A l'assaut des îles Lavezzi
Convoyage au lagon de Piantarella
Après le passage d'un premier orage sévère (petite pensée pour les copains réfugiés dans l'Anse d'Arbitru), la météo annonce 2 jours corrects avant le retour d'un coup de vent orageux. Nous en profitons pour monter une expédition "collective" sur les îles Lavezzi.
Le premier jour, le bateau est convoyé jusqu'au lagon de Piantarella, à l'extrême sud de la Corse, après Bonifacio.
La première partie du trajet, au portant par force 3, est vite avalé à une vitesse comprise entre 8 et 12 nœuds. Elle nous amène au fond de la Cala di Paraguano, une baie tout en longueur qui présente la particularité d'être bordée de roches calcaires sur une rive et de granit sur l'autre.
L'autre partie de la famille qui devait nous y rejoindre en voiture n'est pas encore partie, étonnée de nous savoir déjà arrivé. Nous repartons en leur donnant rendez-vous à Piantarella.
Après un petit tour au moteur autours de l'île de Fazzio et dans l'avant port de Bonifacio, nous renvoyons la toile. Malheureusement, le vent s'essouffle rapidement une fois le cap Pertusato franchi et la vitesse retombe sous la barre des 5 nœuds.
Nous récupérons le reste de la troupe arrivée par la terre et nous posons sur l'île de Piana, toute proche, pour le pique-nique.
De petites vagues déferlent sur le haut fond sableux qui permet de rejoindre l'île Piana à pied. Les enfants en profitent pour s'offrir une petite séance de surf.
En fin d'après-midi, l'ensemble de la troupe est débarquée puis je vais mouiller le bateau qui restera seul pendant la nuit. Je m'éloigne pas mal de la rive afin de trouver un endroit sableux et ne pas arracher d'algue. Cela ne m'arrive jamais de laisser le bateau seul sur son ancre alors par précaution, je décide d'installer la chaîne sur l'ancre principale et de mouiller l'ancre secondaire à côté, histoire de dormir tranquille cette nuit à la résidence.
Bonifacio la belle
Entassés dans les 2 voitures, nous nous arrêtons sur le chemin du retour pour nous balader dans la ville de Bonifacio, insolite et spectaculaire.
Je suis stupéfait de voir l'augmentation du nombre de yachts (à moteur pour la plupart) stationnés le long du quai principal qui a plus que triplé en quelques années ! Heureusement que c'est la crise sinon, on ne saurait plus où les mettre…
Le débarquement
Le lendemain matin, nous voilà revenu en voiture à Piantarella. Le bateau nous y attend sagement. Je m'allonge sur le surf qui me sert d'annexe et palme jusqu'au trimaran.
Pour ne pas trop faire attendre mes passagers restés à terre, je me hâte de remonter et ranger la première ancre. Lorsque je me présente à l'étrave pour remonter la seconde… il n'y a plus rien ! Dans ma précipitation, j'ai dû la détacher en même temps que la première et l'Astus 22 est gentiment parti à la dérive, poussé par la brise qui est déjà levée.
Je saute sur le moteur en pestant contre moi-même et pars à la recherche, au milieu des algues, d'une mare de sable semblable à celle sur laquelle j'avais mouillé hier. Je ressors et rejette l'ancre sur la première que je trouve, enfile masque et tuba et fini par retrouver l'ancre perdue.
La première fournée de copain est embarquée pour un long bord de près d'une demi-heure jusqu'aux îles suivi d'une série de louvoiement qui nous amène à la plage la plus proche. Celles qui n'ont pas souvent l'occasion de naviguer se régalent…
Je largue tout le monde sur la plage et me dépêche de repartir chercher les autres qui ont dû arriver en voiture depuis. Pour gagner du temps, j'ai gardé la grand-voile haute. Je le regrette amèrement lorsqu'il s'agit de repartir. La présence de nombreux baigneurs et d'autant de rochers tapis sous l'eau, sans qu'aucun des 2 ne veuillent se déplacer un peu pour me laisser passer, me complique sérieusement la tâche avec ce vent dans le dos. Si je tente un demi-tour là, la GV va me propulser dans le tas sans que j'ai la profondeur ni le temps de baisser les safran et dérive nécessaires pour contrôler précisément l'engin.
Me voilà quitte pour déhaler à pied et à la main l'imposant trimaran jusqu'à une zone moins encombrée.
Une fois les derniers baigneurs passés, je peux dérouler le gennaker et m'envoler au portant. En moins d'un quart d'heure, me voici de retour en Corse pour charger le reste de la cargaison.
Manifestement, l'activité branchée cet été, c'est de chevaucher sur les vagues, grimpé sur un flotteur. C'est pas le top pour l'hydrodynamisme et les performances mais les intéressées semblent apprécier la séance de massage des pieds au passage de chaque vague.
