Tour de Corse en Magnum 21 (en couple)
OBJECTIF : TOUR DE CORSE 2005
Le grand jour est arrivé.
Ce matin d’août 2005, Virus se dandine d’impatience au mouillage au fond du Golfe de Lava, à 10 km au Nord d’Ajaccio.
Faut dire qu’il y a eu un coup de vent dans la nuit, et il reste maintenant un clapot surprenant, par rapport au vent de 2 beaufort qui souffle gentiment secteur ouest.
Danièle, notre copine qui tient l’école de voile de Lava (www.voile-horizon.com pour ceux qui souhaitent découvrir le Sud-Ouest de la Corse), nous confirme que cet été en Corse, il y a coup de vent sur coup de vent, et la mer qui va avec.
Gentiment, elle nous prête un pneumatique de l’école pour emmener les affaires et avitaillement au bateau, que nous ne pouvons échouer sur la plage à cause des vagues et du banc de sable qui s’est formé à quelques mètre du bord.
Les coffres et caisses plastiques arrimées au Magnum 21 sont remplis de matériel pour 2 semaines de camping nautique. Outre le matos de sécurité obligatoire, plus 2 lignes de mouillage secondaires, il y a tente, duvets, une douche solaire, un bleuet + gamelles en alu, une glacière souple, quelques vêtements dont polaires et cirés, masque/palmes, téléphone mobile plus son petit chargeur solaire et poste radio pour la météo.
Dans la cambuse, charcuterie et fromages Corses, fruits, un cubitainer souple de vin rouge local (pas de rosé car pas de frigo !).
Dernière vérif, il y a bien la micro trousse de pharmacie, les bidons d’eau douce sont remplis ? Allez, faudra bien que ça le fasse, après tout, nous ne sommes pas partis pour un tour du monde !
La bise aux copains qui restent à la plage, la légère brise dans les voiles, et c’est sous un ciel laiteux que l’aventure commence …
Nous avons choisi de contourner l’île dans le sens horaire, le vent du moment étant bien établi SW, il devrait nous emmener facilement jusqu’au Cap Corse . Ensuite…
Direction le Golfe de Sagone, donc, et les conditions changent déjà : plus nous nous y enfonçons, et moins il y a de vent, même le spi fini aussi par se dégonfler .
Lors des précédentes navigations effectuées les années passées dans le secteur, c’était plutôt pétole du soir au matin, brise thermique dans la journée, faiblissant en soirée, etc… Là, ça commence à l’envers: brise le matin, puis plus rien.
J’affale le spi, et nous regardons le paysage défiler à 1/2 nœud.
Puis le vent tombe complètement, et nous commençons à sentir une odeur d’hydrocarbures, à avoir les yeux qui piquent ; qu’est ce qui se passe ici ? Un coup d’œil dans les jumelles se dessine une curieuse silhouette sur l’eau. Nous roulons le foc, démarrons le moteur, et en avant.
Triste spectacle que le « Land’s end » un magnifique yacht de 49 m, la poupe bien au dessus de la surface et la proue bien en dessous…
La zone est certes truffée de récifs à faible profondeur, mais c’est étonnant, un bâtiment comme celui-ci doit être bourré d’équipements pour parer ces risques. Une vedette de la gendarmerie garde l’épave, l’Abeille Flandres est sur place, il n’y a pas grand chose à faire.
Cap sur Cargèse, donc, un rapide coup d’œil sur la montre et la carte indique que ça risque de faire juste pour monter jusqu’à Porto, et il n’y a pas d’abri avant le Capo Rosso contre le SW, à part l’anse au pied de Cargèse, devant l’entrée du port.
Du coup nous ne serons pas seuls. Alors, c’est parti pour un peu de baignade, et tchatche et bière Corse avec Yves et Catherine, sympathiques bretons possesseurs d’un Magnum 21, venus en Corse pour un trek pédestre, et attirés par notre monture équipée « grand raid ».
Le lendemain, direction Porto, où un couple d’amis nous attend. Nous naviguons sous spi jusqu’au Capo Rosso. A vouloir faire du rase cailloux d’un peu près, nous nous retrouvons au pied des Calanches de Piana dans des conditions de vent complètement perturbées par ces falaises, mais c’est trop beau…
Rapidement le ciel se couvre et une brume se pose sur la surface de la mer. Incroyable, moi qui attendait avec impatience de longer ces roches rougeoyantes, je n’en distingue à peine le sommet ; et c’est dans la pétole, dans le brouillard que nous naviguons direction Porto, pourtant à 2 milles de nous. On se croirait sur la Tamise …
Le temps d’arriver, et l’orage commence à gronder, le plus prudent est quand même de se mettre à l’abri dans la rivière ; le capitaine du port n’est pas d’accord pour accueillir un multicoque à Porto, mais nous avons pu nous faire tout petits, et il ne nous a pas foutus dehors sous l’orage et les éclairs.
