Skip to main content Help Control Panel

Navigation sous gréement traditionnel

Chapitre III : Navigation sous gréement traditionnel

Texte, dessins et photos de Jacques HEBRARD

 

La construction d’un gréement traditionnel réclame pour le débutant une certaine conviction de départ car il va lui falloir réaliser quelques travaux de menuiserie un peu particuliers, se trouver confronté à de petites complications dans la réalisation du gréement courant et par-dessus le marché investir dans la voilure pour une application à caractère, avouons-le, un peu expérimental puisque ce bateau a été conçu pour du marconi.

Mais rassurons-nous, la preuve existe que çà marche et la satisfaction est à la hauteur de l’engagement. Nous pourrons aborder ce long sujet en détail si la demande en est exprimée un jour.

Mais revenons à la navigation. Dans le cas présent nous disposons : D’un foc, d’une grand-voile aurique et d’une voile triangulaire envoyée par beau temps au-dessus de la grand-voile : le flèche (si, si, c’est du masculin).

Le mât, en bois plein de 7 m de long et 7 cm de diamètre est relativement lourd. Pour faciliter sa mise en place en solo il est immobilisé à sa base dans un étambrai à glissière.

L'était avant dispose d'un point d'amure à bascule, lequel permet de retrouver intact le réglage de tension d'une fois à l'autre.

Les haubans, pour une question d’aspect, sont reliés à la coque par des caps de mouton (visibles sur la photo ci-dessus).

Les ridoirs sont insérés juste au-dessus. Pour ajouter le charme au côté pratique ils disposent d’une petite enfléchure (barre de bois horizontale) équipée de cabillots sur lesquels sont tournées les drisses afin de dégager le tour du mât.

Sur ce dernier à droite on peut remarquer : - le dispositif d’emplanture de la bôme ; - le croc d’amure de grand-voile ; - le palan d’étarquage sous la bôme et un bonnet turc destiné à limiter le débattement de la bôme vers le bas.

 

Pour ce qui concerne le circuit d’écoute de foc, en raison de la présence de l’hiloire vernie j’ai disposé de part et d’autre, taillé dans le même bois rouge que celle-ci, un support surélevé pour fixer les taquets coinceurs.

La grand-voile est maintenue le long de sa bordure supérieure par un laçage sur le pic, pièce de bois inclinée qui s’articule sur le mât par une chape : l’encornat.

Nous avons donc deux drisses pour hisser la grand-voile : une drisse de pic pour régler l’inclinaison de cet espar (sur lequel elle est fixée par une patte d’oie) et une drisse de mât pour hisser l’ensemble voile-pic.

Un peu de coordination est nécessaire…

La bordure inférieure de grand-voile, à bord libre, est étarquée classiquement sur la bôme. A noter : le pic constitue un fort bras de levier, il faut y penser lorsqu’on borde la grand-voile sous peine de cintrer dangereusement le mât. Ici, nous n’avons pas de bastaques. De toute façon ce type de gréement n’est pas destiné à être bordé à mort.

La ralingue de grand-voile est maintenue le long du mât par un laçage, ouvert et maintenu par cabillots pour faciliter le démontage

Le flèche est un cas à part. Pour cette voile on fait tout à distance, pas question de monter au mât pour l’établir.

Le point de drisse est frappé à peu près au milieu du bâton de flèche, sur lequel est lacée la ralingue. Ce point ira rejoindre son réa en tête de mât.

A l’angle inférieur de la voile est frappée la drisse de point d’amure. Elle assurera l’étarquage vertical.

Enfin, l’écoute de flèche est renvoyée par une poulie en bout de pic puis par une poulie de renvoi jusqu’au pied de mât où elle rejoint les deux autres manœuvres.

Tout ceci doit être envoyé en même temps. On comprendra qu’il vaut mieux ne pas attendre le dernier moment pour rentrer cette voile.

Mais lorsqu’elle est en l’air, votre bateau n’est plus le même et un charme inégalable s’en dégage irrésistiblement. Peu importe qu’elle soit de bien faible rendement.

Et nous voici, du même coup, au cœur du sujet.

Naviguer sous gréement traditionnel est un choix de philosophie autant que d’esthétique.

Pour la beauté du geste, pour la chaleur du bois verni, pour le réseau touffu de cordages ce choix nous dirige vers les horizons de l’esprit autant qu’il nous ouvre à ceux de la nature.

Certes sur l’eau le cap sera moins bon, certes les manœuvres seront un peu plus compliquées, il faudra donc s’adapter, réfléchir, en un mot être un peu plus acteur de son aventure. Après tout, nous ne pouvons en sortir que meilleurs il me semble.

Parce qu’il est puissant le gréement traditionnel est bien adapté au trek lorsque celui-ci met en œuvre des bateaux courts alourdis par leur fret.

Le cap est moins bon qu’en marconi nous l’avons dit mais un gréement plus bas, étalé dans le longitudinal est moins affecté par le tangage.

La coque bénéficie d’un meilleur « coup » dans la vague, la marche du bateau est plus régulière et dès que l’on s’éloigne un peu du lit du vent la grand-voile donne une force que ne peut atteindre le marconi dans ces allures plus arrivées.

