
Commentaire de Assenta
L'ile Maurice en Daysailer
Depuis que j'ai déniché le site Nautical Trek, je viens régulièrement y jeter un coup d'œil. C'est exactement ce dont nous aurions besoin ici, à l'Ile Maurice : une organisation regroupant les propriétaires de petits bateaux (daysailers), ceux qui sont le plus souvent en mer.
Malheureusement, bien que la voile soit pratiquée par quelques centaines de personnes (seulement, sur une population 1 300 000); il y a un manque d'enthousiasme qui me navre venant pourtant de personnes bien plus jeunes que moi !
Pourtant, nos grands lagons tropicaux offrent de sympathiques mouillages et une grande partie de nos côtes permet des mouillages abrités accessible en quelques heures de navigation.
Cela se prête tout a fait a la pratique de la voile à la journée ou pour 3 à 4 jours de camping côtier.
Il y a bien un club nautique très actif, qui organise des régates de voiliers hauturiers avec même la participation de voiliers venant de l'ile de La Réunion. Mais pour un amoureux des petits bateaux de 59 ans aussi enthousiaste qu'a ses débuts à 16 ou 17 ans... Je regrette de me retrouver si seul sur les étendues turquoises...
Sans prétendre à un glorieux palmarès, j'ai tout de même une certaine expérience de la voile :
• Une participation en 1976 (!) aux championnats du monde des "3/4 ton cup" à Plymouth (pour rire !)
• Une dizaine d'aller-retour, en régate ou croisière, entre Maurice et la Réunion.
• Le convoyage du voilier d'un copain (Allures 44) des Seychelles à Maurice
• Nombreuses croisière (dont deux en Ovni445 et Skolpen 31) aux Iles St, Brandon...Des ilots paradisiaques à 220 miles nautiques de nos côtes, où pêche et plongée sont très agréables...
J'ai été propriétaire d'un Hustler 28, plan anglais de 8m50, quillard en contreplaqué... Bon bateau mais pas pratique pour nos régions avec son tirant d'eau important. De plus, mes 3 fils en bas âge a cette époque, limitaient beaucoup les possibilités de navigation.
Par la suite, j'ai eu un 6m50 (plan Australien) en fibre de verre; dériveur lesté très amusant, marin et dont une petite série d'une dizaine de bateaux animait la "petite classe" lors des régates.
Mes enfants (et équipiers) se dirigeant alors vers la planche a voile et le kite, et une très bonne offre m'ayant été faite, je décidais de vendre ce bateau (j'aurais pas dû !).
Je me suis ensuite essayé au bateau motorisé pendant 3 ans. Un gouffre d'essence, des destinations trop vite atteintes et suivies d'apéros trop arrosés, etc.
Non, la voile me manquait trop... Mais pas d'occasions d'achat de voiliers adaptés à ma bourse car le parc local de voilier se développe seulement maintenant mais surtout vers les plus grosses unités.
A la retraite depuis déjà 1 an, pas de possibilité de mettre beaucoup de sous à l'achat d'un bateau neuf qui serait alors importé avec le coût du fret à ajouter.
C'est là que je suis tombé amoureux d'une jolie coque de barque de pêche en fibre de verre, bateau ouvert et rustique pour un usage journalier à moteur. Ses belles lignes semblant propices a la voile, j'ai fini par retrouver le moule qui, une fois retapé, me procura une coque vide que j'ai ensuite ponté et aménagé selon mes désirs et mon programme de navigation :
• ajout d'une petite, mais super-pratique, jupe arrière, qui m'amène à 7 mètres tout rond (auxquels s'ajoute la delphinière).
• Un mat de Hobie 14, retrouvé en mer (!) plusieurs années auparavant après le passage d'un cyclone tropical dévastateur, affublé de haubans surdimensionnés.
• Un puits de dérive installé sous le plancher.
• Un "abri-cabine" avec rangement le long des bordés avec tout de même une couchette de 2m15 x 100 pouvant être transformée en couchette double (des fois que je rencontrerais une sirène ??)
• Des coffres un peu partout (dont certains étanches et rendant le "canote" insubmersible)
• Un réservoir de 100 litres d'eau douce alimentant une pompe à pied à fort débit
• Une baille à mouillage à l'étrave.
Le roof a été tiré a partir d'un moule que j'avais dessiné pour un copain pour un bateau un peu du même genre.
J'ai ajouté un taud de soleil utilisable à la voile comme au moteur car le soleil d'été m'impose, à mon vieil (?) âge, une protection accrue, mon épiderme ayant trop souffert des rayons UV du temps de ma jeunesse, quand je passais des heures en surface à la pêche sous-marine. Le dermato est formel: "Protection maxi exigée !".
Je suis aussi un peu pêcheur ce qui explique le 25 chevaux posé sur le tableau arrière et qui recharge une batterie de 70ah pour alimenter quelques lumières et la radio / cd.
Deux supports de cannes à pêche sont placés aux angles du pont arrière et je suis étonné des résultats de la pêche à la traine à la voile (sans parler de la saveur d'une dorade coryphène dans son assiette, quelques heures seulement après sa capture !...).
La coque a été renforcée en divers endroit et du lest (235 kilos) a été coulé dans la fausse quille dont une partie placée de manière à compenser le poids du moteur.
Une voilerie locale (qui travaille sous licence de Hood Sails d'Afrique du sud) m'a coupé une grand-voile lattée à fort rond de chute et 3 focs. Sur un si petit bateau, je préfère changer de foc plutôt qu'avoir un enrouleur. Je navigue ainsi toujours avec "le foc du temps" au lieu d'un génois trop enroulé au rendement médiocre.
Le bateau fait 2m15 de large. J'aurais aimé 30 cm de plus en largeur...mais bon !
Son tirant d'eau de 1m45 passe à seulement 55 cm une fois la dérive relevée.
La finition n'y est pas parfaite (suis pas un bricoleur "patenté"), mais au moins, c'est du solide.
Les quelques îles, situées à 4, 8 et 14 kilomètres de nos côtes, permettent de belles balades ou des "sorties pêche" (l'aller au moteur pour pêcher et retour à la voile donc une très faible consommation de carburant).

