Eärendil
Laurent Seveno a engrangé une solide expérience nautique à travers toute l'Europe et une succession d'embarcations aussi diverses qu'un dériveur solitaire, un voile-aviron à coque ouverte ou un confortable croiseur de 33 pieds.
Il nous livre ci dessous le récit de la conception puis de la mise au point d'une unité de randonnée atypique, parfaitement cohérente avec son programme exigent : le K-bane 7.1
Texte et photos de Laurent Seveno, janvier 2006
"Après avoir pas mal bourlingué à bord de différends dériveurs lestés, j'ai eu envie d'aller voir au delà de l’horizon, mais un voilier ne va pas vite et, à moins de disposer d'une longue période de congés, il est difficile d'aller bien loin.
La solution du transportable s'impose alors, mais entre temps, la famille s'étant agrandie à 5, le type de bateau correspondant à mon programme n'existe pas : soit trop lourd, soit trop petit !
En 2002, je participe au 2ème Great Glenn Raid (randonnée voile-aviron à travers les grands lacs écossais) avec un vieux Drascombe Cruiser que j'ai retapé.
C'est la révélation. Nul besoin d'un grand bateau pour découvrir les horizons lointains.
Cependant le Drascombe ne permet pas d'accueillir toute la famille pour le couchage, et il est de plus en plus difficile de planter une tente à terre.
C'est décidé, je vais faire construire un bateau à mon idée. Celui ci devra correspondre à un cahier des charges bien précis.
Après avoir déliré sur la planche à dessin, j'en arrive à la conclusion que la configuration optimale est un voilier de 7 mètres, d'environ 2m20 de large (car je veux pouvoir le déplacer à l'aviron), un grand cockpit central séparant les deux roofs, le puit de dérive sera sous le cockpit ainsi que les ballasts, ce qui libère l'espace de vie.
Bien entendu, désirant un poids plume sur la remorque, il faut faire des sacrifices et l'intérieur du bateau sera réservé au couchage et à la cuisine, pas question de hauteur sous barreau donc, le cockpit, vaste, fera office, avec l’aide d’une tente, d'espace de vie à bord.
Amoureux des voiliers traditionnels, je dessine donc un bateau inspiré des Courlis de la manche au gréement de bourcet malet (2 voiles au tiers) mais avec des formes arrières plus larges afin d'y loger les couchettes.
J'en réalise une maquette et à la fin de l'été 2002 je prends contact avec Michel D. du chantier Med2 (constructeur des LUUX) qui m'oriente aussitôt vers l'architecte naval Gildas Plessis avec qui il collabore.
C'est un véritable coup de chance car il travaille pour lui même à un projet très similaire, un voilier de rando de 7m10, cockpit central, deux ballasts de 100 litres, pont flush deck et deux espaces de couchages fermés par des panneaux, le bateau est étroit ( 2m20) afin de permettre la marche à l'aviron et le gréement est une grande voile au tiers !
Son nom de Baptême : le Kbane 7.10, car une tente est prévue pour relier les deux roofs.
Nous sommes rejoints aussitôt par Mr Pouligny (dont le bateau à fait l'objet d'un article dans le Loisirs Nautiques d'octobre 2005) et nous commençons à travailler sur le projet.
La carène à bouchains dessinée par Gildas Plessis est bien entendu conservée (moins traditionnelle mais plus réaliste et certainement bien plus performante !) mais nous travaillons sur le plan de pont, le grand cockpit central est ajusté pour intégrer le puit de dérive et des roofs sont dessinés (la version de Gildas étant réservée à des contorsionnistes chevronnés !).
J'intègre également une baille à mouillage, un grand coffre de cockpit et un petit coffre arrière qui contiendra la nourrice et le mouillage arrière, très utile pour les échouages.
J'abandonne l'idée des voiles au tiers car le mat de misaine avancé sur cette carène aux formes avant étroites risque d'être déséquilibrant, de plus la réduction de voilure promet d'être sportive.
Nous adoptons donc un gréement Houari, plus performant et qui permet d'utiliser un simple tube de carbone pour le mât (avantages : légèreté et longueur pour le transport puisque celui ci fait 7 mètres).