Malgré tout, Gilles, hyper concentré à la barre, arrive à grappiller près d'un quart d'heure sur le temps établie précédemment par ma frangine grâce à ses bords de prés optimisés.
Nous filons vers le nord de l'archipel à la recherche de la première moitié du bataillon, partie en reconnaissance avec pour mission de nous dégoter un petit coin plus tranquille. Pas évident car il y a vraiment beaucoup de monde partout, que ce soit sur l'eau où à terre. Les lavezzi blindées de monde, c'est nouveau pour nous car d'ordinaire, on se débrouille pour arriver en fin de journée et repartir le matin, avant que cet archipel sauvage ne se transforme en parc d'attraction naturel.
On fini par dénicher les grands bras de Pascal qui s'agitent et avançons prudemment au moteur à travers les nombreux cailloux. Observez l'enfoncement des 3 étraves lorsque l'Astus 22 est utilisé en configuration "péniche de débarquement"…
Le créneau final se fera à la main pour éviter tout dérapage non contrôlé.
Le site du camp de base est parfait. Deux petits morceaux de plage pour nous tout seul, sans personnes dessus, c'est inespéré à cette heure de la journée ! Il faut dire que le terrain est miné par quelques boulettes de mazout anti-personnel dont les pieds de certains feront les frais.
On stationne quand même le bateau un peu plus loin de la berge pour éviter de bloquer l'accès à la mer.
Devant nous, le champ de bataille s'étant à perte de vue. L'invasion a commencé et l'offensive fait rage, sur terre comme sur mer. Rocher de granit contre parasol touristique, criques turquoises contre bateaux, nul ne sait qui gagnera la bataille…
Le QG ombragé est vite installé avec les moyens du bord : tronc d'arbre, parasol, gaffe, bâche,… Même les paréos polynésiens sont réquisitionnés. C'est une question de survie car le soleil cogne sérieusement.
C'est un peu juste pour abriter tout le commando dont heureusement, une partie patrouille sur l'eau pendant que les autres se rassasient. Il y a même une infirmerie pour soigner les blessées.
Bientôt 5 heure, il est temps de sonner la retraite. J'embarque les 8 premières gonzesses que je trouve pour un largage en bonne et due forme au club de voile de Piantarella. Depuis la veille, c'est la 5ème fois que j'accoste sur leur "ponton naturel" en algue séchée (pas besoin de pare-battage, cool) pour embarquer ou déposer du monde. Ils vont finir par craquer…
En arrivant au niveau de l'île Piana, j'aperçois une vedette officielle des Affaires Maritimes en train de contrôler un semi-rigide au mouillage. Avec 2 filles à califourchon sur l'étrave de chaque flotteur et de la coque centrale, plus 3 adultes dans le cockpit, notre boat people ne passe pas inaperçu. Les 6 enfants sont envoyés illico dans la cabine pour éviter d'attirer l'attention et ne pas perdre de temps dans un éventuel contrôle.
Pendant ce temps, le reste de la troupe, restée sur le champ de bataille, en profite pour visiter les ruines de granit encore fumantes.
Certains "voient des choses" lorsqu'ils observent les blocs de granit sculptés par le vent… Et vous ?
Le jour le plus long
Enième retour aux îles Lavezzi pour l'évacuation des derniers soldats, tous volontaires pour rapatrier le navire amiral jusqu'à sa base, dans le golfe de Figari. Il est 18 heures, j'espère être arrivé à bon port avant le couché du soleil, dans moins de 3 heures...
Malheureusement, les 3 beaufort dans le dos nous abandonnent au fur et à mesure que nous approchons du cap Pertusato qui marque la séparation entre la côte est et la côte ouest de la Corse.
Changement de côte, changement de vent. Après un court épisode au moteur, nous voilà maintenant avec un timide vent dans le nez.
Nous longeons les falaises de Bonifacio au ralenti, frôlant le célèbre Grain de sable, énorme morceau de calcaire retombé "parfaitement sur ses pieds" après s'être détaché de la falaise, illustrant le cruel destin auquel est voué la cité perché de Bonifacio, à plus ou moins long terme.
Dans la lumière rasante de fin de journée, nous croisons l'étrave majestueuse de la Signora Del Vento, mouillant ses 85 mètres de long sous les fenêtres de la ville. Magnifico !
Une fois passé Bonifacio, le vent se renforce nettement. Même s'il faut continuer de tirer des bords, le GPS grimpe progressivement jusqu'à 8 nœuds. Nous rattrapons le temps perdu à batifoler sous les falaises de Bonifacio, engagés dans une course contre la montre avec le soleil.
La température chute avec lui et, une fois n'est pas coutume, il faut se couvrir.
Il est 9 heure pile lorsque nous nous amarrons au ponton de la résidence. Le temps de décharger les affaires et la nuit nous tombe dessus. C'était tout juste !













































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