Soirée bien arrosée avec nos potes encore… Dur métier que celui de matelot !
Après une nuit sous une pluie de Sirocco, départ sous le soleil direction Girolata, bien sûr, où nous arrivons plein badin, poussé par un bon 6 Beaufort.
Les « traîne couillons » ne sont pas encore arrivés, une petite ballade dans le village et le maquis, un pique nique sur la plage et c’est l’invasion qui commence … allez on « ripe » !
Toujours ce SW 6 Beaufort, ce coup là, dans le nez, le louvoyage ne permet donc pas d’explorer toutes les rives du Golfe de Girolata !
Nous arrivons dans la réserve de Scandola, le vent est a nouveau tombé. Pas grave, nous avions l’intention d’affaler les voiles, et de lécher les cailloux au moteur afin de tourner autour des îlots qui bordent cette partie de la côte.
Après l’îlot de Scandolu, nous serions allés faire une petite pose baignade dans la Marina d’Elbo, si beaucoup d’autres n’avaient pas eu aussi la même idée. Décidément, je hais les vacances au mois d’août; heureusement que nous sommes déjà venus ici, et dans de bonnes conditions. La pose baignade se fera dans la baie de Focolara, sur une jolie plage déserte, mais où nous ne passerons pas la nuit, car pas abritée des vents d’ouest.
Nous mouillons le soir tout au fond de la baie de Galéria , au bord de la plage, à l’abri du vent de SW prévu. Balade dans le village, casse croûte et dodo sur la plage …
Troisième jour.
Départ tranquille vers le nord, poussés par une très légère brise. Celle ci fraîchit sérieusement à mesure que nous approchons la pointe de la Revelata. Les surfs magistraux compensent le fait que nous ne pouvons à nouveau plus flâner au raz de la cote rocheuse, vu l’état de la mer. Pique nique et baignade au fond de l’anse de la Revelata, à l’abri.
Éole est décidément de la partie, et peu après notre départ, il forcit encore. La baie de Calvi est saturée de bateaux, le Magnum est toujours à l’aise, nous continuons notre route.
Progressivement, la mer continue à monter et nous ne franchissons plus qu’une vague sur deux : Nous gravissons la première, surfons en redescendant, passons « sous » la seconde vague, et après avoir évacué l’eau courant sur le bateau, nous repartions à l’assaut de la vague suivante… Le bateau reste toujours stable et manœuvrant, mais il va être temps de se mettre à l’abri, d’autant qu’il n’y a plus un bateau sur l’eau, c’est qu’il doit commencer à faire mauvais…
Nous arrivons à l’Île Rousse dans des gerbes d’écume. Il nous faut affaler en zigzagant autour des bateaux abrités, puis nous allons chercher refuge au club de voile local, qui nous accueille gentiment, et nous mouillons enfin Virus au bout de la plage.
Je retourne au club pour des infos météo, où ils m’indiquent que la météo avait enregistré cet après midi 40 noeuds de vent avec des baffes à 50 noeuds (!), et que le lendemain serait pareil…
… nous pouvons prendre le temps de pomper l’eau dans le coffre avant du bateau, de nous doucher, et enfin de nous désaltérer !
Le programme du 4ème jour sera alors baignade, promenade, avitaillement et resto et concert de jazz ; …il faut prendre le bon coté des choses !
Au matin du 5ème jour, comme convenu avec la météo, on peut y aller : direction le désert des Agriates. Tranquillement, au portant en léchant le rivage, nous passons devant la plage de Saleccia, mais la houle résiduelle du coup de vent précédent nous pousse à continuer jusqu’à la plage du Locco, mieux abritée de ce vent de NW.
Une fois le bateau mouillé, petit goûter en admirant le bleu turquoise de la mer, si lumineux que les ailes et le ventre des gabians planant au dessus de l’eau en prennent la couleur ; puis excursion dans le « désert », magnifique et sauvage, ou le calme règne, malgré l’activité grouillante sur la plage. Lorsque nous revenons à la plage, les navettes ont remmené quasiment tout le monde à St Florent, et peu de temps après, nous ne nous retrouvons bientôt plus qu’à 4 bateaux devant cet endroit magique redevenu désert, à contempler la lumière du couchant sur le Cap Corse.