Navigation par beau temps : 

J’entends par là : navigation sous voile de flèche. Notons tout de suite que l’usage de cette voile n’est pas incontournable, bien des gréements auriques en sont dépourvus. Son absence peut être compensée par un plus grand allongement dans les hauts, un apiquage plus prononcé, un plus grand allongement vers l’arrière (mais l’ajout d’une trinquette et d’un bout dehors s’imposeront pour respecter l’équilibre vélique – j’ai mis aussi cette idée en application). Mais, bon, nous avons un flèche à notre disposition alors profitons-en.

Sur un petit bateau le stockage du bâton de flèche, ce long espar, n’est pas simple si l’on souhaite le laisser équipé de sa voile. On peut se réserver de le gréer au moment d’envoyer. Il fera beau, on aura le temps, mais il faut prévoir le lieu où on le mettra après un affalage dans des situations un peu mouvementées car alors on aura besoin de clarté sur le pont.

Pour l’envoyer on devra se trouver sous l’amure présentant du côté au vent les différentes manœuvres.

On frappe successivement la drisse au point de drisse sur le bâton, puis l’amure et l’écoute en vérifiant que le circuit de tous ces cordages est bien clair. Il n’est pas question de se retrouver avec une voile bloquée à mi-hauteur et qui refuse de bouger. Le malin Eole, nous le savons, profite toujours de ces moments pour se marrer un peu à nos dépens.

Bon. Maintenant il faut, avec nos deux seules petites mains, manipuler trois cordages sans les laisser filer au vent. On étarque d’abord la drisse, puis l’amure. Enfin on règle l’écoute.

Dans les dimensions de gréement où nous évoluons ce réglage se limitera à un étarquage pas trop fort pour garder une belle forme à la voile. Toutes ces manœuvres doivent être rassemblées au pied du mât dans un ordre strict pour ne pas s’emmêler dans l’urgence.

Sous voile : Pour peu que nous tentions de faire du cap la vanité de cette intention ne tardera pas à nous apparaître. Le gréement aurique, bien aidé en cela par le poids du pic, s’ouvre naturellement dans les hauts et si l’on veut piper, le flèche se maintient bravement dans le lit du vent et c’est alors la grand-voile qui perd son pouvoir propulsif.

Un puissant hale-bas aiderait sans doute un peu mais au prix d’une torsion de tous les espars et, je vous le demande, à quoi bon tant de violence puisqu’il suffit d’entrer dans le jeu et d’ouvrir un peu notre plan de voilure. Nous le savons, le près n’est pas notre point fort, n’y revenons plus.

Affaler le flèche peut se révéler sportif pour peu que l’on se soit laissé surprendre par la montée du vent. D’où un nécessaire affinage de notre sens marin. La manœuvre est la même, mais à l’inverse.

Il faut insister cependant sur un point capital : on doit bien sûr amener la voile du côté où on l’a envoyée, ce qui signifie avoir prévu l’opération assez tôt pour pouvoir virer si nécessaire mais aussi avoir assez d’eau libre sous la nouvelle amure !

Prise de ris : Le vent monte, c’est bon, notre puissance va croître elle aussi mais avec une gîte d’amplitude moindre que chez un marconi. Voyez notre grand-voile (le flèche a été amené depuis longtemps) : la prise de ris va lui donner une forme de rectangle plus allongé encore. La puissance va rester à son maximum tout en réduisant la composante de gîte.

En redressant un peu le pic nous allons remonter un tantinet le bout de bôme pour éviter que celle-ci n’enfourne, et en avant !

La prise de ris est tout à fait classique si l’on excepte le fait qu’il y a deux drisses à manœuvrer en même temps : la drisse de pic et la drisse de mât.

Nous venons de voir ci-dessus l’avantage offert par la drisse de pic pour jouer sur la géométrie de la grand-voile. De son côté la bôme étant tenue au mât comme le pic par une simple chape, une étalingure (ou palan) réglable la retenant au pied de mât par le bas nous allons pouvoir monter ou descendre à notre guise le plan de voilure pour une adaptation parfaite aux conditions du moment.

Attention : lorsque la grand-voile faseye, en particulier par grand vent, le gréement est assez fortement secoué en raison surtout de la présence du pic, lourde pièce de bois suspendue en l’air. Il est préférable de s’habituer à des manœuvres sûres si l’on veut limiter cet inconvénient.

 

Peser le point :

Sous cette étrange appellation : un nouvel avantage du gréement aurique. L’opération a pour but de dégager la visibilité du barreur vers l’avant lors de manœuvres délicates à la voile (mouillage encombré, avancée prudente en milieu rocheux).

Un bout’, passant par une poulie frappée en pied de pic (niveau de contact du pic avec le mât) est fixé sur le point d’amure de la grand-voile.

On dégage celui-ci de son croc d’amurage et on « pèse » sur le bout’ pour faire remonter la grand-voile le long du mât. Comme celle-ci est simplement lacée elle coulisse librement. Le foc sera amené, prêt à être rétabli rapidement.

Comments

Tools
* Post a comment
Monitor
Recent pages
Recent files
Recent comments