J'y adjoints un petit mat d'artimon avec voile au tiers sur queue de malet en souvenir des plaisirs dus à ce gréement sur le Drascombre.
La construction des deux bateaux (version coque pontée et peinte extérieure) sera naturellement confiée au chantier Med2 et est prévue pour février 2003.
Durant l'hiver, je réalise une maquette afin de mieux visualiser le bateau à venir. |
Qu'a cela ne tienne, l'ensemble est plutôt réussi, solidement construit et je prends possession de la bête début 2004. |
![]() Je m'attaque aux finitions intérieures, peintures, vernis, confection des équipets, blocs cuisine, descente, pose de l'accastillage, fabrication des espars mixtes bois carbone. |
Le grand mat est constitué d'un simple tube carbone de 9 de diamètre ainsi que le pic dans un diamètre de 5, l'artimon et la bôme sont réalisés en pin d'orégon en deux plis évidés et collés.
Barre et bout-dehors sont en lamellé collé pin orégon acajou.
A la fin de l'été le bateau n'est pas terminé mais peut quand même naviguer à ce stade d'avancement.
Gros dépit, tentative de joindre le chantier, las, celui ci a déposé le bilan durant le mois de juillet, je prendrai donc en charge les modifications des ballasts.
J'en profite pour modifier le système qui ne comportait à l'origine qu'une vanne vide d'air, les passes coque de remplissage n'étant pas obturables, j'y pose donc des vannes immergées à commandes décentrées (merci au Shipchandler "Sauve qui Peut" à Nantes qui m'a déniché ces objets introuvables !).
J'installe également un système de vannes couplées avec la pompe d'assèchement qui permettront de vider les ballasts sur l'eau (ce qui permet de sortir le bateau sur sa remorque avec des ballasts vides, ça aide !).
Je pose enfin des grosses trappes de visites qui permettront de nettoyer et d'entretenir les vannes immergées.
Printemps 2005, enfin la première mise à l'eau pour de vrai ! |
Pour participer à la semaine du Golfe, la météo est plutôt musclée pour la première journée et cela permet de vérifier les aptitudes du bateau : ça marche et vite !
Le bateau est confortable, il passe bien dans le clapot court levé devant Port Navalo, le lest profond et les ballasts participent à une très bonne raideur à la toile et nul besoin, pour faire du rappel, de sortir du cockpit où nous sommes bien protégés.
Nous nous comparons à quelques Bélougas qui régatent, nous emportons le match en vitesse et en cap.
Nous sommes 4 adultes à bord et on ne se bouscule pas, chacun prend sa place sur le banc au vent sans jouer des coudes.
A l'arrêt, le bateau est étonnement stable en latéral malgré sa faible largeur. Les déplacements sur le pont sont aisés, bref, c'est une réussite.
Un seul point noir, la dérive, trop large. L'eau remonte dans le puit et vient asperger les pieds du barreur par les dalots, de plus ce n'est pas terrible pour la vitesse !
Elle est aussi trop profonde, le lendemain je touche à un endroit où je suis pourtant passé maintes fois. Pas étonnant, le tirant d'eau avoisine les 1m90 !
De plus sa conception, structure acier sur laquelle est boulonnée en partie basse une gueuse de plomb (le tout moussé et stratifié) fait que, relevée, tout le lest se déplace sur l'arrière. Le bateau n'est alors plus dans ses lignes et la jupe, au mouillage, trempe allègrement et profite des algues vertes !
A ce stade, le gréement du bateau n'est pas complet. L'artimon n'étant pas encore fabriqué, tout comme les avirons de nage.
La table de cockpit est également réalisée (indispensable pour l'apéro).
Car nous sommes inscrits au 2ème Blekinge Archipelago Raid ( Raid voile aviron de 110 miles sur la côte sud de la Suède ).
En route donc pour la suède, notre Multipla JTD emmène vaillamment équipage et bateau sur les 1840 km qui nous séparent de notre destination.