6ème jour.
A peine les navettes reprennent leur rotations que nous appareillons, direction le Cap, dans un tout petit air, qui nous permet de prendre le temps d’admirer Nonza et sa plage noire, le port de Centuri.
Toujours au portant, nous passons entre Barcaggio et l’Ile de Giraglia, puis la Pointe d’Agnello, puis … bizarre, nous naviguons grand largue bâbord amures, et les bateaux mouillés devant nous à 200 mètres pointent le nez dans la même direction que nous ! A moins qu’ils ne soient tous mouillés par l’arrière, y'a un truc… ?
La situation s’éclaircit soudain : les voiles se dégonflent, le bateau avance sur son aire. Patience, la surface de l’eau est ridée à quelques dizaines de mètres devant ; on y arrive… Et là, surprise, nous sommes pratiquement vent debout, sans avoir changé de direction ! Voilà qu’il faut tirer des bords, maintenant, après une semaine de portant …
Allez, petite halte à Macinaggio pour faire le plein d’eau et prendre des nouvelles de la météo au club de voile. Là, nous racontons notre périple à ces moniteurs surpris par notre embarcation (ben quoi ?), et qui nous montrent à leur tour un Dart 18 abandonné par un couple avec un jeune enfant, qui avait tenté de franchir le Cap Corse d’Est en Ouest alors que les conditions n’étaient pas favorables, et qui a dû rebrousser chemin, voiles déchirées …
Nous repartons enchaîner les virements de bords, jusqu’à Santa Severa. La plage où nous comptions passer la nuit est barrée par des bouées, le camping sauvage se fera donc sur un ponton, car il est tard et nous n’avons pas le courage de tirer encore des bords jusqu’à l’anse de Porticciolo.
7ème jour
Aujourd’hui, au programme, ça va être la cote orientale au près.
Au petit matin , le vent n’est pas encore établit, donc une petite heure de moteur, il n’y a pas un mille à perdre, et dès 09h30, nous entamons une série de virements de bords qui nous emmène jusqu’à Marina Di Campolloro.
Nous passerons la nuit seuls dans l’avant port, qui constitue une anse artificielle bien abritée de tous les vents, et nous trouverons notre confort sur l’épais matelas de posidonies séchées qui jonche la plage.
A la capitainerie où nous sommes allés prendre une douche chaude, on nous conseille pour descendre au Sud dans ces conditions, de faire cap sur Monte Cristo, puis virer de bord et tout droit sur Solenzara. « Mais attention au large aux cétacés ! ». Chouette, si seulement nous pouvions en apercevoir…
8ème jour.
Le ciel est bas, le vent toujours au Sud. Cap sur Monte Cristo, même si l’on ne la voit pas encore. Le clapot s’est levé, le bord tribord amure se passe en douceur, et il est presque dommage de ne pas pousser jusqu’à ce joli rocher.
Virement de bord, maintenant le clapot arrive sur notre étrave avec un angle moins favorable, et la douche commence !
Le ciel est bas et l’on distingue à peine les Aiguilles de Balvella, et pas un seul cétacé (pas étonnant, vu le temps qu’il fait !).
Nous arrivons sur Solenzara en fin d’après midi. Notre idée est d’aller mouiller dans la rivière, d’autant que le vent a tourné ESE, il n’y a pas d’autre possibilité de mouillage dans le coin.
Raté, l’embouchure de la rivière est complètement ensablée. Trop tard pour aller plus loin, il ne reste que le port, car ça secoue trop dehors, en plus, les nuages commencent à bourgeonner sérieux.
Tant pis, ou tant mieux : ça sera resto ce soir. Nous amarrons notre engin sous le regard amusé et les questions de promeneurs et de navigateurs, et qui ouvrent des yeux ronds comme des billes lorsque nous installons la tente igloo sur un trampoline ! Eh non, ça ne fait pas très « yachting ». Et alors… ?
9ème jour.
La magie de la météo locale a eu lieu : les 3 gouttes tombées la veille au soir ont suffit à nettoyer le ciel. Sous le soleil matinal, une très légère brise d’Est nous pousse doucement vers le Sud. Sous spi, nous effleurons la roche, jusqu’à l’entrée du Golfe de Porto Vecchio où le vent tourne radicalement à nouveau. Nous nous engouffrons jusqu’à l’anse de Pavellone qui fournit un abri aussi efficace que tranquille.
