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Virée en Sardaigne

Départ hésitant de Figari

Samedi 31 juillet. Après une semaine passée confortablement installé au ponton pour notre trimaran Astus 22 et dans l'une des mini-villas de la résidence Ribellinu, pour l'équipage, il est temps de reprendre le fil de nos aventures aquatiques pour cette seconde partie de nos vacances en Corse. Nous larguons les amarres à la mi journée et tirons un long bord de près en direction de la sortie de la baie de Figari.

Une fois dehors, j'hésite sur la suite du programme. Un coup de vent est annoncé dans 3 jours… Mieux vaut éviter d'être dans les Bouches de Bonifacio à ce moment là. L'idée consisterait donc à filer vers le sud pour passer les bouches avant et poursuivre au portant pendant le coup de vent, soit en Sardaigne, soit sur la côte est de la Corse en direction de Porto Vecchio.

Nous voilà donc filant au bon plein vers Bonifacio.

Mais il y a aussi David et Céline qui croisent plus au nord sur leur nouvel Astus 22 et que l'on aimerait bien pouvoir retrouver dans quelques jours… Je me dis qu'avec ce bon force 2 qui souffle de l'ouest, on pourrait également filer au travers vers le nord pour se rapprocher d'eux et descendre ensuite vers le sud pour passer ensemble en Sardaigne. David découvre le trimaran et son nouveau bateau et je crois qu'il serait rassuré d'envisager cette expédition en territoire Italien avec nous. Alors qu'on est presque à mi-chemin de Bonifacio, je décide de faire demi-tour et de repartir vers le nord. Mais le bord de travers promis se transforme en prés serré. Le vent apparent créé par notre vitesse était tellement important dans l'autre sens qu'il masquait outrageusement le vent réel qui est au nord ouest.

Finalement, après être revenu à l'entrée du golfe de Figari, rechangement d'avis. Ca me gonfle de devoir tirer des bords pour continuer plus au nord alors j'empanne, déroule le gennaker et prend de nouveau la direction du sud. Quelle girouette ce capitaine ! Le reste de l'équipage, occupé à pique-niquer, a la gentillesse de me laisser tranquille avec ma stratégie hésitante.

Avec une vitesse moyenne comprise entre 7 et 8 nœuds, nous approchons rapidement du cap de Feno. Ayant déjà parcouru ce bout de côte à deux reprises dans les jours précédents, et avec le reste de l'équipage parti faire la sieste, je ne me soucis pas de rester à proximité du spectacle de la côte. Je peux alors laisser le bateau loffer pour qu'il profite au mieux du vent apparent et la vitesse grimpe doucement mais sûrement. Nous avançons maintenant entre 8 et 9 nœuds.

Avec l'aînée endormie dans la cabine, sa maman et ses deux sœurs écroulées sur les bancs du cockpit, la balade prend des allures de navigation en solitaire. Ce n'est vraiment pas un soucis lorsque l'on navigue "au large" sans impératif quant au cap à suivre. En l'occurrence, la direction "qui va bien" pour profiter au mieux du vent nous emmène droit sur la Sardaigne. Alors soit, ce sera notre destination du jour.

La Sardaigne

1h30 seulement après le dernier empannage à l'entrée du Golfe de Figari, nous voilà déjà en train de passer la pointe nord de l'île Italienne. Le vent est monté à force 3 et le trimaran déboule maintenant entre 9 et 11 nœuds. Je profite de cette brise favorable pour descendre le long de la côte ouest de la Sardaigne où nous ne sommes jamais venu.

Pour éviter de laisser l'écoute de gennaker bloquée sur le taquet d'amarrage, ce qui pourrait être délicat si le vent continuait de monter (car impossible à larguer rapidement), je réveille Florence pour qu'elle m'aide à tourner le cordage autours du winch.

En l'absence de carte de la Sardaigne, l'endroit visé s'avère finalement bien plus loin que ce que je croyais. Il nous faut encore 1h30 avant de l'atteindre. On fini par atterrir dans un renfoncement de la côte pas trop mal abrité des vagues omniprésentes. De loin, le tableau est charmant : une plage de sable pas trop fréquentée (contrairement à celle qui la précédait), une petite chapelle en pierre à un bout et une tour génoise en parfait état à l'autre bout.

De plus près, le tableau est moins idyllique. Les fonds sont tapissés de pierres, particulièrement dans le recoin de plage moins fréquenté que j'ai visé, rendant le beachage délicat. Impossible de débarquer sans mettre les pieds dans l'eau et risquer de glisser sur les rochers recouverts d'une fine pellicule de mousse lubrifiée.

Un pneumatique à moteur est mouillé à une centaine de mètres du rivage. Deux autres bateaux à moteur viendront ensuite mouiller devant nous en restant également à cette distance de la rive. Cela semble confirmer l'interdiction de mouiller à proximité du rivage en Sardaigne… La perspective de se faire refouler par les forces de l'ordre avec une amende à la clé n'est guère propice à la relaxation !

