Les Tamalous en baie d'Alon
Pourquoi ce titre ? … Par dérision et par association d'idées.
Dans nos équipages l’aîné à 82 ans et la benjamine 59 ans. Nous venons de parcourir sur de petits voiliers 100 Miles nautiques en 5 jours.
Si nous étions assis au fond d'un autocar, ne serions nous pas traités des Tamaloùs ? Et puis "Port d'Alon" m'a fait penser à "Baie d'Halong" ça fait grande croisière non !
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Richard & Josiane |
Jacquotte & Raymond |
Les préparatifs
Une croisière, on y pense tout l'hiver. On étudie les cartes, on note les escales possibles, on trace même des routes au GPS. Mais sa réussite dépend aussi de sa préparation. J'ai donc véhiculé «Ti-Mazoul» jusqu'à la maison pour lui apporter quelques améliorations comme une delphinière avec davier, une caisse à outils faisant office de marche et un panneau de porte opaque (pour dormir dans l'obscurité).
Le bateau nettoyé, la remorque graissée, les feux de signalisation et la pression des pneus vérifiés, nous sommes prêts à prendre la route.
De son côté à Carqueiranne Raymond n'a pas chômé. Il a remplacé sa grand voile qui a rendu l'âme et installé un guindeau électrique tout neuf. Rayjac est fin prêt.
La transumance
Le 27 mai, après 6 heures d'autoroute à 90 km/h (au moins on ne risque pas d'être flashé), nous retrouvons nos fidèles complices Jacquotte et Raymond.
Bien qu'ayant fait, dés janvier, la demande d'une place visiteur au port des Salettes, je suis en liste d'attente. Le maître de port Monsieur Maestri se met en quatre et me trouve une place.
La préparation du Hamac, mâtage, fixation des haubans et de la bôme me prend 42mn montre en main. Il me reste à contacter Fredo pour gruter Ti-Mazoul à l'eau.
L'attente
Du 29 mai au 1er juin, c'est l'attente
J'ai le moral dans les chaussettes, le temps est orageux et la date de notre départ recule à chaque bulletin météo.
Raymond a retrouvé dans un coffre de Rayjac le foc de son Corsaire et m'en fait cadeau. Je décide de l'installer sur le Hamac.
Après une visite au shipchandler pour acquérir taquets, poulie et drisse, les travaux débutent.
Le mât dressé la veille est redéposé pour fixer la poulie de drisse.
C'est à ce moment précis qu'un inconnu m’appelle par mon nom. C'est "Pierre de Hyères", membre de Nautical Trek qui a reconnu mon Hamac. Spontanément, il nous donne un coup de main pour installer le foc.
L'aller-retour à Porquerolles me permettra de constater que le foc apporte un gain de vitesse de 0,7 Noeud et une stabilité de cap accrue.
Départ des Salettes pour Les Embiez
Le 2 juin, notre départ est prévue pour le lendemain matin. La météo n'est pas fameuse mais un «pas d'avis de coup de vent» nous convient.
Sur les coups de 11 heures, Raymond passe nous prévenir qu'il serait préférable d'appareiller à 14 heures.
Panique en cuisine ! Jo termine des plats à réchauffer pendant que je porte nos affaires au bateau.
Comme convenu, nous quittons les Salettes à 14 heures avec pour objectif de relâcher ce soir aux Embiez.
C'est pas gagné ! Le vent d'ouest refuse et nous oblige à progresser au moteur. Aux abords du cap Cépet, le vent monte et des vagues croisées font leur apparition. Nous envoyons de la toile et passons le cap Sicié en enchaînant des bords Sud-Ouest Nord-Ouest.
Nous continuons à tirer des bords mais à l'évidence, sans l'aide du moteur nous allons y passer la nuit !
Nous pénétrons dans le port des Embiez à l'heure de l'apéro . Formalités et amarrage terminés, nous investissons le cockpit de Rayjac pour déguster la tarte au thon de Jacquotte.

Des Embiez à Port d'Alon
Le 3 juin, après une nuit réparatrice, nous convenons avec le bateau amiral (Rayjac) d'appareiller à 11 heures. Comme la veille, c'est « pétole » et voile « Yamaha ». Nous remontons Nord-Ouest, laissant Sanary puis Bandol sur tribord. Le GPS m'indique que nous approchons de Port d'Alon mais rien ne signale l'accès d'un port. Je commence à douter de mes coordonnées GPS quand une faille se dessine dans la paroi rocheuse. Au fond de la crique, une forêt de pins, deux plages de sable et deux demeures isolées . C'est ça Port d'Alon !