Le cockpit
Partie arrière du cockpit qui fait une bonne longueur (3m20), mais reste, évidement, bien moins large que celui d'un bateau a moteur.
La nourrice d'essence se trouve au-dessous du plancher. Dans le fond, les coffres arrière qui contiennent... Un tas de trucs !

Le 'cockpit', vu vers l'avant. Le coffre contient la batterie rechargée par le 25 chevaux, le puits de dérive, des bouteilles (d'eau et de vin); conserves, etc.
On peut aussi remarquer, sous le "cache" ici relevé, la nable de remplissage du réservoir de 100 litres d'eau douce (qui, lui, se trouve sous le plancher et contribue aussi a la bonne stabilité du bateau), l'eau étant obtenue grâce à une pompe à pied pour douche et "engine-flushing" ainsi que... mon bar ! (car certains apéros sous la lune avec musique sont quand même assez sympas !).
Egalement visible : l'entrée de la "cabine". Entrée assez 'minimaliste' car limitée par la hauteur du roof.
C'est comme si on entrait dans une tente de camping... ("camping" étant le maitre-mot à garder en tête à l'utilisation de ce type d'embarcation)

Très petite (mais super-pratique), la "jupe" arrière avec échelle repliable, moteur et les deux supports de cannes à pêche pour mes virées a voile quand je laisse traîner deux leures.

La cabine
La petite "cabine / abri" où j'ai mon CD & Radio Player ! et encore du rangement sous la couchette et le long du bordé.
Vu la hauteur réduite du roof; on y est bien mieux assis ou allongé. Mais la couchette fait quand même 2m15 de long... Et la sieste y est très agréable avec l'aération du panneau ouvert au-dessus.
La partie "vide" (au bas à gauche) peut être aussi "bouchée" avec l'ajout d'un panneau et d'un matelas, se transformant alors en couchette double !

Au mouillage
Le graphisme du personnage symbolise "Assenta" qui était le timonier (portugais) du Kalodyne, un Brick Anglais qui s'échoua sur les récifs en face de mon campement le 14 janvier 1872.
J'ai souhaité conserver un lien avec cette histoire dont le lieu où j'habite tire son nom.

Le bateau au bord de la plage avec le taud de soleil qui reste pratiquement toujours relevé, à la voile comme au moteur.

En navigation
Ce jour la, une seule canne à pèche car j'escortais, pour un moment, les voiliers hauturiers qui passaient là en régate.
La mer était exceptionnellement belle mais le vent plutôt faible d'où un sillage réduit.
Si ce petit bateau n'est pas un "foudre de guerre", il navigue fort bien en restant très doux à la barre (mèche et safran tout inox sous la voûte arrière, sans gêner le moteur installé derrière).
Il tient même si bien son cap au près, sans personne à la barre, que je laisse traîner dans l'eau une petite bouée lors de mes randonnées plus lointaines car, dans certaines conditions, si d'aventure je tombais à l'eau, le bateau ferait bien 200 à 300 mètres avant de lofer !
La forme de sa coque (un peu trop pincée à l'étrave ?), n'aime pas trop le près serré dans le clapot de l'océan Indien...Mais il suffit de débrider un peu pour que l'allure soit plus confortable.
Voila donc. Un bateau (bizarre ?) pour un programme de navigation spécifique,... Ayant ses limites, ses avantages et désavantages, mais avec lequel je m'amuse bien quand même...
Maurice L.