Après la baignade, nous repartons direction les Cerbicales, en se disant qu’un bivouac du côté de la plage de Palombaggia serait certainement agréable…
Possible, mais pas ce soir, car à l’approche de la Grande Cerbicale, la brise de SW forcit brutalement -encore une magie de la météo locale- nous voici à nouveau secoués, face au vent et à la mer, dans ce goulet.
On ne va pas pouvoir dormir par ici. Virement de bord et retour vers le Golfe de Porto Vecchio, car le vent annoncé pour la nuit est au Nord, alors que celui qui nous chahute est au SW.
Quelle option choisir ? Les 2, mon capitaine !
Un recoin de la Baie de Stagnolu fournira un abri dans les 2 cas, en plus, pas super fréquenté car avec 20 cm d’eau jusqu’à 100 mètres du bord, il n’y encore que quelques kite-surfs à naviguer ici.
La nuit approche, il est temps de préparer le bivouac sur la plage.
10ème jour.
Le ciel est gris à nouveau. Le vent est secteur SSW, modéré. Allez, c’est reparti, la matinée est déjà bien avancée.
Après avoir passé la pointe de la Chiappa, ça bouge un peu plus, bien sûr, nous faisons donc le tour des Cerbicales, la mer y est plus calme. Puis nous tirons des bords, direction le Golfe de Porto Novo.
Le vent monte, progressivement, le soleil est masqué, les embruns giclent à chaque vague, nous supportons bien les cirés !
A l’approche de Porto Novo, nous sommes côte à côte avec un magnifique Wallis, naviguant sous voilure réduite ; nous avons encore tout dessus, et à cette distance de la côte, le clapot est raisonnable, et nous surfons dans des gerbes d’embruns : trop bon !
En plus, dans ces conditions, nous tenons notre adversaire en respect ; mais il est vrai qu’il était temps pour lui d’affaler car il allait s’abriter dans le golfe ! Sûr que si nous avions eu à serrer le vent de plus près, ou dans une mer plus formée …
…C’est vrai ça, si on reste proche des rochers, le vent venant de la terre est moins violent, les vagues ne sont pas encore formées. Nous prenons un ris, puis, en longeant le relief, nous visons le Golfe de Rondinara, il paraît que c’est beau, et nous ne connaissons pas.
Le vent monte encore, les bateaux se font rares à la surface de l’eau, remplacés par l’écume, mais en rasant les cailloux, en tirant des bords très courts, le Magnum avance correctement, en conservant un comportement sécurisant.
Par contre, la halte à Rondinara sera obligatoire, car dans ces conditions, la traversée du Golfe de Sant Amanza promet d’être musclée.
En milieu d’après midi, nous mouillons au raz de la plage de Rondinara, à son extrémité SE, où il y a le moins de baigneurs et où l’abri est le meilleur.
Il faut avouer que ce site est magnifique, mais victime de son succès. La plage est loin d’être déserte, et sur l’eau… Nous comptons une cinquantaine de bateaux abrités dans cette anse, et nous apprendrons plus tard que la veille avaient été comptées 75 embarcations !
Bon, il y une paillote là-bas, nous allons faire une balade à pied, ensuite on boit un coup, puis après, on verra selon la météo…
Celle-ci prévoit que nous restions ici : « Demain, dépression, 7 à 8 Beaufort au sud de la Chiappa, etc … il fera beau après-demain ».
Le soir, la plage retrouve le calme, seuls les bateaux restent sur place. Après un délicieux dîner à la paillote, nous passons une nuit tranquille sur la plage , abrités du vent par la végétation.
11ème jour.
Soleil. La plage nous est réservée, du moins jusqu’à 10 heures du matin. Ensuite, c’est l’invasion, il faut évacuer, et comme la météo n’a pas menti, ce sera à pied, à travers le maquis !
La météo du soir est la même que celle de la veille: « Demain, dépression, 7 à 8 Beaufort au sud de la Chiappa, etc … il fera beau après-demain ».
Nous faisons ce soir la connaissance de Julian et Christian, sympathiques navigateurs respectivement anglais et allemand, coincés comme nous avec leur voilier de 28 pieds, et à la recherche de confirmations météo ; il est vrai que même en tant que français, il faut les suivre les prévisions à la radio !