Le décor de notre mouillage de midi est parfait. Les femmes se glissent à l'eau et m'incitent à les rejoindre. J'ai horreur de passer pour un dégonflé alors je plonge. Ah les punaises ! L'eau est glaciale, j'en reste tétanisé, je suis certain qu'elle ne dépasse pas 17 ou 18 degrés.
De Port d'Alon à Cassis
Après la reposette, nous désaccouplons les bateaux. Bien protégés par les parois rocheuses, nous n'avons pas perçu le changement de temps. Le passage de la baie de La Ciotat par vent d'ouest 22 noeuds et vagues croisées est éprouvant pour nous et pour les bateaux
Au petit largue, nous tirons des bords à 5 noeuds sans pour autant avoir le sentiment de progresser.
L'installation du foc ne me donne pas satisfaction, j'ai mal placé le taquet de drisse et j'accroche les écoutes à chaque virement de bord. Je peste ! Je perds tellement de temps à me débattre avec ce foc que Rayjac est hors de vue. Le cap de l'aigle débordé, je décide de rattraper Raymond au moteur. Inquiet de ne plus me voir, il a fait demi tour et vient à ma rencontre. C'est ça les amis !
Après l'interminable côte de la montagne de la Canaille c'est enfin l'anse de Cassis. Sur la carte, la petite baie de l’Arène semble et sera un excellent mouillage.
Le ciel est sombre, l'orage chauffe. Après le repas pris sur Rayjac, nous désaccouplons les bateaux pour un mouillage séparé. Épuisés par notre bagarre avec les éléments, nous nous écroulons sur nos bannettes.
Le repos est de courte durée, à 3h20 l'orage éclate. Je sais qu'il est prudent de faire un paratonnerre en enroulant la chaîne en pied de mât mais bien au sec dans la cabine du hamac, je n'ai pas le courage de quitter mon duvet pour affronter cette pluie diluvienne. A la grâce de Dieu !
De Cassis à Sormiou
Le 4 juin. L'orage a nettoyé le ciel. Nous appareillons sous un beau soleil. Je préviens Raymond que, par sécurité, je vais refaire le plein d'essence au port de Cassis. L'opération prendra pas mal de temps, plusieurs pompes ont été mises hors service par l'orage de cette nuit.
Le plein d'essence fait, nous embouquons la calanque de Port-Miou pour un passage en revue des bateaux au mouillage. A notre approche, l'occupant d'un voilier m'interpelle « C'est quoi votre bateau ? Il est sympa !». Je lui répond fièrement que c'est un « Hamac de chez Escapade-marine ».
Le fond de la calanque est fermé par des bouées jaunes, il nous faut faire demi-tour.
A la sortie de Port-Miou, nous explorons rapidement les deux calanques de la pointe Cacau. L’amiral a prévu le mouillage de la mi-journée à Sormiou, il est temps de prendre le large.
Le vent est légèrement Sud-Ouest. Sous grand foc, Rayjac fait tranquillement sa route au près serré. Le Catboat est plus efficace au petit largue alors je tire des bords pour que nous arrivions ensemble à Sormiou. Quatre bateaux sont déjà ancrés au centre de la calanque et Raymond en fait deux fois le tour avant de décider l'emplacement de son mouillage. Avant de mettre à couple, je fais un tour de plus, le temps qu'il s'installe.
Nous passons dans le cockpit de Rayjac pour déguster un bœuf Bourguignon préparé par Josiane.De grosses vedettes chargées de touristes tournent continuellement autour de nous et nous mangeons sous les « clic-clac merci Kodak ».
De Sormiou au Frioul
Pendant la sieste qui fût brève, le vent s'est orienté Nord-Ouest. Dés la sortie de Sormiou, nous tirons de longs bords jusqu'à la pointe de l'île Maire puis c'est sous voile et moteur que nous cinglons vers le Frioul.
Le ciel est plombé et il fait froid, j'apprécie ma veste de quart.
Notre Dame de la Garde se profile dans la brume et j'éprouve une joie enfantine, celle d'avoir remonté la côte des Salettes à Marseille avec mon petit Hamac
A notre arrivée au Frioul un agent de port en Zodiac nous pilote jusqu'aux emplacements attribués. Le port est immense, on est certain d'y trouver une place.
