Mon plan d'eau préféré de Bretagne
Chaque fois que je passe dans le secteur, il faut que la coque que j'ai accroché derrière la voiture touche l'eau du golfe…
Les années passées, je naviguais principalement autour de l'Ile aux Moines
(1) et de l'Ile d'Ars
(2), les 2 plus grandes îles habitées du golfe, mais cette année, j'étais prêt à tâter du courant de la Jument
(3), un des plus forts courants d'Europe.
Je voulais sortir en mer, faire le tour de Méaban
(4) (l'île à l'entrée du golfe), slalomer autour des îles devant Larmor Baden
(5) et remonter la rivière d'Auray
(6).
Cale de Pen er Men
Départ de la cale de Pen er Men
(7)… Que je déconseillerais pour diverses raisons :
- trop raide
- non accessible à toutes eaux
- demi-tour compliqué sans dételer
Mais comme je loge à proximité, c'est plus pratique pour moi.



De plus, le plan d'eau devant la cale est entre 2 rétrécissements du golfe (Port Blanc (8) et la Truie (9) devant la pointe d'Arradon (10)) et il nous est arrivé de mettre plus d'une heure, en fin de journée quand le vent faiblit mais pas le courant, pour passer la Truie (9) et remonter suffisamment pour pouvoir redescendre en slalomant à travers les bateaux mouillés devant la cale.


1er jour, passage de la Jument
La marée est descendante jusqu'à environ 16 h. J'ai le temps de descendre tranquillement le courant au portant.
Je m'assois bien confortablement au fond du 420, les pieds sur les caissons. J'aime bien cette position dans les allures portantes… A condition que le fond du bateau soit bien sec.
Je passe le goulet de Port Blanc; courant et vent de cul : FACILE...
Je rattrape un Flirt, j'échange quelques mots avec son skipper. Il ne parle pas très fort et le bruit du clapot couvre ses mots, je n'insiste pas.
Je prends la direction de la Jument, on voit la mer au loin. Toujours un petit peu impressionnant de rentrer dans des courants forts. Ca bouillonne, ça tourbillonne, il y a des vagues, on se croirait sur le gave de Pau. Pourtant, la vitesse sur l'eau n'augmente pas. Ce n'est qu'en regardant le rivage qu'on s'aperçoit qu'on va très vite…
Ce n'est pas très rassurant. Je suis maintenant à genoux au fond du bateau. J'appréhende un effet "croche-pied" et me tiens prêt à parer un éventuel empannage… Mais tout se passe bien.
Je passe toute la veine de la Jument jusqu'à Port-Navalo sans problème. Toujours aussi facile, avec ces conditions : "Vent et courant de cul = vitesse accrue" comme on disait en parapente.
Direction Méaban, l'île qui marque l'entrée du golfe. Quelques petits bateaux ont fait une pause casse-croûte ou découverte de l'île en beachant sur le rivage. Je fais le tour de l'île et me redirige au près vers l'entrée du golfe.
Rencontres
Un autre dériveur me prend en chasse, c'est un Laser. Ils sont 2 à bord, des anglais. Je ne parviens pas à les distancer. Ils se débrouillent plutôt bien sur ce Laser surchargé, enfin, peut-être pas tant que cela car c'est un papa pas bien épais et son fils.
Un autre bateau s'approche de l'entrée du golfe, un Skellig II, assez répandu dans le golfe, il est vrai que le constructeur réside dans le secteur. On distance assez rapidement le Skellig (on joue pas dans la même catégorie).
Nous voila maintenant dans le goulet de l'entrée du golfe. C'est l'étale, voire même le début de la renverse. Le courant m'aide mais le vent est presque dans le pif et on se croise en alternance avec le Laser; un coup lui devant, un coup moi, en finissant par se séparer en se saluant d'un grand geste de la main, lui se dirigeant vers Port-Navalo, moi voulant tenter de remonter la rivière d'Auray.
C'est une grande étendue d'eau qui me tend les bras, bordée par un chapelet d'îles sur la droite. Ca donne envie de slalomer autour, on verra au retour...
Un First 210 me rattrape et me laisse quasiment sur place, il avait déployé son spi asymétrique ou un gennaker qui lui permettait de faire un bon travers avec au moins un noeud de plus que moi.
Une jolie vedette en bois se dirige également vers moi. Son pilote est carrément dos à la route et discute tranquillement sans regarder devant... Je commence à faire des signes et à hurler avant qu'il ne soit trop tard. Ce n'est qu'à une trentaine de mètres que son pilote s'aperçoit, peut-être prévenu par ses passagers, qu'il a quelque chose devant. Il fait un franc écart en me faisant un grand geste d'excuse en me passant sur le coté...
Je sais que l'erreur est humaine mais c'est pas facile d'excuser ce genre de bourde. J'ai eu quand même peur sur ce coup là, d'autant plus que j'étais impuissant pour l'éviter, étant dans une zone abritée sous le vent d'une île.

