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Le règne minéral

3- Le règne minéral

 

En route pour les Calanques

Même si le vent est encore faiblard, nous appareillons pour les calanques distantes d'une quinzaine de miles (28 km).

Au moteur, nous longeons la côte Est de l'île en direction du port du Frioul [1] en passant devant les ruines de l'Hôpital Caroline [2].

 

On croise un collègue en cata de sport taille XL.

L'étrange immeuble en forme de paquebot [3] échoué à l'entrée du port où nous ferons une courte pause, profitant des toilettes et des robinets d'eau potable [1].

Notez la petite plage déserte au pied du "paquebot". Peu protégée et complètement ceinturée par des clôtures, il est impossible d'accéder au reste de l'île en débarquant là, à moins de monter à l'abordage de l'étrave bétonnée du navire.

Les filles sont partout à la fois ! A la barre à surveiller le réglage des voiles, dans les trampolines à faire la sieste...

La brise qui nous escortait depuis le matin, légère mais suffisante, nous raccompagne poliment jusqu'au Cap Croisette qui marque l'entrée de l'immense rade de Marseille puis nous plante là. Trop petite, elle n'a pas la permission d'aller flâner dehors.

Tandis que je remets les gaz, Hervé insiste en louvoyant péniblement dans l'étroit chenal qui sépare le Cap Croisette de l'île Maire [4].

Ils resteront plantés là ... un temps certain, avant de finir par nous rejoindre au moteur sur l'île suivante où nous avons jeté l'ancre depuis un moment. Pour ne pas choquer les âmes sensibles, nous ne montrerons pas les photos de la pauvre petite Darielle, otage de ce baroudeur sans pitié, affamée, en train de rôtir au soleil, à se demander ce qu'elle fait là.

Le mouillage de l'araignée

Nous voilà de nouveau réunis dans un recoin de l'île de Jarron [5] qui ne doit son indépendance qu'à un mince filet d'eau la séparant de l'île de Jarre.

Les 4 ancres portées à terre tissent une toile au centre de laquelle s'accouplent nos 2 araignées à 3 pattes.

 

Après une première exploration sub-aquatique, rassemblement des équipages sur le navire amiral pour le pique-nique à l'ombre salvatrice du taud de soleil.

Vive les grands cockpits !

 

OVNI...

Pendant que nous cassons la croûte, notre attention est attirée par la passage d'un OVNI (Objet Voguant Non Identifié) à proximité de la jupe arrière.

Long d'une quarantaine de centimètres, la chose noire se déplace en ondulant majestueusement sa cape ourlée d'un fin liseré de couleur. A la proue, deux petites trompes en guise d'antenne, que nous appellerons les yeux, et une sorte de ... machin, que nous appellerons la bouche.

Personne à bord n'a jamais vu un truc pareil qui doit probablement venir d'une autre galaxie.

J'attrape le masque et le tuba encore humides sur le trampoline et plonge illico étudier la chose de près.

L'extra-terrestre se déplace tranquillement, visiblement intrigué par notre vaisseau spatial dernier cri qu'il renifle consciencieusement. Les Astus 20, ça doit pas courir les rues sur sa planète (sur la mienne non plus d'ailleurs).

Puis il se tourne vers moi, me dévisage et s'approche... Il ne manque plus que la bande son du film "Rencontre du 3ème type".

Je lui tend une main amicale en guise de salut... La gaffe ! La "chose" n'a pas de main.
Elle vient frotter ses fesses souples et visqueuses sur la mienne et ondule comme un chat sous la caresse... La voilà collée à mon masque... elle descend le long de mon tuba... s'approche de mes lèvres... et là, je dis STOP !

C'est vrai, quoi, on se connaît à peine, y'a ma femme qui nous observe juste au dessus, je sais même pas si c'est une femelle ou un mâle, alors tant pis pour l'amitié Franco-Martienne, je lui demande poliment d'arrêter là les préliminaires et la laisse partir désappointée.
Si demain, une armada interstellaire nous anéantit parce que j'ai froissé sa princesse sérénissime, j'assumerai l'entière responsabilité de cet échec diplomatique.

Cailloux

Après le repas, les plus agiles partent à la découverte de ce monde minéral qui nous entoure. La roche est belle. Massive et fascinante avec ses failles, ses renfoncements, ses tombants abruptes, ...

De la roche, on va en voir, et de près, jusqu'à notre destination des calanques de Cassis et jusqu'à plus soif. De la vertigineuse, de la torturée, de la découpée, ... C'est majestueux, parfois inquiétant... et même franchement nauséabond lorsque l'on passe devant la calanque de Cortiou [6].

C'est là que se déverse l'égout de la ville de Marseille, la chasse d'eau d'une ville d'un million d'habitants à raison de 160 m3 par minute !

Nous poussons les moteurs pour nous éloigner rapidement et soulager nos équipières incommodées. C'est vrai qu'avec cette chaleur et l'absence de vent, l'odeur est aussi écoeurante que tenace.

Bon plan : si vous voulez passer une après midi tranquille, sans être dérangé par les autres, il suffit de venir crapahuter jusque là pour y planter votre parasol.

Premières grandes calanques

Au détour d'un cap apparaît la première des grandes calanques entre Marseille et Cassis. Il s'agit de Sormiou [7].

Accessible par la route et disposant d'un minuscule port, pas mal de bateaux sont déjà au mouillage.
On ne fait que passer sans s'attarder.

Au cap suivant, c'est au tour de la Calanque de Morgiou [8], plus étroite.

Un étrange voilier y est mouillé. A mi-chemin entre monocoque et trimaran, l'engin est affublé d'un mât aile qui surprend par sa position reculée et sa longueur réduite. le cockpit est large, le rouf nacelle ne dépare pas la ligne séduisante du bateau ... mais contraint le barreur à regarder à travers. Il me semble apercevoir des dérives sabre latérales.


Sous les rochers, la plage...

On poursuit notre route au moteur. C'est pas le top, mais au moins, la mer parfaitement calme nous autorise à venir voir la falaise de près.

Mais bon, cela fait plusieurs heures maintenant que l'on se bouffe des milliers de tonnes de roches, ça finit par être lassant. Ce serait bien qu'on puisse se poser sur une vraie plage, avec du vrai sable...

Surtout que la Darielle commence à partir en vrille après avoir trop sniffé les égouts. Un coup elle est euphorique d'avoir déniché une grotte... le coup d'après, la voilà dans le rôle de Di Caprio en plein remake du Titanic fonçant sur l'iceberg.

- Dis papa, c'est loin la plage ?
- c'est juste après la pointe, mon trésor.
- et la pointe, c'est loin ?
- non regarde, l'autre bateau y est presque.
- quel bateau ?
- ben le trimaran, là, avec ses voiles.

La récompense

N'empêche que lorsque vous pénétrez en fin de journée dans la Calanque d'En Vau [9], l'une des perles de la Méditerranée, le bruit du moteur et les odeurs d'égout sont vite oubliés devant le spectacle grandiose.

Whaou !

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