Les italiens sur la plage nous observent sans manifester de réaction, ni hostile, ni amicale.

Je pars visiter à pieds la pointe suivante à la recherche d'un endroit plus isolé où l'on pourrait se faire oublier mais le reste de la côte n'est qu'une suite de roches inhospitalières.

J'hésite à repartir mais Florence et les 2 grandes veulent se dégourdir les jambes. Elles partent à pied jusqu'aux habitation, à quelques kilomètres de là, dans l'espoir de trouver une carte de Sardaigne à acheter. Pendant ce temps, je tue le temps en jouant sur la plage avec Marilou, attendant le dernier moment pour installer le campement à bord du trimaran, histoire de ne pas trop attirer l'attention sur nous. Les grandes reviendront avec une carte touristique trouvée au syndicat d'initiative. C'est mieux que rien…

La soirée se termine sous la moustiquaire à se régaler des restes de rougaille saucisse, agrémentés de riz/lentilles que nous a laissé la frangine. Merci Muriel !

2ème jour, pointe nord de la Sardaigne

Des promeneurs matinaux, appelant au loin leur chien en vadrouille, me tirent de mon sommeil. Je me rendors une demi-heure avant de bondir sur le trampoline qui me sert de lit. La coque vient de toucher un rocher. Je me précipite à l'extérieur de la tente pour corriger l'amarrage non sans constater, perplexe, que les 2 ancres arrières ne sont plus à leur place, sur la plage. Ont-elles bougé durant la nuit à cause du ressac résiduel ou quelqu'un s'est –il "amusé" à les mettre à l'eau ?...

Pour concurrencer le livre de Kathleen Meyer : "Comment chier dans les bois", je pourrais me lancer dans la rédaction d'un ouvrage intitulé : "Comment chier sur la plage"… en toute discrétion grâce à cet abri ultra rapide à déployer et qui, une fois basculer de 90 degrés, s'avère parfait pour ce type d'usage.

Nous repartons sans nous attarder,… toujours la crainte du gendarme italien.

Le vent est faible mais l'état de la mer en accord. Sous gennaker, nous filons tranquillement au près / bon plein avec Marilou à la barre. Elle reste concentrée pour ne pas rater la "porte" que je lui ai désigné au loin. Un étroit passage entre un gros rocher et une pointe rocheuse. Une fois sur place, la petite porte prend des allures de véritable boulevard.

Nous voilà revenu au contact de la côte que nous longeons, à la recherche d'un endroit sympa pour s'arrêter pique-niquer. Nous croisons quelques plages bondées jouxtant d'autres plages désertées… mais peu protégées.

Nous finissons par trouver ce que nous cherchions. Une plage bien abritée, presque personne et surtout, 2 bateaux mouillés pas trop loin du bord. Je me dis que le beachage doit être toléré à cet endroit.

A l'abri du vent, sous l'ardeur du soleil, il est vital de se trouver un coin à l'ombre. La végétation basse et dense est impénétrable. Et les rochers manquent de hauteur pour projeter une ombre suffisante.

Nous trouvons notre bonheur à l'autre bout de la plage. Quand rochers et arbustes conjuguent leurs efforts, cela nous offre un abri tout à fait correct. On s'y plait tellement d'ailleurs, qu'après le pique-nique, nous décidons d'y rester traîner toute l'après midi.

Lecture, guitare, dessin, sieste… Chacun savoure à sa manière cet instant de tranquillité avec l'eau turquoise en fond d'écran.

Notre île déserte

17 heure, il faut se décider. Soit nous restons là pour la nuit, soit il faut se remettre en route sans tarder, à la recherche d'un autre endroit. La pointe nord de la Sardaigne regorge de jolies étendues rocheuses pénétrées par quelques bras de mer. Je me dis qu'on doit pouvoir trouver d'autres endroits sympas et nous voilà reparti.

On longe la côte au près dans un vent faiblissant. Les roches sont effectivement magnifiques et constituent parfois de petits labyrinthes bien abrités. Mais les plages se font rares.

La première, au pied d'une impressionnante falaise, est squattée par des campeurs sauvages.

La seconde, plus petite, est encore occupée par des randonneurs. Nous poursuivons notre chemin à la recherche de la perle rare.

Arrivé à l'extrémité nord de la Sardaigne, nous pouvons enfin abattre et sortir le gennaker mais le vent baisse avec le soleil et peine à nous pousser à 4 nœuds.

L'heure tourne et toujours pas d'endroit convenable pour s'arrêter. Après l'escale paradisiaque de cet après midi, notre devenons exigeants. On veut une jolie plage, parfaitement abritée et personne aux alentours !... Ben, ça courre pas les rues par ici.

Il est 20 heure lorsque je pense avoir trouvé l'endroit. Un étroit bras de mer semble s'enfoncer profondément entre les roches arrondies. Je m'y précipite, confiant. Ca sent l'abri parfait. Mais je ne suis pas le seul à l'avoir senti. Nous découvrons au fond un complexe touristique : grand hôtel, transats, ligne d'eau, flotte de pédalos… Au secours !