Ce sera un enchantement, beauté des paysages, gentillesse des Suédois. |
Si ce n'était encore et toujours sa dérive, que nous exploserons, donc pas de regret, j'avais de toute façon prévu de la modifier !
Le bateau va donc être confié très prochainement aux bons soins de l'atelier Bois Courbe (installé dans les anciens locaux des chantiers Aubins) afin de recevoir sa nouvelle dérive (de Plume) et faire subir au puit une cure d'amaigrissement !
Il reste également encore des travaux à réaliser : finitions et rangements du poste arrière, table à carte, pose d'un emmagasineur pour le solent, optimisation du système de transport du gréement (afin de garder la GV gréée et ferlée sur la bôme et le pic et permettre d'accéder facilement au poste arrière durant les phases de transport car nous utilisons alors le bateau pour dormir sur les longs trajets, à l'arrêt bien sur !!!) et enfin, la tente de cockpit qui utilisera les grands avirons et la bôme comme supports ( comme les sardiniers d'autrefois qui cabanaient ! ).
J'allais en oublier les caractéristiques du bateau :
Longueur 7m10, Largeur 2M20, tirant d'eau 0.25/1m70 avec la nouvelle dérive (il est à noter que la dérive à moitié remontée permet tout de même de louvoyer dans les petits fonds, à réserver cependant aux petits airs) .
poids lège 680 kg (avec roof arrière)
ballast 2 x 100 litres, dérive 160 kg
Surface de Grand Voile 17.50 m², version yawl,( 19 M en sloop )
Solent 6.50 m², Geenaker 10 m², artimon 4 m².
Le gréement fractionné peut aussi permettre de naviguer sans grand voile (solent et artimon seul, bien pratique pour la pêche) ou sans artimon, ou encore sous grand voile seule.
construction CP Epoxy (découpage laser des bordés et couples par Polytech)
voir l'article de Loisirs Nautiques d'octobre 2005 sur le KBANE de Mr Pouligny qui a préféré un très grand cockpit à la place du poste arrière."
Laurent Seveno se présente...
"j'ai 47 ans. J'ai eu la chance de faire mes premiers pas sur un paradis perdu qui s'appelle Port Navalo à l'entrée du Golfe du Morbihan.
Mes premières émotions marines, je les ai connus avec mon père, à l'aviron sur une plate, pour aller relever les casiers.
A quinze ans, je m'achète un Vaurien qui est presque aussi vieux que moi. Je découvre avec lui la voile et explore avec les copains les moindres recoins du Golfe.
C'est l'époque bénie des régates du dimanche, bagarres nautiques de clocher entre tous les villages du Golfe.
Il est alors possible de régater avec trois sous ! et que de rigolades à la clé.
J'ai la chance de côtoyer des "grands" de l'époque, entre autre, les inséparables compères Eugène Riguidel et Gilles Gahinet qui régatent sur un Guépard, plate à voile traditionnelle du Golfe.
Je deviens alors un régatier acharné. Le Vaurien étant en perte de vitesse et devant la difficulté à trouver des équipiers assidus, je passe au Moth Europe. J'apprendrais beaucoup de ce petit dériveur très technique.
C'est la grande époque du dériveur et il n'est pas rare d'avoir 300 inscrits dans les régates internationales dans la seule série des Europe !
Puis je rencontre une charmante équipière qui me suit maintenant depuis 25 ans. Je lui fait découvrir la voile (et surtout l'écope, mon Vaurien que j'ai conservé a une fâcheuse tendance "à boire" la mer comme un trou, normal c'est un morbihannais!)
Notre premier achat en commun est un Corsaire avec lequel nous nous lançons à la découverte de la Bretagne Sud.
La famille s'agrandissant nous acquérons un Kelt 707, voilier excellemment bien adapté à son programme (dommage qu'il soit si lourd) et bourré d'astuces telles ses béquilles télescopiques intégrées à la coque.
Nous parcourons avec lui toute la côte atlantique et la Bretagne Nord.
Nous découvrons des mouillages magnifiques où nous sommes seuls, même en plein été (tel Litiry dans l'archipel de Molène).
