Il n'est que 13 heures lorsque nous ressortons l'Astus 20 de l'eau, ravis de cette navigation insolite dans le tout petit temps. Finalement, on n'est pas parti bien loin ni longtemps. Pas de surfs endiablés ni d'embruns décoiffants. Juste un zeste d'air marin, une rasade de soleil, une bonne dose de tranquillité et le spectacle de la nature apaisée. Un petit moment de bonheur à savoir apprécier à sa juste valeur, en toute simplicité.

La morale de la sortie : "Quand bien même le vent n'est pas là, prendre ton pied sur l'eau tu pourras".

Bon, je ne dis pas qu'on n'aurait pas aimé continuer à naviguer pour profiter du vent qui s'installait. Surtout le Jean-Claude qui, lui, n'était pas attendu à 50 km de là pour une autre navigation, plus tonique, sur le tout nouveau Bee 6.50.
Trimaran à Cannes puis sport-boat à Monaco le même jour, qui a dit que l'hiver était la saison morte sur "La Côte" ...

 

de Jean-marc Schwartz, février 2007

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