Grosse déception et il devient maintenant urgent de trouver un endroit, quelqu'il soit.

Alors que je m'apprête à faire demi-tour, une ouverture se présente. Le rivage à notre gauche s'avère être une île. Et à son extrémité, face au complexe hôtelier, une petite plage. Malheureusement, nous arrivons trop tard. Deux petits voiliers, des Sprinto, ont été remontés en partie sur la plage et un groupe de jeune s'active sur cette dernière pour préparer sa soirée.

Nous les saluons en passant devant eux tout en se disant qu'on essaiera de s'incruster chez eux si l'on ne trouve pas d'autre endroit plus loin.

Ce ne sera pas nécessaire. Parvenus à l'autre extrémité de l'îlot, nous dénichons enfin ce que nous traquions. Une minuscule plage de sable, parfaite pour nous.

Entre les rochers, il y a tout juste la place pour notre trimaran que nous bloquons au milieu d'une toile d'araignée d'amarres.

Pendant que les filles explorent les environs au soleil couchant, prenant chacune possession de royaumes imaginaires, nous nous hâtons d'installer les tentes sur les trampolines. Avant d'entamer notre soirée, j'ai dans l'idée de traverser l'île à pied pour faire connaissance avec nos collègues randonneurs nautiques à l'autre bout.

Notre progression de rocher en rocher s'avère plus délicate que prévue. Il y a de nombreux "ravins" à franchir et nous devons effectuer des détours pour trouver des passages pas trop dangereux. Tous les 10 mètres, nous croisons des rats noirs qui détalent à notre approche.

Nous finissons par arriver au camp de base des italiens. Ils sont 8 environ dont 2 francophones qui nous expliquent qu'ils sont partis la veille de Porto Pollo et qu'ils se dirigent vers la Corse pour y passer les 5 prochains jours.

Leur campement se résume à une immense bâche étalée par terre et sur laquelle ils passeront la nuit à la belle étoile. C'est beau d'être jeune !

Concernant la réglementation, ils nous expliquent que dans le parc naturel de la Magdalena, il est interdit de mouiller à moins de 50 mètres du rivage mais qu'ailleurs, il n'y aurait pas de problème.

Ils nous invitent gentiment à partager le repas qu'ils préparent : des pâtes aux poulpes qu'ils ont pêché aujourd'hui. Mais nous devons décliner leur offre pour nous dépêcher de rentrer avant qu'il ne fasse nuit noire.

Le retour par la côte nord de l'île, via un long plateau rocheux, sera heureusement bien plus facile et rapide que l'aller.

Une fois regagné notre bord, la cuisine est vite expédiée : riavolis agrémentés de fromage et soupe chinoise, puis tout le monde au lit.

Comments

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Marc S
29 posts

1 on Sep. 22 2010


Mouillages à la Magdalena

Je confirme, pas facile de trouver une plage sympa pour beacher à la Magdalena... Nous en avions exploré pas mal l'an dernier pendant notre tour de Corse, et toutes étaient barrées par des bouées jaunes ! Nous avions fini aussi par trouver un coin "potable" à la tombée de la nuit, pour décaniller le lendemain au plus vite , crainte du gendarme sarde oblige... De plus, les ayant vu à l'oeuvre l'après midi même, nous savions qu'ils avaient le carnet à souche facile !

Magnifique endroit, mais, ne pas faire comme nous, bien se renseigner avant d'y aller ! ... comme pour les Lavezzi !

Marc

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Richard Saussaye
41 posts

2 on Sep. 23 2010


Vite la suite !

J'ai toujours beaucoup de plaisir à lire tes récits et je remarque que tu as un don pour photographier les rochers et y trouver des profils de personnages ou d'animaux.

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Marc S
29 posts

3 inspired from Richard on Sep. 23 2010


Vite la suite !

... faut avouer que la côte sud ouest de la Corse, et surtout les Lavezzi sont hantés par un véritable bestiaire mineral, sculpté par l'érosion ! Magnifique, comme dans les Calanches de Piana, où l'on n'arrête pas de croiser tout un tas de bestioles pétrifiées. C'est bôôôôô....

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Philippe & Patricia Mainguy
3 posts

4 on Oct. 13 2010


Autre virée en Sardaigne (kayak à voile)

Nous avons profité de l'anticyclone de juillet dernier sur la zone, pour traverser les bouches et nous balader sur l'archipel de la Maddalena et le Nord de la Sardaigne avec Léonard, notre kayak à voile.

Récit en ligne

En effet, bivouac interdit sur les iles de la Maddalena (comme d'ailleurs aux lavezzi ) mais quelques coins sympas (entre les lignes de bouées...) sur la sardaigne même, et un camping très bien situé et en direct sur la mer (mais pas trop confortable) au nord de l'ïle de la Maddalena, à Abbatogia exactement.

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