Le retour
Demi-tour avant le rétrécissement de la rivière, qui laisse présager un courant plus fort pour le retour, par effet venturi. De plus, j'ai l'impression que le vent mollit.
Tentative de passer entres les îles que je bordais à l'aller. J'ai le courant de face, je m'en aperçois rapidement en tirant des bords carrés, et c'est par tranche de 10 à 20 mètres que j'arrive à gagner du terrain face au vent.
Pas évident de deviner dans quel sens est le courant dans ce dédale d'îles. Ce n'est pas mentionné sur ma carte plastifiée de kayakiste que j'amène habituellement et que j'ai d'ailleurs oubliée aujourd'hui.
Ouf. A force de persévérance, j'arrive à passer. On ressent maintenant beaucoup moins le courant. De plus, je suis maintenant travers au vent, je me dirige vers la grande veine remplissant le golfe ...
Je retate un peu du fort courant de la Jument et, me disant que c'était dommage de ne pas profiter un peu plus de me trouver ici pour aller me promener un peu devant Larmor Baden, je me redirige vers le golfe de Baden.
Je passe devant Larmor Baden et vais voir visuellement si le gué de l'île Berder est rempli. Mais ça ne fait pas suffisamment longtemps que la marée est montante et l'on distingue encore les parcs à huîtres devant Berder. J'aurais peut-être tenté de passer par là, ça doit être possible au moment de l'étale, au risque que ce soit un peu trop abrité du vent.



Dérapage non contrôlé…
Redirection vers l'autoroute pour rentrer. Quand j'arrive aux abords de la veine, un croiseur de 10 mètres environ approche à la voile. J'essaie de retarder mon entrée dans la veine pour éviter de le gêner... Trop tard, me voilà embarqué dans la veine à une cinquantaine de mètres devant lui. Afin d'être sûr de ne pas le gêner, j'attendais qu'il vire pour virer à mon tour et c'est dans le dernier bord qu'il tarde trop à virer et je me retrouve dans le contrecourant, occasionnant un empannage involontaire...
J'avais entendu parler de ces demi-tours, voire tours complets, involontaires occasionnés par les contre-courants. Je viens d'en faire l'expérience.
Il vaut mieux être avec un équipage aguerri au changement d'amure quand on se retrouve dans ce genre de situation (louvoyer dans du courant favorable) en dériveur.
Retour vers Pen er men. Le vent forcit et par rafales assez violentes. Je ne parviens plus à tenir le 420 dans les surventes. C'est limite que je me mette à la cape pour pouvoir prendre le ris unique que j'ai installé sur ma GV...
Mais je parviens à faire route en choquant complètement la Grand Voile dans les surventes ce qui fait faseiller la GV, occasionnant des vibrations dans tout le gréement.
Mais ça ne se produit que 4 ou 5 fois avant le goulet de Port-Blanc, que je passe d'un seul bord. Puis quelques bords à travers les bateaux mouillés devant Pen er men pour arriver à proximité de la cale où je stationne le bateau mâté, sur les cailloux sur sa remorque de mise à l'eau.
2ème jour
Le lendemain sera une petite promenade en famille entre Arradon et l'île d'Ars, avec une pause pique-nique sur les îles Logoden, histoire de retrouver les coccinelles rencontrées 2 ans auparavant.
De Didier Serrut, mars 2009