1989, nous réaliserons un tour de Bretagne complet au départ de Port Navalo pour ralier St Malo et retour par le Canal d'Ille et Rance et la vilaine.
C'est de cette époque que germe l'idée de réaliser un bateau correspondant à ce même programme de randonneur côtier mais qui serait facilement transportable, mais les techniques d'alors ne le permettent pas.
1993, nous faisons un break. Le bateau est vendu, las de l'attitude des "plaisanciers" qui se conduisent à la barre comme au volant de leurs voitures.
Nous investissons le prix du bateau dans une petite maison à l'embouchure du Jaudy près de Tréguier (Côtes d'Armor) région que nous avions découverte lors de nos croisières estivales. Contrée magnifique mais où la mer se mérite (8 mètres de marnage en moyenne, courants, dédales de cailloux).
Cela sélectionne également les marins qui s'y aventurent et je reprend le goût de la navigation.
Je ne peux donc résister longtemps devant tout cette beauté et nous rachetons en 1996 un Edel 2, petit voilier qui nous rappelle les joies du corsaire, très marin, vif à la barre mais bien exiguë pour nous et nos trois enfants !
Une annonce lue par hasard me fait franchir un nouveau pas. Je rachète un Drascombe Cruiser en piteux état pour trois sous.
Gréement et voiles sont à jeter mais la coque est saine et une année de travail me sera nécessaire pour le transformer en Drascombe boosté, les mats, bôme, corne et bout dehors sont réalisés à partir de 3 mats de Jet 4m90 cédés par une école de voile pour quelques bouteilles de muscadet.
Le grand mat est allongé de 90 cm, la grand voile est bômé, l'artimon est modifié en voile au tiers, un bouts dehors reçoit un génois léger sur emmagasineur, le tout portant la surface de toile à 22 m².
J'y adjoint deux bancs de nage amovibles et 4 grands avirons de 3m40 qui nous permettront de nous passer de moteur pendant 6 ans.
Nous participerons avec ce bateau à plusieurs rassemblements voile-aviron dont nous apprécions la convivialité.
En 2002, nous emmenons le bateau via le ferry puis la route en Écosse pour participer au 2ème Great Glenn Raid (traversée d'ouest en est des grands lacs Écossais).
Petite parenthèse, entre temps, 1999, nous avons cassé la tirelire (et même celle des enfants) pour nous évader durant 6 mois en famille (y compris le chien et le chat !).
Notre compagnon sera un vieux Moody 33 qui est resté au sec durant 17 ans ! 6 mois de travail acharné (tous les week-end et beaucoup de soirées) seront nécessaires pour le préparer.
Madame est en disponibilité, moi en congé épargne temps (ce qui nous permettra de conserver un salaire) et les enfants alors âgés de 4, 8 et 12 ans seront suivis par le CNED.
Début mars 1999 nous partons de Nantes et nous irons jusqu'aux portes de la Turquie : voyage riche de découvertes et surtout de rencontres.
Nous vivons maintenant à Nantes et nous naviguons le week-end à partir de Port Navalo où j'ai retrouvé mon vieux corps mort (peux être plus pour longtemps, hélas).
L'été, nous randonnons entre l'île de Batz et Bréhat et envisageons de nouvelles randonnées lointaines avec le KBANE : Corss et Suède où nous avons participé au 2ème Blekinge Archipelago Raid (raid voiles avirons de 110 miles à travers l'archipel).
C'est superbe. Le Golfe du Morbihan multiplié par 10, les Lavezzis par 100. Dédales de blocs granitiques, pas de marées, pas de courants, météo et température de l'eau comparable à la Bretagne sud, eau douce, et surtout, surtout une hospitalité formidable de la part de gens simples qui aiment la mer (avec un grand sens du bien commun et du partage).
Pour finir, étant un fin connaisseur du Golfe et de la baie de Quiberon (je suis tombé dedans quand j'étais petit) je suis prêt à partager mon expérience avec tous ceux que cela intéresserait, cela vaut de même pour la côte du Trégor."
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La fiche du K-Banes 7.1















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