12ème jour.
Au petit matin, je me retrouve à poil courant dans 15 cm d ’eau jusqu’au bateau pour récupérer rapidement le taud, pour nous protéger de la pluie qui commence !
Orage (oh désespoir !) toute la matinée, vent fort toute la journée… La météo du soir ? « Demain, dépression, 7 à 8 Beaufort au sud de la Chiappa, etc … il fera beau après-demain »... Avec le staff de la paillote, on commence à s’appeler par nos petits noms, nous devenons des habitués !
13ème jour.
Nous commençons à bien connaître les alentours, donc baignades à 500 mètres de Rondinara, sur des plages désertées par les estivants qui s’empilent sur la plage de l’anse ! Tant mieux.
Météo du jour : « Demain matin, vent mollissant le matin au sud de la Chiappa et dans les bouches de Bonifacio, puis fraîchissant 5 à 6 à partir de la mi-journée… »
Hourra ! Demain, appareillage au lever de jour pour tenter de passer les Bouches avant midi. Après 3 jours coincés ici, nous ne sommes pas mécontents.
Julian et Christian vont aussi en profiter pour partir vers le nord, dès l’aube.
14ème jour.
Le soleil est à peine levé, nous sortons doucement de Rondinara, cap au Sud.
Enfin, une légère brise d’Ouest nous porte sur une mer à nouveau calme. A part cet espèce de c….d de naufrageur, à la sortie de Golfe de Sant Amanza, avec son super yacht de 50 mètres, et qui nous est passé à 20 mètres devant le nez en nous saluant d’un sillage déferlant. Merci encore à lui. Il y en a qui ont décidément plus d’argent que de matière grise…
Nous passons entre l’Ile Piana et Cavallo. Pour l’instant tout est encore calme, mais nous apercevons plus loin les vagues éclatant sur les Lavezzi, et sur la stèle commémorant le naufrage de la Sémillante. On dirait que ça bastonne encore là-bas.
Nous contournons la Pointe de Spérone et rapidement le bateau se met à tanguer de plus en plus fort… et j’ai beau me mettre debout, je vois bien la vague qui nous déferle dessus, mais pas celles qui arrivent après. Le vent est ici plein ouest, il ne dépasse pas 6 Beaufort, mais il y a aussi ces vagues et ce courant contraires. On ne va pas ce mettre à tirer des bords là dedans : nous allumons le moteur, puis le foc est roulé.
Le bateau se met à « planter des pieux », l’hélice sort de l’eau au passage de chaque vague, et l’îlot de Piana à 100 mètres à tribord ne bouge désespérément pas… Inutile et dangereux de rester ici plus longtemps. J’abats, et nous allons nous abriter derrière l’Ilot de Piana, où se trouvent déjà beaucoup d’autres bateaux au mouillage.
Sur l’embarcadère de la navette de Cavallo, ça discute pas mal météo, sur ces bateaux qui sont bloqués là depuis 6 jours pour certains, sur cette fichue dépression qui ne se comble pas. Les mêmes conditions doivent se poursuivre pour encore au moins 2 jours.
C’en est trop ! Le temps passe, les vacances s’écoulent, l’heure du retour approche et il va falloir jeter l’éponge.
Il y a ici une cale de mise à l’eau, où nous pourrons mettre le bateau au sec : nous allons donc prendre le car de Bonifacio à Ajaccio pour aller chercher voiture et remorque.
Un dernier coup d’œil au bulletin météo de la capitainerie confirme le verdict… : « les boules ! »
Grosse déception que de monter dans ce car sans avoir pu réaliser le parcours prévu, mais heureux d’avoir effectué cette rando sur notre petit bateau, et en sécurité, malgré les conditions rencontrées.
Ceci montre aussi qu’en croisière, il ne faut pas être trop ambitieux sur le parcours à effectuer. Ou alors, il faut prévoir beaucoup de temps, surtout le long de cette splendide côte, bardée de caps et criques sauvages, de plages secrètes mais accessibles.
Même la côte orientale, pourtant peu propice au raid nautique, nous a permis d’avoir une vue magnifique de la montagne corse.
Enfin, ce sont les éléments qui nous imposent la conduite à tenir, nous poussant à chercher l’abri plutôt que la tranquillité.
Le bon coté de la chose est que nous avons un bon prétexte pour revenir …. De préférence avec une météo plus clémente !
Texte et photos de Marc Slaney, automne 2005
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