Notre accostage est un modèle de cafouillage, les places sont si larges qu'avant d'attraper la bonne pendille Ti-Mazoul pivote et se range le long du quai. La honte !
Lors des formalités portuaires, Raymond constate qu'à l'escale des Embiez, nos papiers de bateaux ont été échangés. Heureusement que nous faisons route ensemble !
Du Frioul à Cassis
Le 5 juin. Nous quittons le Frioul pour un retour prévu sur deux jours. Le temps est couvert et le vent toujours de face.
Pour gagner du temps, nous coupons le cap Croisette par la baie des Singes. Cette passe étroite est située au Nord de l’île Maire.

Nous retrouvons l'excellent mouillage de la baie d'Arène pour une révision du BAC-S (Baignade, Apéro, Casse-croûte et Sieste).
Cassis - Les Embiez
Le temps change rapidement. L'orage gronde, les éclairs déchirent l'horizon. Nous repassons la baie de la Ciotat par force 5. J'ai mis du poids sur l'avant du bateau, 10m de grosse chaîne, l'ancre et ses 40m de câblot. Ainsi équilibré, le Hamac bascule et plonge avant que la crête de vague n'ait dépassé le pied de mât. En contrepartie, il projette des gerbes d'eau salée, qui s'ajoutent à la pluie pour me tremper jusqu'aux os. Sous ce déluge, lunettes brouillées, je ne reconnais pas la côte. Heureusement que le GPS est là pour me guider jusqu'au port des Embiez. Il est 20 heures quand nous apercevons enfin la balise de la Casserlane, notre mouillage forain est proche.
Pour nous réconforter, nous dégustons la troisième recette institutionnelle de nos croisières, les fabuleuses pommes de terre en petits carrés de l'amiral Raymond.
Des Embiez à la Garonne
Le 6 juin. Au réveil Jo remarque que Ti-Mazoul évite dans un mètre d'eau. Le mouillage établi la veille sans sondeur et par nuit noire était un coup à aplatir des crabes .Attablés devant nos bols de café fumant, le bruit du guindeau de Rayjac nous sort de notre torpeur. Il est 7h30 et Raymond appareille !
Pas le temps de finir nos tartines. On remonte le mouillage à la volée et c'est reparti ! Il fait beau, nous tirons quelques bords sous voile jusqu'au cap Sicié puis le vent tombe et rejoignons Garonne à la mobylette.
Entre les caps Sicié et Cepet, nous croisons des compagnies de puffins qui remontent vers l'Ouest en rasant la surface de l'eau. Ils ressemblent à de petits pingouins affublés de longues ailes.
De Garonne aux Salettes
Dernier tronçon d'un périple de plus de 100 miles nautiques. Nous quittons le mouillage de Garonne avec une petite brise d'Ouest. J'ai tangonné la voile avec la gaffe et par vent arrière et mer d'huile, le Hamac plus léger prend l'avantage sur Rayjac. Raymond a une excuse : il était attaqué par un essaim de Canadaires (voir dans le rond blanc).
Nous retrouvons notre place au port et les bienfaits d'une douche chaude.

Coup de gueule
Quand j'entre dans un port inconnu, j'appréhende toujours de tomber sur un mouillage sur pendilles. Celui qui a inventé ça est un vrai sadique. Tout en manœuvrant pour glisser votre bateau entre ses futures voisins, il vous faut :
· repérer de quel côté se trouve la chaîne
· stopper votre embarcation avant de heurter le quai
· vous précipiter à la proue
· amarrer l'étrave
A présent, vous pouvez à loisir dégueulasser votre bateau et vos vêtements en remontant une chaîne noire et nauséabonde pour y fixer l'aussière arrière. Ne croyez pas en avoir terminé, il faut maintenant procéder aux réglages ! Si l'aussière arrière tire trop, il est impossible de descendre à terre. Si elle est trop lâche, c'est l'étrave de votre coursier des mers qui prend un coup de vieux.
Coup de coeur
Par force 6 , j'ai encore apprécié les qualités marines de mon Hamac. Ce petit bateau est facile à vivre et sécurisant. Dis monsieur Leroy, tu pourrais pas le faire un peu plus grand ton Hamac ?... J'ai 5 petits enfants qui souhaitent partir en croisière avec Papou.
































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